‹ Musiciens du passé du présent et de l'avenirChapitre 28 sur 28 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

Musique italienne et musique allemande,

C'est une question qui ne finit jamais ;

L'un proclame l'orchestre et l'autre le gourmande

Celui-ci n'a de goût que pour les grands effets,

Les modulations, les clairons et leur bande ;

Celui-là veut un air sentimental et frais.

Vous aimez Bellini, je suppose, Madame ?

Et certes, volontiers, je conviens avec vous

Que c'est un enchanteur dont la voix porte à l'âme,

Un maestro divin, et que, si j'étais femme,

Ce cygne élégiaque, harmonieux et doux,

Je le préférerais à Mozart comme à tous.

11 avait des accents de tendresse divine.

De suaves langueurs d'un délire infini ;

C'était le chant d'Orphée au fond de sa poitrine,

Une amoureuse voix soupirant son ennui.

Un poète a parlé des larmes de Racine ;

Ne chantera-t-on pas les pleurs de Bellini?

Lui, de même, il savait pencher l'urne sonore

Et pleurer; il savait éclater en sanglots,

Et, pareille au ruisseau qui coule et qui s'ignore,

Son âme féminine, où vibraient les échos

De ces mille tourments dont l'amour nous dévore,

Versait la mélodie et les larmes à flots.

Il pleurait pour Arthur, il pleurait pour Elvire,

La belle délaissée au suave délire ;

Et, s'il voulait chanter l'héroïque Norma,

Une larme glissait furtive sur sa lyre,

Et la corde d'airain, qui frémissait déjà.

Sur un mode plus doux prenait Casta diva.

Mais ne trouvez-vous pas que cette mélodie Tourne bien, par instants, à la monotonie,

Et qu'en cette chanson qui s'oublie aux hélas! Un peu de Rossini parfois ne nuirait pas? J'aime le clair de lune et sa mélancolie, Mais du soleil, pourtant, il faut bien faire cas.

YII

Beethoven est immense, et son esprit sublime, Emporté dans les airs par la nuée en feu, Du monde instrumental a fécondé l'abîme; L'orchestre, dont la vague à son souffle s'anime, Ou mollement s'endort sous un ciel calme et bleu, Avec toutes ses voix le proclame son dieu.

Weber est romantique. — Au fond de cette grotte

Si Miranda soupire, ou fredonne Ariel,

Si le cristal filtré par le roc éternel,

En creusant le granit, goutte à goutte clapote,

Si le cor égaré pousse un douteux appel,

Quel que soit le mystère, il en saura la note.

D'un côté Samiel et de l'autre Oberon, Ces esprits familiers, bizarres camarades, Lui révèlent les bruits de la création; Il entend les lutins mener leurs sérénades, Il sait le frais motif que chantent les cascades Au croissant de la lune ouvert à l'horizon.

Notes d'or et d'airain ! l'une vibrante et claire Comme un grelot d'argent que secoue un lutin, L'autre portant en soi la flamme et le tonnerre, Et les mornes rumeurs de l'orage lointain. J'ai pourtant ouï dire, un jour, à mon voisin, Que Weber s'est servi de la gamme ordinaire.

Ne penserez-vous pas, Madame, comme moi

(Ceci pour revenir à notre causerie)

Que souvent, au milieu de cette symphonie

Où trône Beethoven en légitime roi.

De tant de bruits pompeux l'oreille est éblouie

Et d'admirer si fort déplore un peu la loi?

Oui, c'est une forêt auguste, immense, altière, Que cette symphonie avec sa profondeur, Ses grottes, ses torrents, ses échos, son mystère; Mais j'y voudrais parfois rencontrer la clairière, Et dans la solennelle et mystique épaisseur, Profane, j'ai souvent regretté l'émondeur.

Weber! à celui-là je ne sais quel reproche Adresser. Fantastique, impétueux, ardent,

Les mondes souterrains grondent à son approche ; D'originalilé, nul n'en eut jamais tant. Quel poème, Freiscliïdz! On l'avouera, pourtant, Ce n'est pas toujours clair comme de l'eau de roche.

