LA JEUNESSE DE LOUIS XIV ET SES DEBUTS CHORÉGRAPHIQUES
Nous voici arrivés au règne de Louis XIV, à l'âge d'or du ballet. M. Fourncl expose très bien les raisons multiples de cette prospérité incomparable pour ce genre de distraction. « Sous la double influence du progrès du goût, qui allait
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porter presque tous les genres littéraires, surtout les genres dramatiques, à leur perfection, — de la magnificence et de la galanterie croissantes à la cour de France, à peine suspendues un moment par la Fronde, le ballet prend un essor nouveau. Un roi jeune, une régente belle, en plein épanouissement de l'âge, longtemps tenue à l'écart des plaisirs par les soupçons ombrageux et l'inquiète jalousie de Louis XI II ; un ministère d'origine italienne, formé par-delà les monts à l'art ingénieux des divertissements princiers, joignant la finesse à la gaieté de l'esprit, magnifique au besoin, ayant le goût des fêtes et sachant faire servir ses goûts à sa politique; de grands seigneurs qui commençaient à respirer à l'aise, délivrés du joug de fer du terrible cardinal : pouvait-on rencontrer une réunion d'éléments plus propices? »
Et telle était cette soif de plaisirs et de fêtes, qu'aussitôt le deuil expiré, les fêtes et bals reprirent de plus belle. C'est ainsi que le grand ballet des Fêtes de Bacchus fut représenté au Palais- Royal, en pleine Fronde (i65i), pendant une absence de Mazarin, par le roi en personne, un baladin infatigable qui voulut bien recommencer à danser quatre et cinq jours de suite, tant le spectacle avait paru magnifique, pour satisfaire l'enthousiasme et la curiosité de la cour. « ... Il ne fallait point demander qui était le Roy, dit naïvement la Ga:{ette, l'adresse inséparable de toutes ses actions le distinguant et le faisant assez remarquer à tout le monde... » Loret parle plus Ion-
cuement de cette fête, mais seulement par ouïdire, et il admire surtout combien
On y fut chiffonné, pressé, Incommodé, foulé, poussé.
Les filles même de la reyne N'y trouvèrent place qu'à peine; Plusieurs y suèrent d'ahan.
Le Ballet de la Nuit, que le roi dansa deux ans plus tard, est présenté par M. Fournel « comme le chef-d'œuvre et le type accompli du ballet de cour, non de ce ballet exclusivement mythologique, uniforme et souvent fastidieux dans sa froide majesté, qui allait prendre un si grand développement sous Louis XIV, mais du ballet libre, complexe et varié, embrassant dans son cadre flexible toutes les ressources combinées du genre ». Les vers sont de Benserade, dont c'était le deuxième ouvrage. Ce grand ballet fut représenté à la cour, dans la salle du Petit-Bourbon, le 23 février i653, c'est-à-dire en temps de carnaval, au milieu des réjouissances par lesquelles on célébrait l'heureuse issue de la campagne de iG5 2. Vingt jours étaient à peine écoulés depuis le retour à Paris de Mazarin, enfin vainqueur de la Fronde, de Turenne et des généraux ou gens de qualité qui avaient pris part à la dernière campagne, entre autres du duc d'York, qui figura dans la septième entrée de la dernière partie. Le succès de ce magnifique divertissement fut tel cjuc le roi dut le danser plusieurs fois, comme il avait déjà fait pour les Fêtes de Bac-
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chus, mais il faut avouer que Loret donne une singulière idée de la musique par la description suivante :
Quand la Lune quitta son globe, Mais non sa jupe ni sa robe.
Pour venir ses feux soulager Entre les bras de son berger, Le bruit, tintamarre ou folie Que les peuples de Thessalie Firent avec des sons et des cors Qui formaient de plaisans accords (Comme l'on fait dans leur contrée) Vul encore une rare entrée.
N'entend-on vraiment qu'en Thessalie ce genre de charivari ?
Il est encore de Benserade ce ballet royal de Psyché^ ou la Puissance de V Amour ^ danse au Louvre le 17 janvier i656 et rejoué, quelques jours après, devant le nonce du pape, qui put y voir réunies les beautés les plus admirées de la cour et surtout le chœur entier des tilles d'honneur de la reine. C'était la première fois que les femmes de qualité se mêlaient en si grand nombre aux danseurs, et celte gracieuse innovation ne pouvait manquer d'ajouter un nouvel attrait, et un attrait irrésistible, à ce spectacle déjà si goûté. Ce divertissement est le plus beau et le plus curieux des six ou sept ballets nouveaux que le roi dansa dans le courant de janvier et février i656, car cette époque fut signalée par un redoublement de fètcs et de plaisirs à la
cour. La lentrce du jeune roi à Paris après tant de succès répétés, les victoires de Turenne, la soumission des derniers partisans de la Fronde et la complète paciticaiion du royaume avaient répandu partout la joie et le bonheur, et les festins, bals, concerts et ballets qui se succédèrent coup sur coup donnèrent au carnaval de cette année, comme au précédent, un caractère particulier d'entrain et de gaieté.
