PARIS ET L OPERA EN CHANSONS II
Richelieu, c'est là ta devise. ,
De ton squelette empoisonné
Le temps a purgé les ruelles,
Du jargon d'un fat suranné
Le temps a délivré nos belles.
Confus de l'inutilité
Où languit ta futilité,
Ton petit orgueil dépité
En de vains efforts se consume.
Jusqu'au baigneur qui te parfume
Se moque de ta vanité.
Tout le monde est las de t'entendre,
Tu n'as plus de rôle à jouer.
Voltaire est las de te louer,
Et tu n'as plus rien à prétendre.
Que faire? A quel saint te vouer?
Il te reste l'Académie,
Et tu viens de t'imaginer,
Que ton importante momie
La pourra du moins dominer ^
Qu'il t'en soit venu la pensée,
On n'en doit pas être surpris :
Mercure avec son caducée
Faisait, dit-on, peur aux esprits.
I. A l'exception de Voltaire, qui l'encensait, Richelieu faisait peu de cas des gens de lettres; il détestait en particulier les philosophes et usait de toute son influence pour les écarter de l'Académie où lui-même était entre à vmgtquatre ans, en 1720, nommé d'une voix unanime en qualité de petit-neveu du Grand Cardinal. Cette pièce doit se placer aux environs de 1772, lorsque le duc s'escrimait contre l'historien Gaillard, contre Delillc et Suard, contre d'Alembert. enfin, qui désirait être élu secrétaire général à la place de Duclos.
Lt: PO\T-XEUF HT LE PONT DES ARTS^
LE PONT-NEUF
Air des Trembleurs.
Du plus loin qu'on se souvienne Je domine sur la Seine, Et je souffrirais sans peine Qu'on usurpât tous mes droits !
Non, non, à ce téméraire Je ferai sentir, j'espère, Tout le poids de ma colère Si je m'y mets une fois.
LE PONT DES ARTS Air : Triste raison.
Comme l'Anglais vouloit régner sur l'onde,
C'est avoir de folles prétentions,
(^ar le soleil brille pour tout le monde
Et l'eau, je crois, coule pour tous les ponts.
LE l'ONT-NEUF
Air de la Fanfare.
Oois-moi, si tu n'y prends garde, Quand la débâcle viendra, Oains de descendre la garde Tout comme un pont d'opéra,
I. Le l'oni des Arts fut onstiuii en 1802 et i8o3, et dut fon nom au palais du Louvre qui s'appelait, sous rKmpirc, Palai» des Arts. C'est donc à l'année i8o3 que »e rapporte cette dispute en vaudeville, à la façon de nos couplets de revue actuels,
PARIS ET l'opéra EN CHANSONS l IJ
Le beau plancher qui te couvre, Se de'tachant tout d'un coup, On verrait le pont du Louvre Dans les filets de Saint-Cloud.
LE PONT DES ARTS
Air de Claudiyie.
En vous je croyais, confrère, Voir un pont bien élevé, Mais vous prouvez le contraire Par ce ton peu réservé.
Aussi plus je vous regarde Et moins je dois trouver neuf Un propos de corps de garde Dans la bouche du Pont-Neuf.
LE PONT-NEUF
Air : Femmes, voiile:{-vous éprouver?
Non, de sages entrepreneurs N'avaient consulté que l'utile, C^est à d'âpres spéculateurs Qu'on doit ta présence inutile.
Sur tes produits fondant leur gain, Ces messieurs nous en font accroire.
En tout cas, s'ils meurent de faim.
Ils auront au moins de quoi boire.
LE PONT DES ARTS
Air de la ***.
A l'extrême solidité '
Je joins la grâce et l'élégance;
Chaque jour, mon utilité
Me vaut sur vous la préférence.
I. Fatuité pure, car ce malheureux pont est un de ceux qu'on repare le plus souvent.
Il8 MUSIQUE
J'en conclus que le pont de fer,
Quoi que l'on dise et quoi qu'on fasse,
Aux Parisiens sera cher
LE PONT-NEUF
Oui, par le droit de passe '.
LE PONT-NEUF
Air du Jockey.
Depuis plus d'un siècle à Paris Ma réputation est faite, Mon nom même dans tout pays De bouche en bouche se répète 2.
LE PONT DES ARTS
D'accord, vous êtes en crédit, On peut bien, je crois, sans peine Dans le monde faire du bruit, Quand on a la Samaritaine-'.
1. Le Pont des Arts était alors assujetti à un péage qui devait cxfurer le \m) juin 1897, mais qui fut racheté par la Ville après la Révolution de 1848.