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cette musique en style de pendule et ce langage où les paysannes qui se marient marchent à V autel, où, quand une villageoise aime un jeune officier, elle porte le trouble et le désespoir dans la maison de ses bienfaiteurs, et où les fleurs sont V emblème d'un amour vertueux, qui va, cette nuit même, couronner tous vos vœux.
Rien ne juge un ouvrage comme ces reprises. Il y a tel opéra de complexion mâle et robuste dont la mode de son temps n'a su que faire, et qui, après un sommeil d'un demi-siècle, va renaître à l'état de chefd'œuvre. Prenez par exemple la Médée de Cherubini, que cette vaillante Tietjens évoquait dernièrement à Londres au milieu de l'étonnement et de l'admiration d'une génération nouvelle. De même de la partition A' Ali-Baba, qu'en 1833 cet octogénaire convaincu, cet austère génie de tant de verve et de puissance, vit tomber à l'Opéra entre le Comte Ory de Rossini et le Philtre d'Auber, et qui, sous la poussière des archives, conserve inaltérés ses trésors de jeunesse et de beauté : toiit le contraire de ces productions de fabrique ordinaire i de ces articles de haute fantaisie auxquels le succès assigne une date ! A ces choses-là il faudrait se garder de jamais toucher; car, au moindre choc avec l'opinion -, elles s'écroulent vermoulues. De ce que quelques bribes mélodiques avaient survécu dans la mémoire des uns et des autres^ on en Conclut à l'utilité d'une complète remise au théâtre, et la lumière de la rampe donne à toutes ces grâces dû passé un air de vétusté qui vous attriste. Mieux leur valait cent fois la pénombre du souvenir. Je citerais çà et là diverses phrases qui généralement passent pour des inspirations délicieuses, et dont le sentiment
n'est en somme qu'afféterie pure, — Une robe légère, par exemple, cantilène que Ghollet, à ce qu'on raconte, débitait avec une fraîcheur de voix, une suavité vraiment idéales, et qui sans nul doute a dû emprunter beaucoup de sa réputation au maniérisme du virtuose de 1826. Ghollet, pour qui cette musique lut écrite, avait un de ces organes excentriques qui peuvent faire dans le moment la fortune d'un ouvrage, mais qui trop souvent en rendent par la suite l'exécution impossible. Ces ténors qui donnent le si grave, ces barytons qui ténorisent, sont à coup sûr des objets d'art d'un haut intérêt ; mais le musicien trop curieux qui s'y laisse prendre risque bien souvent plus tard d'avoir à payer cher sa fantaisie. Martin et Chollet ont ainsi emporté avec eux tout un répertoire. Néanmoins cette partition de Marie, incolore et froide, contient un morceau de maître, le sextuor du troisième acte. Rien de plus simple, de mieux trouvé que le parlage des voix sur cette mélodie d'accompagnement à la fois vive et tendre, et qui s'est déjà délicieusement produite dans l'ouverture. Auber a repris cet effet dans le charmant quintette des Diamants de la Couronne, où la phrasejnélodique, éga; lement proposée d'abord par l'ouverture, revient également pour soutenir et commenter les entrées et le dialogue des personnages, on connaît avec quelle délicatesse de touche, quel art exquis, surfin ! Gela n'ôte rien au mérite du sextuor de Marie, page musicale d'un modèle parfait, et qui pour la première fois vous montre l'artiste auquel instinctivement vous pensez quand on nomme Hérold.
Cet artiste, c'est l'auteur de Zampa et du Pré aux Clercs. En écrivant, il s'était formé, mais avec quelle lenteur, quelle peine ! Cette aptitude qu'il avait pour la science, ce grand sens de l'école qu'il tenait de Méhul, au lieu de tourner à son profit, lui nuisirent longtemps devant le public. Comment se recueillir ? Il fallait travailler pour vivre, se dépenser au jour le jour. Donizetti, génie également imitateur, et qui, par maint côté, rappelle Hérold, eut aussi dans sa première période à payer tribut aux nécessités de l'existence. Qui dit pauvreté dit dépendance, impossibilité pour un artiste de rompre en visière au mauvais goût régnant, de braver la mode.
