‹ Musiciens d'aujourd'huiChapitre 9 sur 80 · Mémoires, H · texte numérisé non relu

Mémoires, H

3. « Je ne sais comment Berlioz s'y est pris pour s'isoler de la sorte. Il n'a ni amis, ni partisans, ni le grand soleil du public, ni la douce ombre de l'intimité. » (Liszt à la princesse de Wittgenstein, 16 mai 186L)

4. Lettre à Bennet. — « Je m'ennuie !... Je m'ennuie !... ■ Combien de fois cette triste plainte revient dans ses lettres de la fin ! — • Je sens que je vais mourir... Je m'ennuie d'une façon exorbitante. • (21 août 1868, — six mois avant sa mort.)

BERUOZ. 19

à Weimar, à la suite d'un excès de fatigue, il a pris une névrose intestinale. Elle commence par un malaise incroyable : il dort dans les rues. Il souffre constamment. 11 est comme « un arbre sans feuilles et ruisselant de pluie ». A partir de 1861, la maladie est à l'état aigu. Il a des crises de trente heures, pendant lesquelles il se tord de douleur dans son lit. « Je vis au milieu de mes douleurs physiques, et écrasé d'ennui. La mort est bien lente M »

Et le pire de tout : au sein de ses misères, rien ne peut le soutenir. Il ne croit à rien, à rien.

11 ne croit pas en Dieu, il ne croit pas à l'immortalité :

Je n'ai pas la foi ^.... J'ai pris en haine la philosophie et tout ce qui lui ressemble, philosophie religieuse ou non ^.... Je suis aussi incapable de faire une médecine de la foi, que d'avoir foi en la médecine*.... Dieu est stupide el atroce dans son indifTérence infinie*^.

Il ne croit pas à la gloire, il ne croit pas aux hommes, il ne croit pas au beau, il ne croit pas à lui-même :

Tout passe, l'espace et le temps absorbent beauté, jeunesse, tmour. gloire et génie; la vie humaine n'est rien, la mou pas davantage ; les mondes eux-mêmes naissent et meurent comme nous, tout n'est rien.... Oui! oui! oui! Tout n'est rien! Tout n'est rien ! Aimez ou haïssez, jouissez ou souffrez, admirez ou insullez, vivez ou mourez, qu'importe tout! jl n'y a ni grand, ni petit, ni beau, ni laid : l'infini est indifférent, l'indilTérence est infinie^.... Je suis las, cl obligé de reconnaître que les absurdités sont néces-

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