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IV. — Les sociétés de musique de chambre

Parallèlement aux grands Concerts de musique symphonique et aux Conservatoires nouveaux, des Sociétés s'étaient formées pour faire pénétrer dans Paris la connaissance et le goût de la musique de chambre. Cette musique, si répandue en Allemagne, manquait presque totalement à Paris, avant 1870. Des premiers, le violoniste Maurin et le violoncelliste (^hevillnrd s'associèrent, dès 1852, dans un culte commun des derniers quatuors de Beethoven; mais ces auditions n'attiraient qu'une élite*; et, auprès du grand public, la Société des dernien quatuors de Beethoven avait la réputation de se consacrer à une musique baroque et incompréhensible, écrite par un sourd.

Le vrai fondateur de la musique de chambre à Paris lut M. Emile Lemoine, qui créa la Société la Trompette.

1. La qualité des auditeurs suppléait, il esl vrai, à lu" quantité. A ces concerts venait Berlioz, avec ses amis Damcke et Stephen Helier; et c'est après l'une de ces auditions, où il avait été bou- /eversé par Tadagio du quatuor en mi bémol, qu'il s'écriait, hor»

Il a raconté lui-même l'histoire de son œuvre *. Il était ingénieur, sorti de l'École Polytechnique; et il avait formé avec quelques camarades, dès ses années d'École (vers 1860), un quatuor d'amateurs convaincus, mais peu virtuoses ; cette petite société continua à se réunir régulièrement, et, se perfectionnant peu à peu, elle ouvrit l'accès de ses séances à un public de plus en plus nombreux : ce fut le point de départ de la Trompette. Elle prospéra, du jour où M. Saint-Saêns, jeune alors, la connut, se plut dans ce milieu, et devint un ami intime de Lemoine ; il intéressa à la Trompette et lui amena le concours des artistes les plus renommés. Parmi ces amis de la première heure étaient MM. Alphonse Duvernoy, Diémer, Pugno, Delsart, Breitner, Delaborde, Ch. de Bériot, Fissot, Marsick, Loëb, Rémy, Holmann. Ainsi patronnée, la Trompette acquit bientôt une renommée dans le monde musical, et « elle répondit, pour la musique classique de chambre, au rôle quasi officiel de la Société des Concerts du Conservatoire pour la musique classique d'orchestre. Rubinstein, Paderewski, Eugène d'Albert, Hans de Bûlovvr, Arthur de Greef, Mme Essipoff, Mme Menter, ne manquaient jamais de s'y faire entendre, dans leurs tournées à Paris ; et ce devint comme la consécration d'un artiste, de figurer à un programme de la Trompette. » Une telle société devait naturellement contribuer beaucoup à la diffusion de la musique classique de chambre à Paris.

La musique classique, écrit M. Lemoine, était si peu connue du public musical que même celui de la Trompette^ qui était un public d'élite, ne comprenait pas du tout les derniers quatuors de Beethoven ; et mes amis me raillaient de mon goût pour les énigmes. D'autant plus donnais-je

de lui : « Qu*est-ce qu'il avait donc, cet homme? Il avait tout, et Jes autres n'ont rien ! »

i. Revue Musicale, 15 octobre 1903.

toujours une de ces grandes œuvres à chaque concert. Et parfois, je donnais la même œuvre, à deux et à trois coû certs de suite, si je jugeais qu'elle n'était pas assez goûtée. Dans ce cas, je disais, avant l'exécution : Il m'a semblé que telle œuvre n'a pas été assez comprise, à la dernière séance; comme c'est une merveille, il est certain que votre impression tient à ce que vous ne la connaissez pas suffisamment : aussi je l'ai remise aujourd'hui au programme *.

Ces séances de sonates, trios, quatuors, étaient régulièrement suivies par cinq ou six cents auditeurs, — pour une bonne part, intellectuels : Polytechniciens ou Universitaires, — qui formèrent le noyau d'un public très connaisseur et passionné pour la musique de chambre.

A la suite d'Emile Lemoine se fondèrent peu h peu d'autres Sociétés de quatuors; et, à présent, elles sont si nombreuses qu'il serait difficile de les citer tontes. — Puis, de même que, dans les Sociétés de concerts symphoniques, un esprit de curiosité intelligente avait poussé, dans ces dernières années, nos Kapellmeisler français à se faire remplacer de temps en temps à la tête de leurs orchestres par leurs collègues allemands ou nissos, la Nouvelle Société Philharmonique de Paris se forma, en 1901 , sur l'initiative du docteur Frânkel et sons la direction de Mi Emmanuel Rey, pour faire entendre à Paris les principaux quatuors étrangers. Elt le profit ne fut pas moindre dans un cas que dans l'autre, par la rivalité féconde qu'elle établit entre les quatuors fran-^ais et œux des autres pays, et par la compréliension plus exacte

1. Le nom de In Trompette Tul aussi pr^tPxte à un enrirhis- 9«»ment de la musique de chauilire, où Ton introduisit la trompelie. avec un rôle concertant. C'est à cette occasion que M. Saial- Saëns écrivit son beau Septuor pour piano, irorapelte, deux violons, alto, violoncelle, liasse; el.M. Niiuerjl d'Indy, sa pittoresque Suite en ré, pour tn»rn|)etU', «leux (lûtes et instruments à cordes.

que ceux-ci nous donnèrent des œuvres les plus intimer de la musique allemande.

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