Avec Zampa , Hérold trouvait sa vraie note. Vous saisissez là tout entier ce Français d'origine allemande, et que le rossinisme affole. De la déclamation bien entendue, du caractère comme chez Méhul, de la terreur comme chez Weber, la périodicité, l'entrain, le brio, la poudre d'or et le clinquant comme chez l'auteur de la Cenerentola et d' Aureliano in Palmira! N'allons pas croire cependant qu'Hérold disparaisse dans la tourmente. La main qui rassemble et coordonne tous ces éléments est une main de maître. Le finale du premier acte a des parties d'un ordre supérieur, et le duo de Zampa et de Camille au troisième vaut les meilleures choses pour le mouvement passionné de la mélodie. Le côté critique de cet ouvrage, d'ailleurs si remarquable, c'est, comme presque toujours chez Hérold, la confusion des styles. La phrase austère et sobre de
Joseph y coudoie l'air de bravoure italien, l'obsédante chansonnette y disperse de son chant de coq importun tous ces fantômes à peine évoqués du monde surnaturel. Mozart, Méhul, Weber,Rossini, Auber, combien ne sont-ils pas, ceux qui ont aidé à l'hybride formation de ce charmant et superbe monstre ! Vous retrouvez dans ZampaYécho de toutes les inspirations, de toutes les grandes voix du moment. Sous la mobile surface de cet orchestre plein de pressentiments et de mystères, vous distinguez Weber; ces duos, ces finales colorés à la vénitienne, conçus, menés avec la vigoureuse autorité des maîtres, vous parlent de Rossini, tandis que deçà et delà les menus détails, la grâce, l'esprit, la note brillante, le trait vif et piquant, circulant comme un essaim d'abeilles familières, bourdonnent à vos oreilles les noms de Boïeldieu et d'Auber. A chaque instant, on regrette que l'homme capable de reproduire l'art des autres avec cette intensité de réflexion, cette suprême habileté de touche, qu'un si rare talent ne sache point davantage prendre parti pour lui-même. C'est qu'Hérold, disons-le, n'a pas de personnalité ; l'invention immédiate lui fait défaut; son opéra-comique, plus grand que celui d'Auber, n'est qu'une réduction du grand opéra. Ces démons que son romantisme ironique appelle en se jouant, Auber a trop d'esprit pour les prendre au sérieux; il les persifle, s'en amuse. Hérold, au contraire, croit très dévotement aux spectres qu'il déchaîne ; mais, comme après tout son surnaturel n'est qu'une fantasmagorie d'opéra-comique, nulle épouvante à la longue ne s'en dégage, et l'idéal poursuivi des Mozart, des Weber, des Meyerbeer, n'est pas atteint. Dans le Ubretto, même amalgame, même
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désaccord. Tandis queMéhul, Auber, Wcber etRossini vous regardent par les trous de cette musique, vous vous prenez à penser aux poèmes de Don Juan, de Faust, à la pièce de Fra Diavolo; à défaut des caractères typiques, des passions motrices, vous avez les masques et les scènes.
Zampa, lors de sa première apparition à Ventadour, n'eut point le succès qu'on raconte. Plus de bruit que d'argent, telle fut la moralité de cette comédie. En France et ailleurs, le renom d'Hérold s'en accrut, mais sa fortune y gagna peu. L'heure ne devait sonner que plus tard où cette musique, honorablement accueillie d'abord, deviendrait pour le public parisien un objet d'attraction. Il y a des musiciens qui ne réussissent que vivants, d'autres ne voient que de chez Pluton leur astre se lever sur cette terre, qu'ils ont en vain pendant un quart de siècle essayé d'émouvoir de leurs chants, et qui n'a voulu que leurs larmes. Halévy mort, c'est à qui l'oubliera. De ses nombreuses partitions, à peine si quelques amis savent encore les titres. Au répertoire de l'Opéra, la Juive, tant bien que mal, subsiste, mais de Guido et Ginevra, de Charles VI, du Juif errant, de la Magicienne, plus une seule note. Il laisse une partition de Noé ; qui s'en occupe? Essayez un peu d'en aller parler aux gens que cela regarde, et ces gens-là vous répondront comme Louis XIV : « Otez-moi ce magot de devant les yeux! » En revanche, d'Hérold aujourd'hui tout nous est bon. Si la vie parfois lui fut ingrate, la mort affecte à son égard des cajoleries sans pareilles. On a repris les Rosières, le Muletier; on reprend Marie. Ne fut-il pas question un moment de transporter à l'Opéra l'Illusion, petit acte de la plus inoffensive médiocrité? Et la
Clochette, dont nous ne parlons pas, et qui, elle aussi, voudrait avoir son tour, et s'écrie par la voix de son génie: «Me voilà! » Et le Lapin blanc, et Emmeline, et la Médecine sans Médecin, et Charles de France ! Hérold eut cette chance particulière, que sa mort hâtive, pour lui déjà si féconde en bienfaits, ouvre encore aux conjectures de ses admirateurs des perspectives innombrables. « Que n'eût-il point fait s'il eût vécu ! » c'est ce qu'on ne se lassait pas de dire aux beaux jours de la découverte d'André Ghénier, quand Sainte-Beuve se montait la tête pour ce continuateur d'Homère et de Théocrite. Hérold, en attendant, végétait, soucieux, maladif, usant à des travaux d'employé les restes d'une ardeur qui pourtant ne devait pas s'éteindre sans avoir jeté un dernier éclat. Le poème de Zampa, dramatique si l'on veut par endroits, mais d'une insupportable boursouflure, décousu, ennuyeux surtout, passait généralement pour avoir compromis le succès de la musique. La sensibilité, le naturel, étaient, disait-on, les vraies qualités du talent d'Hérold ; il fallait y revenir, laisser là les orgues, le pathos, faire de l'opéra-comique. Entre librettiste et musicien, les affinités sont souvent plus vives qu'on ne pense. Hérold croyait avoir trouvé son Sedaine dans Planard, l'auteur de Marie, un moment abandonné pour M. Mélesville, l'auteur de Zampa. Il se reprocha son infidélité, refit ménage, et de cette nouvelle rencontre de deux esprits qui se convenaient naquit le Pré aux Clercs.
Ce fut le chant du cygne : déjà le mal qui devait