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Revue d'Art dramatique, 5 février

poui 1 expression dramatique, le coloris de rorcliestre, et la science du style. Mais là n'est pas son originalité principale; ou, plutôt, son originalité artistique dérive d'une autre plus profonde. Quand un artiste a quelque valeur, ce n'est pas seulement dans son ouvrage, c'est dans son être qu'elle réside. Il faut donc essayer de pénétrer sa personnalité.

La personnalité de M. d'Indy n'est pas obscure. Elle est franche, elle se montre au grand jour tout entière, dans ses œuvres musicales, dans son action artistique, dans ses écrits. C'est bien à ses écrits que peut s'appliquer l'exception qu'il ajoute à sa règle sur la critique, en faveur du petit nombre d'hommes « dont il est intéressant de connaître les idées, même erronées ». Et il serait dommage, en effet, de ne pas connaître les idées de M. d'Indy, — « même si elles étaient erronées ». — Elles nous laissent entrevoir non seulement la pensée d'un artiste éminent, mais certains caractères fort surprenants de la pensée de notre époque. M. d'Indy étudie beaucoup l'histoire de son art; mais le principal intérêt historique de ses jugements est peut-être moins encore dans ce qu'ils nous apprennent sur le passé, que dans ce qu'ils expriment à leur insu de l'âme présente.

M. d'Indy n'est pas un artiste étroitement renfermé dans les limites de son art. Son intelligence est ouverte, et richement cultivée. Le temps n'est plus de ces musiciens dont tout l'esprit était borné à leurs notes, et qui ne pensaient guère quand ils ne pensaient pas en musique. Ce n'est pas un des phénomènes les moins intéressants de la musique française d'aujourd'hui, que l'apparition de ces compositeurs instruits et réfléchis, créateurs conscients de ce qu'ils créent, et gardant dans l'inspiration un sens critique aiguisé, comme M. Saint-Saëns, M. Dukas, ou M. d'Indy. Nous avons de M. d'Indy de savantes éditions de Rameau, de Destouches, de Salomon de Rossi. Au milieu même

des répétitions de l'Étranger, à Bruxelles, il travaillait à une reconstitution de VOrfeode Monteverdi. Il a publié des recueils critiques de chansons populaires, des études sur les prédécesseurs de Beethoven, une histoire de la composition musicale, des conférences et des cours. Cette haute culture intellectuelle n'est pourtant pas le trait le plus remarquable de M. d'Indy, bien qu'il soit un des plus remarqués. Quelques autres musiciens partagent avec lui cette supériorité. Mais ce qui est sa marque essentielle, c'est le caractère moral, et presque religieux, de sa personnalité. Là est son intérêt exceptionnel, entre tous les artistes contemporains.

Maneant in vobis Fides, Spes, Caritas.

Tria hœc : major autem horum est Caritas.

Qu'en vous demeurent ces trois vertus :

Foi, Espérance, Amour; Mais la plus grande des trois, c'est l'Amour.

« L'artiste doit avant tout avoir la Foi, la foi en Dieu, la foi en l'Art : car c'est la Foi qui l'incite à connaître, et, par cette connaissance, à s'élever de plus en plus sur l'échelle de l'Être, vers son terme qui est Dieu.

« L'artiste doit pratiquer l Espérance : car il n'attend rien du temps présent; il sait que sa mission est de servir, et de contribuer par ses œuvres à l'enseignement et à la vie des générations qui viendront après lui.

« L'artiste doit être touché de la sublime Charité, « la plus grande »; aimer est son but, car l'unique principe de toute création, c'est le grand, le divin, le charitable Amour. >>

Qui parle ainsi? — Quelque moine Denys, écrivant dans sa cellule du mont Athos, ou quelque Cennini travaillant à répandre le pieux enseignement giot-

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