— Ainsi, rien de parfait sous ce beau ciel de l'art; Triste abus de toucher à l'essence des choses, Et de porter trop loin le feu de son regard ! Le chant de Bellini, l'orchestre de Mozart ! Plus d'un peintre a rêvé de ces métamorphoses : Que les cactus aussi n'ont-ils l'odeur des roses !

Dessin de Raphaël, et couleur de Titien!

La question, mon cher, vous voyez, n'estpas neuve :

Symphonie allemande et chant italien?

Prenez à chaque source, épuisez chaque fleuve,

De quarante éléments composez votre bien,

Et nous verrons ensuite à juger de l'épreuve.

L'issue est glorieuse, et certes vaut son prix : Satisfaire à la fois chaque dilettantisme ! Recueillir les bravos des différents partis, Prêcher pour tous les saints! eh! mais, à mon avis, C'est le comble de l'art et du charlatanisme : Vous appelez cela, j'imagine, éclectisme!

— En effet, c'est le mot, l'éclectisme est partout,

Dans la philosophie et dans la politique ;

Pourquoi donc, s'il vous plaît, à son tour la musique

N'en aurait-elle pas senti le contre-coup?

Un dogme, quel qu'il soit, répugne à notre goût;

Quand le diable fut vieux, il devint éclectique.

Je connais à Florence un maître sans pareil, Dont, si vous permettez, je vous dirai l'histoire ; L'univers, avant peu, parlera de sa gloire, Car de l'esprit du siècle il sait prendre conseil; Tous les styles vivants sont dans son écritoire : Il mettrait en duo la lune et le soleil!

Tantôt c'est Beethoven et tantôt Gimarose,

Et, si la cavatine un instant se repose,

L'orchestre en mal d'enfant travaille un contre-point.

D'imagination, on dit qu'il n'en a point,

Mais c'est prodigieux comme en lui toute chose

S'adapte, s'enchevêtre, et se lie et se joint.

J'assistai l'an dernier à la plus belle fête Qu'on eût jamais encor vue à la Pergola ; Pour la première fois on donnait ce soir-là

Une partition de l'illustre poète

(Ses amis le nommaient ainsi dans leur gazette) ;

Florence et son grand-duc étaient à l'Opéra.

IY

Le sujet, emprunté de l'histoire biblique [Lareine de Saba chez le roi Salomon), Avait du grandiose et l'ampleur magnifique Qu'on est en droit d'attendre avec un pareil nom ; Tous vantaient les décors, et, quant à la musique, Le maestro s'était surpassé, disait-on.

Certes, on disait vrai; pour ma part, je défie Qu'on ait jamais produit rien de si colossal. J'aperçois Babylone en cette mélodie; Et ne voyez-vous point dans l'andante final Que de métaphysique et de philosophie?

Mais c'est fait, tout cela, pour confondre Pascal,

Un air de Salomon, maestoso, sublime, Dans le style pompeux de Bach et de Hàndel, Obtint de l'assemblée un succès unanime ; Puis, l'auteur à Mozart ayant fait un appel, Les harpes de Sion frémirent sur l'abîme, Et ce fut un concert à vous ravir au ciel

Beethoven se montra, durant un intermède,

Chantant le clair de lune et la sérénité

D'une nuit d'Orient voluptueuse et tiède ;

Mais quand le sorcier-roi de son sceptre enchanté

Conjura la nature, appelant à son aide

Ses légions d'Esprits dans un air agité ;

De qui ce fut le tour, faut-il qu'on vous le dise ? Vous l'aviez deviné ; — le chantre d'Oberon S'empara du théâtre, et soudain, ô surprise ! On vit le roi des rois causer avec la brise Qui, messagère active aux ailes de héron, Transmettait aux lutins la voix de Salomon.

De cette symphonie étrange, orientale, Effet prodigieux ! j'assistais de ma stalle Aux évocations du sublime devin :

Les siècles à mes yeux disparaissaient soudain, Et je voyais surgir cette ombre colossale, D'un signe de son doigt enchaînant le destin !

Jardins de Salomon, labyrinthe féerique ! J'entendais vos concerts, vos murmures, vos bruits ;

La salamandre en feu rampait au bord des puits, Et, sous les bois profonds dont l'opale des nuits De son fleuve laiteux baignait la cime antique, Les oiseaux éveillés changeaient l'air en musique.

