‹ Musiciens d'aujourd'huiChapitre 70 sur 80 · Voir l'étude ci-dessus sur Vincent (Vlndy · texte numérisé non relu

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3. Le fils du compositeur, M. Georges César-Franck, a en vain protesté contre cet accaparement de son père par un parti :

« A en croire tels écrivains appliqués à tout unifier et à tout déduire d'un seul principe, César Franck aurait été un mystique, dont le vrai domaine serait la musique religieuse. Rien n'est moins exact. Le public est trop simpliste. Il abuse des étiquettes. Il juge un compositeur sur une œuvre ou un groupe d'œuvres, et le classe une fois pour toutes.... En réalité, mon père a cultivé tous les genres. En musicien consommé, il s'était rendu maître de toutes les formes de la composition. 11 a écrit de la musique religieuse et de la musique profane, des mélodies, des danses, des pastorales, des oratorios, des poèmes symphoniques, des symphonies, des sonates, des trios, des opéras. Il ne s'est pas mis dans telle œuvre, et non dans les autres; il s'est exprimé partout. » (Revue d'histoire et de critique musicale, août-septembre 1001.)

que la musique religieuse fût la première à bénéficier de son action. Aussi ne fut-il d'abord question dans les premiers manifestes de la Schola Cantorum que d'une réforme de la musique sacrée, en la ramenant aux grands modèles anciens *. La première règle étaitcelle-ci : « Le chant grégorien devra rester, pour tous les temps, la source et la base de la musique d'Église, et constituera ainsi l'unique règle pour la juger sainement* ». — On y ajoutait toutefois la musique alla Palestrina, et celle qui se conforme à ces principes et s'inspire de cesexemples. — Des idées aussi archaïques ne pouvaient évidemment pas créer une nouvelle musique religieuse; mais elles ont du moins contribué à restaurer l'art ancien; et elles ont reçu leur consécration officielle dans le fameux Bref du pape Pie X, réformant la musique sacrée.

Toutefois un idéal d'action artistique aussi restreint que celui-ci n'eût pas suffi à assurer le succès de la Schola Cantorum^ ni à établir son autorité sur un public, resté, quoi qu'on en dît, médiocrement religieux, et que l'art religieux d'autrefois ne pouv^iit intéresser que par mode, un instant. L'esprit de curiosité et le sens de la vie moderne l'emportèrent peu à peu sur les principes.

1. • La Schola Cantorum a pour but de créer une musique moderne vraiment digne de l'Église. » — (Premier numéro de la Tribune de Saint-Gervais, bulletin mensuel de la Schola Cantorum^ janvier 1895.)

2. La Schola s'appuyait ici sur le puissant travail accompli, depuis cinquante ans, en silence, par les Bénédictins français de l'abbaye de Solesmes, et sur la restauration du chant grégorien, commencée de 1850 à 1860 par Dom Guéranger, premier abbé de Solesmes, — continuée par Dom Jausions et Dom Pothier, abbé de Saint-Wandrille, qui publia en 1883 les Mélodies Grégoriennes, le Liber Gradualis, le Liber Antiphonarius, — reprise enfin et menée à bonne fin par Dom Schmitt et Dora Mocquereau, prieur de Solesmes, qui commença en 1889 sa monumentale publication de la Paléographie Musicale, dont neuf tomes avaient paru en 1906. Cette grande école bénédictine a été la gloire de la musicologie française de notre temps. Elle est à présent exilée de France.

Après les chants palestriniens et grégoriens, qui étaient exécutés à l'église Saint-Gervais, pendant la Semaine Sainte, on joua Carissimi, Schiitz, et les maîtres italiens et allemands du xvii'= siècle. Puis vinrent les cantates de Bach, dont les auditions, données salle d'Harcourt par M. Bordes, attirèrent une foule considérable, et rendirent à Paris le culte de ce grand maître. Puis, ce fut le tour de Rameau et de Gluck. Finalement, toute la musique ancienne, profane ou sacrée, y passa. Et de l'École primitive, qui était consacrée au culte de l'ancienne musique religieuse, et qui avait eu des débuts si modestes*, on en arriva à la conception d'une École (TArt répondant aux besoins modernes^ que M. Vincent d'Indy, devenu en 1900 président de la Sckola, résolut de fonder dans les nouveaux locaux plus vastes de la rue Saint-Jacques.

Le programme de cette nouvelle École fut donné par M. d'Indy, dans son discours d*inauguration, le 2 novembre 1900. Il y faisait de l'histoire le fondement de l'enseignement musical :

L'art, dans sa marche à travers les âges, est, — disaitil, — un microcosme qui traverse comme le monde de successives périodes de jeunesse, de maturité, de vieillesse, mais qui ne meurt jamais et se renouvelle perpétuellement. Ce n'est pas un cercle fermé, mais une spirale qui monte toujours et toujours progresse. Je prétends faire suivre aux élèves la marche même que l'art a suivie, en sorte que, subissant en leur période d'étude les transformations subies par la musique à travers les siècles, ils en sortiront d'autant mieux armés pour le combat moderne qu'ils auront vécu pour ainsi dire la vie de l'art et se seront assimilé dans leur ordre naturel les formes qui se sont logiquement succédé dans les diverses époques du développement artistique.

1. Quand Charles Bordes ouvrit, rue Stanislas, la première Schola Cantorum^ il était sans appui, presque sans ressources, et possédait exactement 37 fr. 50 en caisse. Je cite ce détail, pour donner une idée de l'esprit de vaillance et de conviction admirable qui animait Charles Bordes.

Il prétendait appliquer ce système aussi bien aux futurs compositeurs qu'aux instrumentistes et aux chanteurs. « Car il est tout aussi profitable à ceux-ci de savoir chanter convenablement une monodie liturgique ou de pouvoir jouer dans le style qui convient une sonate de Corelli, qu'aux compositeurs d'étudier la structure d'un Motet ou d'une Suite. » — De plus, il obligeait tous les élèves, sans distinction, à faire partie du cours d'application vocale. — Enfin, il créait un cours spécial, et tout nouveau en France, de direction d'orchestre. — Son objet, comme il le déclarait nettement, était de rénover la musique moderne, au moyen de la connaissance du passé.

Où irons-nous, disait-il, puiser la sève vivifiante qui nous donnera des formes et des formules vraiment nouvelles? La source n'en est point difficile à découvrir; n'allons pas la chercher autre part que dans l'art décoratif des plainchantistes, dans l'art architectural de l'époque palestrinienne, dans l'art expressif des grands Italiens du XVII* siècle. C'est là, et là seulement, que nous pourrons trouver des tours mélodiques, des cadences rythmiques, des appareils harmoniques véritablement neufs, si nous savons appliquer ces sucs nourriciers à notre esprit moderne. C'est dans ce but que je prescris à tous les élèves de l'Ecole l'étude attentive des antiques formes, parce qu'elles seules sont susceptibles de donner à notre musique les éléments d'une nouvelle vie fondée sur des principes sûrs, sains et solides *.

Ce grand éclectisme intelligent était très propre à développer l'esprit critique, un peu moins à former des personnalités originales. Il imposait en tout cas une excellente discipline pour le goût musical; et, en fait, VÉcole Supérieure de musique de la rue Saint-Jacques fut dès lors un Conservatoire nouveau, plus moderne et plus savant à la fois que l'autre Conservatoire, —

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