‹ MusiqueChapitre 32 sur 61 · C H O P O X ET F E T I S I J · texte numérisé non relu

C H O P O X ET F E T I S I J

avec les sciences géométriques, ensuite apprenant les principes et la pratique de cet art nouveau pour lui sous Bonesi et l'abbé Rose, avait été un moment administrateur de TOpéra, de i8i6 à 1817. Il aurait rêvé alors d'ouvrir toutes grandes les portes de ce théâtre aux jeunes compositeurs ; il Ht même décider qu'une certaine quantité de pièces leur serait réservée, mais il ne paraît pas qu'il ait pu poursuivre ce beau projet. Le ballet du Carnaval de Venise, de Persuis et Kreutzer, le petit opéra du Rossignol, de Le Brun, Topéraballet des Deux Rivaux, de Spontini, Persuis, Berton et Kreutzer, le grand opéra en trois actes, Nalalie ou la Famille suisse, de Reicha, tous ouvrages qui virent le jour sous la courte direction de Choron, ne rentrent pas dans la catégorie des ouvrages qu'il aurait voulu jouer : tous ces musiciens-là étaient déjà chevronnés et jouissaient d'une grande notoriété.

Choron, quand il eut été congédié de l'Opéra sans recevoir aucun dédommagement, tourna immédiatement ses vues vers la réalisation d'un projet qu'il caressait depuis longtemps : il ne rêvait pas, comme on l'a dit, de faire concurrence à l'Ecole royale de chant et de déclamation, au Conservatoire, en un mot, car s'il avait été d'abord l'ardent antagoniste de cette école, il en avait reconnu la réelle utilité par la suite et, en sa qualité de directeur de l'Opéra, il avait proposé et obtenu la réorganisation de cette école fermée en i8i5 ; il avait lui-même été chargé de rédiger le plan des éludes à l'Kcole royale et

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Tavaii taii avec la conscience et la justesse d'esprit qu'il apportait en toutes choses. Non, quand il résolut de fonder une école en face du Conservatoire, il voulait bien moins former des artistes isolés, faire des éducations individuelles de chanteurs que généraliser le goût de la musique et répandre en France l'enseignement des masses vocales tel qu'il existe en Allemagne : son idée dominante consistait à faire passer le goût de la bonne musique dans toutes les classes et c'est ainsi qu'il fit, sur de grandes masses d'enfants pris dans les écoles de charité, des essais qui furent tout à fait heureux.

« La nouvelle carrière où Choron était entré, dit Fétis, devait lui fournir l'occasion de déployer des facultés qu'on ne lui connaissait pas encore, facultés d'un ordre élevé et qui étaient en lui toutes d'instinct. Ce n'est pas seulement par une activité peu commune qu'il se distingua comme chef d'une institution musicale; son âme ardente y sut communiquer à ses élèves un amour de l'art et un sentiment du beau qui n'existent pas a un degré si élevé dans des écoles plus renommées. Doué d'une sagacité singulière qui lui faisait discerner au premier coup d'œil les enfants bien organisés pour la musique, il n'était pas moins habile à faire comprendre ses intentions aux individus qu'aux masses. Je l'ai vu, dans des répétitions, adresser une allocution à SCS élèves, lorsqu'il voulait insinuer dans leur âme le sentiment d'un morceau de musique, s'énonçant avec assez de difhculté, préoccupé de

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la multitude d'idées qui se croisaient dans sa lete, et pourtant éloquent par l'accent qui animait sa parole. Souvent il voulait joindre l'exemple au précepte ; alors, sans avoir fait lui-même d'études vocales et gêné par une voix faible et tremblante, il faisait entendre quelque phrase de chant dont un m^usicien de profession n'aurait peut-être aperçu que le côté ridicule, mais qui ne manquait jamais de produire un heureux effet sur les jeunes gens qui l'écoutaient, parce qu'une belle intention rachetait des défauts accidentels. » D'Ortigue, aussi, a parlé de cet apôtre de la musique en des termes qu'il est bon de connaître : « ... Un piano ou un petit orgue, un violoncelle et deux ou trois contre-basses lui tenaient lieu d'orchestre. Pour les ouvrages à exécuter, il mettait à contribution son propre cabinet et les richesses que lui offraient les manuscrits des bibliothèques, manuscrits qu'il faisait copier par de jeunes élèves. Tandis qu'au dehors, des virtuoses, des compositeurs, après plusieurs années d'étude, en étaient à se demander les noms des musiciens qui avaient précédé Haydn, Mozart, Gluck et Beethoven, Choron faisait retenir de mémoire à des enfants de dix ans et livrait à l'admiration du public des œuvres non moins belles, non moins intéressantes que celles de ces grands maîtres. Et lorsque l'Académie Royale de Musique, poussée par une émulation privée aujourd'hui de tout stimulant, voulut faire excursion dans le répertoire de Choron et exécuter quelques-uns

de SCS morceaux, V Alléluia de Hxndel, par exemple, leur effet ne fut pas supportable, parce que les sujets de TAcadémie Royale n'entendaient rien au caractère de cette musique, parce que Choron seul possédait et savait communiquer rintelligence de ces ouvrages, qu'il aimait de prédilection et dont il avait pénétré le sens et l'esprit. »

Voici, du reste, un exemple éclatant de sa force de travail, de son activité, de l'influence, électrique en quelque sorte, qu'il exerçait sur les individus qu'il entreprenait d'initier à la musique et de faire chanter. Choron, certain hiver, se tii fort de mettre, dans l'espace de quinze jours, tous les enfants pauvres de son arrondissement, soit huit cents garçons et quinze cents filles, en état de donner un grand concert à leur propre bénéfice : « A merveille, avait-il dit, avec deux mille trois cents voix, nous donnerons un concert qui retentira dans la France entière. » Et c'est ce qui eut lieu.

Mais Choron n'avait que des ressources très restreintes; il avcit mis sa modeste fortune patrimoniale, en i8o5, dans une maison d'édition de musique pour publier d'anciens ouvrages classiques, entre autres les cantates de Porpora, les solfèges à plusieurs voix de Caresana, ceux de Sabbatini, le Stabat de Palestrina, celui de Josquin de Prés, le Requiem et le Miserere de Jomelli, etc., et ces publications auxquelles presque personne, alors, ne s'intéressait, avaient rapidement englouti son petit pécule. Au mo-»

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