Reprise de la Reine de Chypre à l'Opéra, août
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stinct essentiellement éclectique le portait à profiter de tous les éléments de culture à sa disposition, et l'on sait si l'atmosphère ambiante en était saturée à cette période.
L'influence de Rossini, de Weber et de Meyerbeer flottait alors invisible dans l'air comme cette poussière d'étamines qu'on respire au printemps, et l'auteur de la Juive s'en imprégnait involontairement; de même qu'aujourd'hui M. Gounod, talent également poreux, absorbe Schumann, Wagner et Verdi. Très ouvert aux choses de l'intelligence, plein de clartés et d'aptitudes, Halévy appartenait à cette classe d'esprits de plus en plus abondante de nos temps, musiciens qui pourraient être des géologues ou des mathématiciens, poètes qui n'eussent pas moins bien tourné en s'appliquant à la jurisprudence* M. Cousin, son collègue à l'Institut, quand il vous parlait d'Halévy, ne célébrait jamais en lui que le discoureur éloquent et le parfait lettré. Singulière manière, on l'avouera, de recommander aux gens un musicien que de le leur proposer comme un modèle de bon sens philosophique ; mais M. Cousin ne se piquait pas de compétence musicale, et, sans connaître une note d'Halévy, il le louait et le voulait de l'Académie pour ses notices, lesquelles en effet étaient souvent morceaux de choix.
Au temps de Haydn, de Mozart, la simple vocation suffisait; un musicien se contentait de composer de la musique et de livrer au public ses compositions sans belles phrases ni commentaires. C'est par Weber et par Schumann, deux atrabilaires et même au besoin deux grands envieux des qualités d'autrui, que s'est introduit ce beau système de s'injurier et de se cliffa-
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mer entre confrères sons couleur 'de littérature et d'esthétique. On connaît les ignobles pamphlets que l'auteur du Freischûtz ne rougissait pas de libeller contre « le polisson coupable d'avoir écrit Tancredi », et tout le monde a pu lire naguère le jugement très authentique porté par Schumann sur les Huguenots de Meyerbeer.
« Je ne saurais dire l'aversion que m'inspire cette œuvre dans son ensemble. J'avais toutes les peines du monde à vaincre ma répugnance, j'étais fou de rage et de colère. Après plusieurs auditions, je trouvai çà et Ici quelques pages excusables qui méritaient d'être jugées moins sévèrement ; mais mon opinion finale resta la même et je ne cesserai de le répéter, à ceux qui osent comparer même de très loin les Huguenots à Fidelio ou à d'autres œuvres de cette trempe, qu'ils n'entendent rien à la musique, rien, rien, rien ! »
Pour ce qui regarde le choral de Luther intercalé dans la partition, il déclare que, si un écolier lui apportait un pareil contre-point, il en serait, lui Schumann, très médiocrement satisfait.
« Ce qu'il y a de trivialité voulue et de platitude complaisante dans ce morceau frappe le public le plus grossier. On s'extasie sur la Bénédiction des poignards . J'accorde qu'il y a là beaucoup de force dramatique, quelques mouvements frappants et ingénieux ;mais, si l'on analyse la mélodie au point de vue musical,qu'est-ce autre chose qu'une Marseillaise réussie, et parce qu'il produit un certain bruit avec une douzaine de trombones, de trompettes et d'ophycléides et cent voix chantant à l'unisson, est-ce une raison pour nous faire crier au miracle ? Quelques morceaux bien ve-
nus, des tendances plus nobles qui se manifestent ça et là vous désarment de temps en temps : mais que vaut tout cela lorsqu'on réfléchit à la platitude, à l'immoralité de cet ensemble à la fois grimaçant et antimusical! En vérité, et le ciel en soit béni, nous avons vidé la coupe d'amertume et nous sommes allés jusqu'au bout. Les choses ne peuvent désormais tourner plus mal, à moins qu'on ne dresse une potence sur la scène, et le talent de Meyerbeer, torturé, dénaturé par le goût de l'époque, a jeté, je l'espère, son dernier cri d'angoisse. »
Cette triste page, invraisemblable à force d'ineptie, nous la connaissions déjà de longue date, mais jamais nous n'aurions eu le courage de l'exhumer, comme on l'a fait pourtant, du fatras littéraire d'un musicien qui, selon nous, ne devrait être responsable que de sa musique. Et penser que celui qui parle ainsi des Huguenots est le même personnage qui, voulant un jour passer de la critique et de la théorie à la pratique, produira au théâtre la plus lamentable des rapsodies ! Robert Schumann n'a écrit qu'un seul opéra : Geneviève, représentée trois fois à Leipzig en 1850, et dont les diverses reprises, essayées depuis à Weimar, à Vienne, à Munich, ont partout misérablement échoué en dépit de l'intérêt croissant qui s'attache au compositeur de tant de belles pièces instrumentales.
C'est que tous ces symphonistes, Mendelssohn pas plus que Schumann, et, dans un ordre tout moderne et de beaucoup inférieur, M. Massenet pas plus que M. Saint-Saëns, lorsqu'ils jugent une œuvre dramatique ou qu'ils font eux-mêmes du théâtre, ne songent à se rendre compte des conditions toutes spéciales du