I1ÉR0LD
rouge, de première manière, et point de Rossini, point de Zampa ni de Pré aux Clercs, partant point d'Hérold !
Marie fut l'éveil de cette intelligence plus cultivée qu'indépendante, et qui se consuma jusqu'à la fin en efforts au-dessus de sa capacité, sinon de sa science. Vers cette même époque, Auber, de sept ans seulement plus âgé qu'Hérold, donnait le Maçon et la Muette, deux œuvres qui aujourd'hui encore conservent toute leur jeunesse et toute leur fraîcheur, tandis que la partition d'Hérold, vieillie et démodée, produit sur nous l'effet d'un de ces bouquets de mariée qu'on tire en Allemagne de leur globe de verre pour célébrer les noces de la cinquantaine. Ces crescendo, ces cabalettes, ces cadences, cette éternelle périodicité dans les tours de phrase, tout cela vous a des airs fossiles , délabrés. On se demande ce que nous veulent ces revenants qui flânent dans le vide de cet orchestre. « Passez ! est-on tenté de leur dire; passez, une Robe légère! passez, Batelier, dit Luette! passez, tic tac du moulin et mirlitons de la foire ! Les générations auxquelles vous vous adressiez ont disparu, et celles qui leur succèdent ne comprennent plus rien à ce rossinisme vieillot émaillé de chansonnettes à la Monsigny. « La pire des mélodies est celle que chacun retient et fredonne, » s'écriait, en l'an de grâce 1802, l'esthéticien Forkel, biographe passionné du grand Bach, lequel, tout en ayant en soi des mondes de musique, n'inventa jamais que je sache la moindre barcarolle ni le
moindre pont-neuf. Il se peut que le précepte du vieux docteur en tablature semble au premier abord bien renfrogné; mais qu'on pense à toutes les platitudes qui se débitent chaque jour sous ce firman de musique amusante et facile ! « De pareilles niaiseries me feraient presque rechercher Richard Wagner ! » s'écriait à nos côtés, pendant une représentation de Marie, un spirituel écrivain très connu par son dilettantisme humoristique. Cela s'appelle procéder par médications énergiques. Quoi qu'il en soit, l'ennui poussé à l'excès a parfois de ces réactions endiablées, et je comprends qu'on s'adresse au loup pour en finir avec ces fâcheux bêlements de moutons de Panurge. Et cette pièce que j'allais oublier, ce tableau de mœurs inimaginable : des officiers en bottes molles et la bouche en cœur qui roucoulent des tyroliennes et soupirentla, romance, comme c'était l'usage au fameux régiment du colonel Elleviou, un vieux général ganache qui ne se lasse pas de raconter à son ancien fourrier le fabliau de ses amours avec la baronne, le meunier dadais et pantin, la jolie meunière qui veut savoir te secret^ l'amante éplorée d'Adolphe qui retrouve sa mère au dénouement ! On vous dit : « Tout cela dans son époqtle a paru Charmant, et vous avez mauvaise grâce à ne vous point amuser de Choses cent fois applaudies par un public qui vous valait bien ! » Mais les modes de 1826 aussi paraissaient charmantes, pleines d'élégance et de goût. Qu'on nous rende donc les manches à gigot, les coiffures en coque, les pantalons à chaînettes, les carricks et les bolivars, qu'on nous rende l'ancien Feydeau et son public de petites-maîtresses et de mirliflors, le seul public doué des grâces nécessaires pour écouter avec un sérieux convenable