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L'ÉTAT PRÉSENT DE LA MUSIQUE FRANÇAISE

L'éducation musicale se fait donc, de toutes parts, en France, par les théâtres, les concerts, les cours, les écoles, les livres; et la curiosité un peu inquiète de l'esprit parisien semble rassasiée, pour l'instant. Elle a fait le tour — hâtif — de la musique des autres siècles et des autres races *; et l'esprit parisien se replie sur luimême. Après l'enthousiasme enivré de leurs découvertes étrangères, la musique et la criticjue musicale françaises ont repris la possession d'elles mêmes et le sentiment jaloux de leur indépendance Une réaction très nette contre la musique étrangère s'est dessinée depuis l'époque de l'Exposition Un verselle de 1900. Ce mouvement n'est pas sans rapports, conscients ou inconscients, avec le courant nationaliste, qui, vers la même date, s'est réveillé en France, et spécialement à Paris. Mais il était aussi la conséquence naturelle de l'évolution musicale. La musique française senlait naître sa jeune vigueur, et elle s'en émerveillait; sa période d'études lui

L Faut-il signaler lo curieux altrait, qui commence à se faire sentir chez quelques-uns de nos musiciens, pour Part de civilisations entièrement dilTérentes de celles de l'Occident? Tout doucement, sans bruit, l'esprit de rKttrAme-Orient s'insinue dan» In irin><iquo europ^pnn*».

semblait terminée; elle aspirait à voler de ses propres ailes ; et, comme c'est l'éternelle règle dans l'histoire, le premier usage qu'elle faisait de sa force, c'était contre ses maîtres. Cette révolte contre les influences étrangères s'en est prise surtout — il fallait s'y attendre — à la plus forte de ces influences : celle de la musique allemande, qui se personnifiait en Wagner. Deux enquêtes de Revues, faites en 1903 et en 1904, ont mis curieusement en lumière cet état d'esprit : l'enquête de M. Jacques Morland, dans le Mercure de France *, sur V Influence de la musique allemande en France, et celle de M. Paul Landormy, dans la Revue Bleue *, sur YÉtat actuel de la musique française. La première était un cri de délivrance; avec un peu d'exagération, et beaucoup d'ingratitude, musiciens et critiques français rejetaient l'influence wagnérienne, comme ayant fait son temps. L'autre enquête était l'exposé des théories de l'école française nouvelle, et sa déclaration d'indépendance.

Déjà, depuis plusieurs années, le chef de la jeune école, M. Claude Debussy, dans ses chroniques de la Revue Blanche et du Gil Blas, donnait l'assaut à l'art wagnérien. Personnalité éminemment française, capricieuse, poétique et spirituelle, d'une intelligence vive, prime-sautière, indépendante, semant les idées neuves et les boutades paradoxales, revisant les jugements des siècles avec l'impertinence gouailleuse d'un gamin de Paris, s'attaquant aux plus grands, aux héros de la musique — à Gluck, à Wagner, à Beethoven, — ne faisant grâce qu'à Bach, à Mozart et à Weber, mais surtout professant hautement ses préférences pour les vieux maîtres français du xviii® siècle, il rappelait à la musique française sa vraie nature et son idéal oublié : la clarté, l'élégante simplicité, le naturel, et par-dessus

i. Janvier 1903.

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