MOZART A TRIANON
« Je suis la reine de France ! »
L'espérance Brille encor dans son regard, Et, se levant, elle touche
De sa bouche Le front du petit Mozart.
Mais de ses beaux yeux sans tache
Se détache Une larme qui, perlant, Sur le satin de la veste
Coule et reste Comme un stigmate brûlant.
Souvenir que rien n'efface !
Cette trace Se fixe là sans retour ; Le soir, quand du lit vient l'heure,
L'enfant pleure Pour garder l'habit de cour,
Où la reine, qui le charme,
Mit sa larme, Plus pure qu'un diamant.
Et, plus tard, le lis-prodige
Sur sa tige Ayant poussé fièrement,
Plus tard, quand le virtuose
Blond et rose Fut Mozart, le grand Mozart, Et que le destin farouche
Sur sa couche L'étendit pâle et hagard ;
Quand, brisé de lassitude
Par l'étude, Les plaisirs, le vin, le jeu, Il lui fallut, plein de flamme,
Rendre l'âme, Et dire à la terre adieu,
Chantant l'ultime louange, Presque un ange,
Écrivant son Requiem ,
Déjà voyant vos cohortes Sur vos portes,
Céleste Jérusalem !
Il voulait — dernier sourire
Du délire ! — Vêtir l'habit mordoré Que l'archiduchesse-reine,
Dans la peine, D'une larme avait sacré!
[La Légende de Versailles.)
Se rapporte à V article Weber, page 193