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PREAMBULE

Les ballets de cour ont précédé et préparé l'Opéra. Ils déployaient toutes les ressources de l'art, comme l'Académie de musique devait faire plus tard, de manière à captivera la fois l'oreille, les yeux et l'esprit, — on nous saura gré sans doute de ne pas répéter ici les vers si connus de Voltaire, La richesse et la variété des décorations s'y unissaient à la poésie, à la musique, à la danse, pour enchanter les spectateurs. Un grand ballet mettait tout un monde en jeu et Ton vit plus de sept cents personnes concourir à la représentation d'Hercule amoureux. L'usage constant du merveilleux, les sujets allégoriques ou mythologiques y justifiaient l'emploi sur une large échelle des machines, déjà portées à un degré de perfection qui n'a guère été dépassé depuis. Ce divertissement ingénieux et galant, où les charmes réunis

de ]a comédie, de la musique et de la danse se rehaussaient de toutes les pompes du spectacle, fut pendant près d'un siècle la distraction favorite des princes et des grands seigneurs : il suffit d'avoir ouvert quelques Mémoires des xvi^ et xvii^ siècles pour savoir quel rôle jouèrent les ballets à la cour des Valois, de Henri IV, de Louis XIII, et surtout de Louis XIV, au moins pendant la première partie de son règne.

Le ballet de cour fait donc partie essentielle non seulement de l'histoire du théâtre, mais aussi de celle de la société à cette époque, et il joint à ce mérite celui d'avoir véritablement engendré l'opéra. Ce double titre le désignait suffisamment, semble-t-il, à l'attention des curieux et devait tôt ou tard exciter l'intérêt du travailleur qui rechercherait Torigine de ce genre, en suivrait pas à pas les développements et la décadence jusqu'à sa fusion complète dans l'opéra, qui en écrirait, en un mot, l'histoire complète, en s'appuyant sur les témoignages des contemporains et sur les traités spéciaux de la matière. Cet historiographe s'est fait longtemps attendre, mais il s'est enfin rencontré dans la personne de M. Fournel. Celui-ci a très justement pensé que son travail sur les auteurs contemporains de Molière^ renfermerait une grave lacune s'il n'était pas accordé au Ballet

I. Les Contemporains de Molière, recueil de comédies rares et peu connues, jouées de iô5o à 1680, avec l'histoire de chaque ihéâtre, des notes et notices biographi(]Ucs et critiques, par Victor Fournel (3 vol. in-8", à la librairie Firmin-Oidot). l.e 1 héâtre de l'hoiel de Bourgogne rem-

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de cour une place en rapport avec l'importance qu'il avait à cette époque et qui n'a pas été sans exercer une influence passagère sur le génie du grand poète comique, puisque lui aussi dut s'exercer dans ce genre inférieur pour faire plus sûrement sa cour au Grand Roi.

Cette reconstitution du monde théâtral à Tentour de Molière, cette étude des goûts dramatiques de la société française, était un travail de longue haleine et demandait non seulement un temps énorme et des recherches très minutieuses, mais aussi une connaissance approfondie du monde oii l'on allait entrer. « Ce recueil a un but à la fois littéraire et historique, dit l'auteur dans sa préface. Au point de vue littéraire, il se propose de faire .:onnaître les œuvres comiques du deuxième et du troisième ordre du xvii® siècle, à côte et en dehors de Molière, en dehors aussi du petit nombre de comédies consacrées, devenues en quelque sorte classiques, restées au répertoire, et reproduites dans les collections spéciales ou citées dans les anthologies. Au point de vue historique, de réunir et de grouper des documents en général peu connus, et, soit par la nature et le choix des pièces, soit par les notes et notices auxquelles ces pièces donneront lieu, de jeter une lumière nouvelle sur les côtés intimes et familiers du xvu*^ siècle, non seulement sur ses mœurs, ses

plit le premier volume et un quart du second, dont tout le reste est occupé par le Théâtre de cour. Le troisième volume renferme le Théâtre du Murais et celui du Palais- Royal, où jouait la troupe de Molière.

idées, sa littérature, mais sur ses usages et ses habitudes, ses amusements, ses modes, les personnages qui occupaient à divers titres l'attention, et tout spécialement sur Molière lui-même. «

La partie de ce travail qui nous intéresse particulièrement remplit presque tout le second volume, car l'auteur ne pouvait oublier dans ce recueil les ballets qui forment à eux seuls une branche importante de la littérature dramatique au temps de Molière, un genre spécial très en vogue et très en vue, qu'il a d'ailleurs abordé souvent lui-même. Jusqu'au moment où commence la vieillesse de Louis XIV, on peut dire que le théâtre de la cour lutta d'activité avec l'Hôtel de Bourgogne. M. Fournel a très bien vu que n'en pas parler ce serait supprimer une des faces, la moins connue et à certains égards la plus intéressante de son sujet; il a donc donné près de vingt-cinq spécimens des ballets les plus applaudis à la cour ou dans les réunions princières, que ce fussent les plus curieux ou les plus spbndides, les plus récréatifs ou les plus merveilleux. Mais il ne s'en est pas tenu là et il a fait précéder d'une grande notice historique et critique sur le ballet de cour cette série de livrets, où chacun est encore enrichi d'éclaircissements et de notes artistiques. Cette longue étude est absolument complète dans toutes ses parties, tellement complète même que des lecteurs superficiels s'en pourraient effrayer et ne prêteraient pas à cette partie si importante de l'ouvrage toute l'attention qu'elle mérite. Aussi nous a-t-il paru curieux de

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faire ici Thistoire du ballet de cour, en fondant ensemble la notice historique de M. Fournel et les livrets qu'il publie à la suite, sans prétendre faire mieux que lui, mais en le prenant pour guide au contraire, en dégageant surtout le côté littéraire et musical de ses fructueuses recherches sur les origines de l'Opéra et sur les fêtes royales qui l'ont précédé.

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