Sauf les temps de deuil, les ballets servaient à célébrer toutes sortes de circonstances : un mariage, une naissance, un traité de paix, la visite d'un souverain ou d'un grand personnage; mais ils étaient surtout le divertissement obligé du carnaval, et comme le roi aimait volontiers à répéter les ballets qui lui avaient plu, ces représentations se prolongeaient quelquefois jusqu'au premier dimanche quadragésimal. A certaines années, quand la cour et le roi s'étaient bien repus d'allégories et de mythologie, les jours gras arrivaient à point pour excuser un certain relâche dans ces allures et cette phraséologie solennelles, et l'on avait hâte de mettre ce temps à profit pour se délasser un peu de tant de formules admiralivcs et adulatrices : la mascarade reprenait alors ses droits au Louvre et l'emportait pour quelques jours sur le grand ballet mythologique. M. Fournel a réuni aussi quelques extraits de ballets relatifs au carnaval, qu'il a eu beaucoup de peine à dénicher, simples bagatelles pour la plupart où les auteurs, sans se mettre en frais d'imagination, prenaient le plus souvent comme sujet le carnaval
même et brodaient sur ce canevas plus ou moins de plaisanteries spirituelles et d'équivoques ordurières.
Voici d'abord les Folies de Caresme prenant^ puis le Ballet de la My-carème, très licencieux, — M. Fournel n'en donne que les sommaires, — et qui fut pourtant dansé devant des dames, que l'auteur désigne sous des noms tirés de la mythologie, des romans et des pastorales du temps. Viennent ensuite la Mascarade de la mascarade^ ou les Déguisements inopinés, et la grande mascarade royale, le Carnaval, dansé par le roi dans ses appartements le i8 janvier 1668, puis le 27 et jours suivants à Saint-Germain, avec de nouvelles entrées. Ce divertissement considérable, qui n'a que le titre de commun avec le grand ballet du Carnaval donné par Lulli en lôjS à l'Académie de musique, devait être déjà de la composition du Florentin, puisque celui-ci était au nombre des acteurs. Ce ballet faisait partie des réjouissances organisées après la campagne de [•landre, et voici ce qu'en dit Robinet dans sa gazette pour la partie musicale :
Dans le palais des Tuileries, Le lendemain, le Carnaval (Représenté par d'Estival) Avec une nombreuse suite De musiciens, tous d'élite, A ravir divertit la cour.
Un de ces masques, non follets, Mais sérieux et des mieux faits,
Pleins de bravoure ei braverie
Conduits par la Galanterie (M"c Hilaire)
Merveilleusement aussi plut,
Et chacun volontiers dit chut!
Lorsque cette aimable déesse,
Avec une voix cbarmeresse,
Ses dignes maximes chanta
Par qui l'oreille elle enchanta
Tant des maies que des femelles,
Qui certes les trouvèrent belles.
La Galanterie du temps est encore un de ces divertissements improvisés, d'une exe'cution simple et facile, qui pouvaient se danser pour ainsi dire sans préparatifs et sur-le-champ, comme ils avaient été composés. Le titre et le sujet devaient également plaire à la cour galante de Louis XIV, remarque ingénieusement M. Fournel, et l'on dirait même qu'ils avaient été choisis pour mettre discrètement en scène cet amour naissant du jeune roi, auquel le ballet allégorique de Psyché semblait déjà faire allusion. C'était Bcauchamp qui avait imaginé cette mascarade, LuUi en composa sans doute aucun la musique. Tous deux figuraient parmi les danseurs, mais il est à remarquer que, suivant la tradition des mascarades, aucune dame de la cour n'y dansa et que les femmes n'y faisaient que chanter; enfin le roi n'était presque entouré que de bourgeois et surtout de mimes et danseurs de profession, parmi lesquels Baptiste, Bcauchamp, Lambert, Mollier. Représenté deux fois au Louvre, le 14 et le 19 février i656, ce
MASQUE EN HABIT DE BERGER d'après une gravure de Martin ICngelbrcJit.
ballet fut repris encore en mars chez Mazarin, et c'est seulement après cette troisième soirée que Loret en fait Féloge obligé.
Le folâtre et le sérieux
Y parurent à qui mieux mieux :
La Barre, cette belle illustre,
Qui donne aux airs un si beau lustre,
En fit, par un récit charmant,
Admirer le commencement;
Et cette autre agréable brune
Dont l'excellence est peu commune,
La signora Bergerota
Vers la fin les coeurs enchanta.
