LE CARNET THEATRAL DE SCHUMANN
Août iS'/t.
Dans les derniers temps de sa vie, Schumann avait presque renoncé au plaisir fatigant d'écrire des études critiques de longue haleine, et, à moins qu'il ne dût souhaiter la bienvenue à quelque artiste de grand avenir, comme il le fit pour son disciple préféré, Johannès Brahms, il ne prenait plus la plume que pour jeter de rapides pensées sur le papier. Il jugeait peut-être que la force et le temps lui manqueraient pour en faire davantage,car les secousses réitérées qui avaient ébranlé sa santé avaient dû l'avertir de l'approche de la catastrophe finale. Lorsqu'une œuvre musicale l'avait vivement frappé, en bien ou en mal, il se contentait, aussitôt rentré chez lui, de marquer rapidement quelques mots d'éloge ou de blâme sur des tablettes journalières. Ce sont ces notes, éparses de 1847 ^ i85o, qui forment son Carnet théâtral.
Chaque ouvrage entendu ne lui arrache qu'un mot le plus souvent, mais cette brève appréciation
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va toujours droit au fait et touche le point sensible, qu'il s'agisse de juger l'œuvre elle-même, les interprètes chantants ou le chef d'orchestre. Trois opéras seulement ont le crédit de le faire sortir de cette réserve et de réveiller pour un moment sa verve critique : Jean de Paris^ Eiiryanîhe et le Templier. Quant à Tannhœuser^ il lui en faudrait écrire trop long pour exprimer sa pensée complète sur une création de cette valeur et il préfère ne rien dire, en remettant cette tâche à plus tard; il ne s'en acquitta jamais.
Ce petit carnet, où l'on voit la pensée de Schumann s'arrêter un instant sur les créations les plus diverses de style et de valeur, a le précieux avantage de prouver sans réplique combien ce grand musicien, qu'on représente volontiers comme un juge hargneux, méprisant et condamnant tout ce qui n'était pas sa propre musique, était au contraire facile à contenter, et comment il se raccrochait souvent à quelque partie accessoire pour justifier son contentement. Non-seulement Schumann fait preuve dans ces notes improvisées d'un éclectisme complet, en louant également de grands compositeurs en rivalité de leur vivant, comme Boieldieu et Rossini, Wcbcr et Spontini, mais il montre aussi une impartialité absolue en défendant le créateur chez Richard Wagner aussi vivement qu'il attaque le chef d'orchestre et l'arrangeur. Il prouve enfin, presque à chaque ligne, que nul n'était plus prompt que lui à estimer toute (jeuvre estimable, à admirer toute œuvre admirable.
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ROBERT SCHTMANN
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CARNET THÉÂTRAL (1847- i85o)