LE PROPHÈTE, DE G. MEYERBEER
2 février i85o.
Cette croix énigmalique doit vous intriguer, mais certaine phrase d'une lettre adressée de Dresde le i5 janvier de la même année rendra plus claire la pensée de Schumann. a Toute l'attention, écrit-il à M. Ferdinand Hiller, se porte aujourd'hui sur le Prophète, et j'ai eu beaucoup
I. Le Porteur d'eau est le titre que porte partout ailleurs qu'en France ropéra-comiquc de Cherubini les Deux Journées. Les étrangers ont l'habitude de modifier à leur convenance les litres d'opéras français qui ne leur paraissent pas suffisamment explicites; c'est ainsi que les Dragons de Villars deviennent presque partout la Clochette de l'crmitCy et que le Pré aux Clercs s'intitule parfois : Un duel sous Henri III.
à souffrir de cela. La musique m'a paru tout à fait misérable et je n'ai pas de mot pour dire à quel point elle me répugne. »
Schumann ne cède pas ici à cette faiblesse d'esprit qui fait généralement juger avec défaveur les œuvres d'un rival heureux. Il n'appréciait pas les opéras de Meyerbeer, même en dehors de toute question de rivalité momentanée; rappelezvous qu'il a fait des Huguenots une étude très sévère, où quelques exagérations passionnées ne diminuent guère la hauteur de ses vues et le bien fondé de la plupart de ses jugements*. Il esta regretter qu'il n'en ait pas fait autant pour le Prophète^ et que cette condamnation sommaire n'ait pas été suivie d'une étude de longue haleine. Trois lignes seulement sur un ouvrage de cette importance, quand on en pense autant de mal, c'est à la fois trop et trop peu.