Sous les cèdres touffus, les palmiers odorants, Sous les pins suant l'ambre et la térébenthine, Rôdaient, en secouant leur clochette argentine, Des couleuvres d'azur, hiéroglyphes vivants, Mises là pour montrer aux regards clairvoyants Les secrets imprimés sur leur peau serpentine.

C'est là, loin du divan et loin de son vizir,

Qu'à l'heure où le harem s'endort dans le silence,

Le sultan, exaucé dans son moindre désir,

Rassasié d'amour, de gloire et de science,

Se retire la nuit pour donner audience

Aux démons familiers qu'il lui plaît d'asservir.

Romantique à l'excès, fantasque, aérienne, La musique à mon sens rendait on ne peut mieux Tous les enchantements d'une pareille scène. Et certain trémolo sourd et mystérieux, Imitant l'eau qui tombe au creux d'une fontaine, Produisait un effet des plus délicieux.

FHANZ COPPOLA. 42)i

Mais, pour la passion, la rêverie et. l'âme, Tout ce que j'ai cité n'était rien, sur ma foi, Près d'un vaste duo que, vers la fin du drame, La reine de Saba chantait avec le roi ; Morceau tel qu'on n'en a jamais écrit, je croi, Et dont ici je veux esquisser le programme.

Dans un adagio pittoresque, avec chœur D'étoiles et d'oiseaux, de plus en ut mineur, Et qui de Spinoza démontrait le système, Salomon, sceptre en main, au front son diadème, A sa royale hôtesse, en un discours suprême, Exposait le néant de l'humaine grandeur.

Après un début ample et tout cosmogonique, Dont le ton rappelait cet air monumental Du pontife d'Isis dans la Flûte magique, Un chant de violoncelle avec cor principal Du solo de la reine amenait la réplique Avec un mysticisme assez oriental.

Vingt trombones en ré proclamaient dans l'orchestre Le retour de l'aurore ; et comme ces clartés

Qui d'un rose océan baignent la cime alpestre, Un motif en majeur, repris de tous côtés, Grandit, illuminant la surface terrestre De ses brûlants rayons cent fois répercutés.

— «Le clairon des remparts frappe l'écho sonore, «Les coursiers du désert commencent à hennir;

» En vain, ô majesté, je veux rester encore, » Nul pouvoir plus longtemps ne me doit retenir. » Et je m'éloigne; adieu, toi dont le souvenir » Immortel va me suivre au pays de l'aurore ! »

— « Fantôme éblouissant, pourquoi m'être apparu, » Si tu devais t'enfuir dès le matin venu ?

» Pourquoi t'être levée, étoile de lumière,

» Si tu de\ is ainsi, dans ma nuit solitaire,

» Après tant de bonheur et d'espoir entrevu,

» Me laisser morne et triste à ma douleur première ? »

«De grâce, un jour encor. — Les destins ont parlé, » Et nous,hu blés mortels, nous devons nous sou-

[mettre ;

— » Loi terrible ! Adieu donc, ô ma reine. — Adieu,

[maître ! »

Agitato brûlant, cinq bémols à la ciê.< , Puis, à peine le calme achevait de renaître, Que les cuivres sonnaient l'appel du défilé.

FRANZ COPI'OLA. 427

Salomon, tout entier en proie à sa tristesse, Et son front douloureux vers la terre penché, Menait à ses coursiers l'adorable princesse Dont l'œil noir rayonnait, sous ses voiles caché, D'une larme limpide et plus enchanteresse Que le diamant rare à son col attaché.

Elle fuit au désert, la pudique sultane, Elle fuit, la prêtresse aux lèvres de corail ; Autour du palanquin, où la tristesse plane, L'esclave nubien agite l'éventail.

Passez et défilez, splendide caravane, Dromadaires chargés des trésors du sérail !

Pour les dilettanti du style pittoresque

L'énumération, certes, aurait beau jeu,

Et j'entrevois d'ici l'incomparable fresque :

Peindre la caravane et le désert de feu,

Les housses, les caftans, tout ce rouge et ce bleu,

Quelle tentation ! J'y succomberais presque.

