‹ Musiciens d'aujourd'huiChapitre 40 sur 80 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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tesque, ou l'un de ces vieux peintres de Sienne, qui, dans leur profession de foi, se disent, « par la grâce de Dieu, ceux qui manifestent aux hommes grossiers et illettrés les choses miraculeuses, faites par la vertu et en vertu de la sainte foi »?

Non. Mais le directeur de la Schola Cantorum, s'adressant à ses élèves, dans son discours d'inauguration de l'École, ou dans son cours de composition *.

Il faut s'arrêter sur ce curieux livre, où se mêlent intimement une science vivante et un esprit gothique (je prends le mot gothique dans son sens le plus élevé : je sais qu'il est pour M. d'Indy le plus haut des éloges). On n'a pas assez pris garde à cet ouvrage. Il est un monument de l'esprit de l'art contemporain. Monument isolé, je crois, mais qui devait d'autant moins passer inaperçu.

Ici, la Foi est tout, le principe, et la fin. Elle souffle le génie, elle féconde la pensée, elle dirige le travail, elle gouverne même le style et les modulations du musicien, comme le dit une page étrange et non sans grandeur, qui semble du pur xiii® siècle : « Il faut un but dans la marche progressive des modulations, comme dans les diverses étapes de la vie. La raison, la volonté, la foi, qui guident l'homme dans les mille tribulations de la vie, guident pareillement le musicien dans le choix des modulations. Aussi les modulations inutiles et contradictoires, la fluctuation indécise entre la lumière et l'ombre, produisent elles sur l'auditeur une impression pénible et décevante, comparable à celle que nous inspire un pauvre être humain, faible et inconsistant, ballotté sans cesse entre l'Orient et l'Occi-

1. Vincent d'Indy : Cow^ .£ Composition musicale, premier livre, rédigé d'après les noies prises aux classes de composition de la Schola Cantorum, en 1897-1898 (Durand. 1902K p. 16. — Voir aussi le discours d'inauguration des cours de l'Ecole, publié par la Tri-' bune de Saint-Gervnis, en novembre 1900.

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dent, au cours d'une lamentable existence, sans but, sans croyance*! »

Du moyen âge, ce livre semble être encore par une sorte d'esprit scolastique d'abstraction et de classification : « Dans la création artistique, il y a sept Facultés mises en œuvre par l'âme : l'Imagination, le Cœur, l'Esprit, l'Intelligence, la Mémoire, la Volonté et la Conscience' »; — par un symbolisme extraordinaire, qui retrouve en toutes choses (à ce que j'ai pu comprendre) l'empreinte des mystères divins, et jusque dans les pulsations du cœur, et dans le rythme ternaire, la marque de Dieu en trois personnes : « Admirable application du principe de l'unité trinitaire ' !» — 11 est aussi de ces temps reculés par sa façon d'écrire l'histoire, non pas en remontant des faits aux lois, mais en déduisant au contraire les faits de certaines grandes idées générales, une fois admises, et non démontrées, comme celle qui revient souvent, que « le principe de tout art est d'ordre purement religieux* », — ce qui n'est rien moins que prouvé : — d'où il suivra que les chansons populaires sortent des cantilènes grégoriennes, et non les cantilènes sacrées des chansons populaires païennes, comme je croirais plutôt. L'histoire de l'art devient ainsi une sorte d'histoire du monde, d'après une conception morale. On pourrait la diviser en deux parties : avant et après V Orgueil, « Dominé par la foi chrétienne, le redoutable ennemi de l'homme, l'Orgueil, s'était rarement manifesté au moyen âge dans l'âme de l'artiste. xMais, avec l'affaiblissement des croyances, avec l'esprit de Réforme appliqué

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