J'aime mieux cependant parler de l'opéra,

De la marche s'entend pompeuse et triomphale

Que l'orchestre entonnait à grand train de cymbale. Vous n'imaginez point ce qu'on découvrait là ; C'était une merveille, un vrai panorama, Que cette symphonie à jamais sans égale ;

Mais un panorama fantastique à mes yeux, Où passaient devant nous, légions imprévues, Au lieu de princes noirs et de pachas hideux Et d'esclaves chassant les aimés demi-nues, Cimarosa, Mozart, Gluck, Weber, tous les dieux Dont l'orchestre évoquait les figures connues.

Je les vis défiler guidant les escadrons, Qui sur un éléphant, qui sur un dromadaire : Celui-là, devant qui s'inclinent tous les fronts, N'est point, comme on le dit, quelque sultan vulgaire, Mais le grand maestro, l'Amphion janissaire, Rossini ! Sonnez tous, fanfares et clairons.

Et cet autre sublime, au regard de pontife, Qui, dans son palanquin par six nègres porté, S'avance sur un air plein de solennité Qu'a marqué le lion de sa puissante griffe, Dites, est-ce un émir? un devin ? un calife ? Un mage par l'Esprit en ses nuits visité ?

Un roi mage, oui, plutôt, que l'étoile dirige, Le mage Beethoven, immortel pèlerin, Roi-pasteur que l'étoile au ciel guide sans fin, Et qui, par les rochers où plane le vertige, Va poursuivant toujours le mystique prodige, Sûr qu'un divin messie est au bout du chemin !

A chaque mouvement comme à chaque formule Que l'orchestre prenait, allègre ou solennel, Le fantôme évoqué glissait au crépuscule Pour s'effacer bientôt dans le groupe réel. Tel qu'un blond cardinal du temps de Raphaël, Je vis ainsi passer Bellini sur sa mule,

Puis tous les grands vizirs, les sultans et les rois : Meyerbeer, Spohr, Auber, Spontini, Mercadante, Celui-ci modérant une cavale ardente, Celui-là fredonnant sous un chapeau chinois Dont tous les clochetons babillaient à la fois ; Cet autre sur un bœuf à la masse imposante.

Je vis plus d'un lourdaud et plus d'un charlatan, Comme bien vous pensez, en cette caravane ;

Un surtout me ravit : à son air de sultan, Pour Rossini lui-même on l'eût pris, Dieu me damne ! Mais sous le harnais d'or perçait l'oreille d'âne, Et l'habit d'Arlequin sous le riche caftan

L'auditoire enchanté porta ce beau finale

Aux astres, comme on dit en style d'opéra ;

On admira surtout la marche triomphale,

D'un motif héroïque et plein de bravura ;

Et, du haut jusqu'en bas, ce ne fut dans la salle,

Au tomber du rideau, qu'un immense hurra.

Bizarre fanatisme impossible à décrire ! Couronnes et bouquets, madrigaux, vers d'album, Se mirent à pleuvoir sur le proscenium. C'est un poison des cieux que distille la lyre ! Hommes, femmes, enfants, s'agitaient en délire ; On eût dit, aies voir, des buveurs d'opium.

Aux acclamations d'un public idolâtre,

Neuf fois le maestro parut sur le théâtre,

Ramenant d'une main la reine de Saba,

De l'autre Safomon tout décoiffé déjà ;

Puis, lorsque tant de mains furent lasses de battre,

La rampe s'éteignit et le rideau tomba.

Beaucoup de bruit, puis rien ! des fleurs ! des fleurs

[encore !

Puis, un quart d'heure après, cette salle sonore Demeure froide et vide, et tout s'est effacé. Oh ! notre gloire humaine, étrange météore Dont la trace s'éteint sitôt qu'il a passé ! Qui sait ? Le mieux peut-être est d'imiter Rancé.

[Intermèdes et Poèmes.)

Se rapporte à la page 389

André Ghénier, Shakspeare et Dante,

Mozart, Weber, On nous a trop chanté Tandante

De ce vieil air.

Ces ritournelles sont usées

Comme la tour D'ivoire, comme les rosées,

Gomme l'amour !

D'ailleurs, ils sont morts vos poètes :

Mort Rossini !

Adieu, paniers, vendanges faites :

Tout est fini !

Ils sont morts I paix à leur mémoire !

N'en parlons plus, Oublions, comme un vieux grimoire,

Leurs vers trop lus.

Et nous tous, quand la fantaisie

Nous pique au jeu, Gardons-nous de la poésie

Gomme du feul

Tous les oiseaux du bois sonore

Sont délogés ; Si quelques-uns restent encore

Dans les vergers,

C'est pour faire œuvre d'agronome,

A coups de bec, Détruisant le ver dans la pomme

Et le bois sec.

Mais plus de chanson, plus de note,

Plus de motif 1 Le rossignol caché vivote,

Morne et plaintif.

Il aime en silence et s'observe

En ses ardeurs, Craignant d'émoustiller la verve

Des cascadeurs!

Chanter pour la nuée errante

Dans le ciel bleu, Pour la fleur des bois, l'eau courante,

Pour le bon Dieu,

Chanter pour rien, bizarre envie!

Fuir le sentier Où la foule acclame la vie,

Quel sot métier!

Sot métier! j'accepte l'insulte,

Rions de tout.

Plus d'art, plus de Dieu, plus de culte;

N'ayons de goût,

De bravos, surtout de monnaie,

Que pour l'esprit Qui ravale, bafoue, égaie

Et travestit !

Soyons joyeux, soyons fantasques,

Soyons rapins, Habillons l'Olympe et ses masques

De papiers peints!

Quand Jupiter, comme un vieux pitre,

Bat le trottoir, Que Mars ivre lui paie un litre

Sur le comptoir I

Que tous les dieux des homérides,

Tous les héros, Montrent leurs nez rouges, leurs rides,

Leurs ventres gros !

Aux lazzis d'un orchestre obscène

Et trivial, Voyons-les mener sur la scène

Leur carnaval !

Que notre force s'évertue A tout salir,

Ne laissons pas une statue Sans l'avilir;

Que tout marbre, que tout albâtre, Soient charbonnés,

Des lunettes à Gléopâtre Sur un faux nez !

Après l'art grand, l'art imbécile !

Substituons.

« Calomniez, » disait Basile.

Prostituons !

L'bistoire, la philosophie,

Les sentiments, Raillons tout ! Bien fol qui se fie

A nos serments !

Sur toute invention humaine,

Sur tout flambeau, Que notre bave se promène!

Meure le beau!

Meure l'étincelle et la flamme,

Meure l'espoir!

Meure le dernier feu de l'âme

Sous l'éteignoir !

Tuons en nous tout ce qui vibre,

Et, sans regrets, Cessons d'être, sur un sol libre,

Des hommes vrais !

Dépouillons, ô race chétive

D'enfants nés vieux, La grande force admirative

De nos aïeux!

Avoir sa foi que l'on caresse,

Son idéal, Aimer son art et sa maîtresse,

Haïr le mal,

Sentir, nerveuse et palpitante,

La passion, Mettre sa vie à ce qu'on tente,

Dérision !

C'était bon, cela, pour les pleutres

Des temps passés, Notre art, à nous, c'est d'être neutres,

D'être effacés !

Nous mourons en naissant à l'être,

Aucun désir Ne nous tient de voir, de connaître

Ou de choisir.

Tout nier fait bien notre gloire ;

Mais, ventrebleu ! Nous aimerions encor mieux croire

Que lire un peu!

D'ailleurs, à quoi sert l'esthétique ?

Tous ces discours, Dont les bavards tiennent boutique,

N'ont plus de cours.

Assez de tout ce radotage !

En tout procès, Il faut deux mots, pas davantage :

Four ou succès !

Ceux que vous appelez vos maîtres

Sont des farceurs Qui se moquaient de nos ancêtres,

Et des poseurs

Dont les tirades solennelles

Et les façons N'ont qu'à servir de ritournelles

A nos chansons!

Car le génie, affreuse peste,

N'est drôle un brin Que lorsqu'on retourne sa veste

Chez Tabarin.

Menons donc jusqu'au bout, l'étrange

Charivari, Homère, Goethe et Michel-Ange,

Aurons-nous ri!

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