Gaston d'Orléans n'attendait pas les jours gras pour se donner le divertissement des ballets plus ou moins burlesques et licencieux. Les libertés du genre grivois s'étaient conservées intactes au Luxembourg et les ballets dansés chez Gaston se distinguent facilement de ceux composés sous l'inspiration de Mazarin ou du jeune roi : ils se reconnaissent presque au premier coup d'œil, tant à leur licence souvent ordurière qu'à leur bouffonnerie. Il est assez probable que Molière y collabora, plus probable encore qu'il y dansa, car même avant ses courses en province, il avait obtenu la protection du prince pour rillusirc Théâtre, et pour lui-même le titre de comédien de S. A. R. Gaston ; or, le futur auteur du Misanthrope^ dont le goût et le génie étaient encore à naître, n'avait pas alors pour les gravelures une horreur telle qu'on puisse refuser
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de lui attribuer quelque part dans celles qu'on débitait ou qu'on figurait au Luxembourg.
M. Fournel a publié, comme spécimen des ballets composés pour la cour de Gaston, l'un des plus rares qui soient, mais aussi Tun des moins grossiers, car s'il fut d'abord dansé à la cour du prince, il devait l'être ensuite chez le roi, et l'auteur anonyme avait dû contenir sa verve licencieuse pourrespecter les chastes oreilles d'un jeune souverain de sept ans. L'Oracle de la Sybile de Pansoust^ — tel est le titre de ce ballet, — était tiré de Rabelais qui a fourni tant de sujets aux divertissements burlesques, farces et comédies du xv!!*" siècle : l'auteur en est inconnu, mais la versification est assez bonne et le style trahit une main exercée. De nombreux courtisans y dansaient, dont la plupart reparaîtront régulièrement dans les ballets du roi : MM. de Brion, de Saint- Aignan, de Genlis, de Luynes, d'Aluy, de Saintot, de Rouennez, de Comminge, de Clinchant, de Monglas et bien d'autres.
Tous ces grands seigneurs et ces belles dames ne se contentaient pas de danser à la cour dans les ballets; plusieurs rivalisaient en quelque sorte avec le maître et organisaient à grands frais, dans leurs hôtels ou leurs châteaux, des représentations du môme genre. Mais beaucoup n'avaient ni l'état de maison ni la fortune nécessaires pour supporter autrement que par hasard les frais qu'entraînait un pareil spectacle, et comme il était du meilletif ton d'offrir le ballet à ses invités en temps de carnaval, il se formait
quelquefois, au moins pour les jours gras, une iroupe chantante et dansante qui allait représenter les ballets à la mode de maison en maison. Ainsi font aujourd'hui certains acieurs qui vont dans le monde, moyennant finances, jouer quelques comédies de leur répertoire : ces compagnies chorégraphiques allaient danser le ballet dans Paris comme d'autres industriels y allaient montrer la lanterne magique.
Deux des plus jolis ballets recueillis par M. Fournel sont précisément de ce nombre : le Libraire du Pont-Neuf, ou les Romans, et le Ballet des rues de Paris. Les diverses pérégrinations de ces pièces à travers la ville ne sont pas des moins curieuses à connaître, car, sans rappeler précisément les tribulations du Roman comique, elles ne furent pas toujours des plus heureuses et les danseurs nomades n'avaient pas partout à se louer de la façon dont on les traitait. M. Fournel raconte rapidement cette odyssée d'après les indications mêmes de l'auteur qui, sans se nommer toutefois, en a conservé le récit par une longue notice, réunie au ballet luimême dans l'exemplaire rarissime que possède la Ijibliothèque nationale.
« Le Libraire du Pont-Neuf fut donné pour la première fois le jeudi gras (de l'an 1644.), ^^^'^ les violons de la grande bande, dans une maison empruntée )> Cette première représentation fut donc une sorte de représentation publique. Il semble d'ailleurs que l'auteur eut à sa disposition, pr)ur la circonstance, une troupe de danseurs
gagés, qu'on le voit conduire avec lui, dans plus de dix carrosses, chez tous ceux qui désirent avoir le spectacle de son ballet, et qu'il en rit une espèce de commerce, ou, comme on dirait aujourd'hui, de spéculation. 11 fut dansé ensuite chez M"^^ Grave-Launée, où le portier laissa entrer tant de monde qu'un grand prince venu pour voir le spectacle dut s'en retourner. Alors on le représenta très vite, au milieu du tapage et d'un bruit tel de conversations, que la musique fut obligée de partir après le récit d'Apollon. La troisième exhibition du bal'ct eut lieu chez M. d'Orgeval, où, les pjrt s soigneusement closes, il put se déployer à l'abri de la foule, dans une salle bien éclairée et en présence d'une assemblée brillante au milieu de laquelle on remarquait particulièrement la belle Marion Delorme. Ces diverses représentations eurent lieu le jeudi gras.
« Le dimanche suivant, sur le désir témoigné par le roi, qui en avait entendu parler, la troupe alla le danser au Palais-Royal, devant la cour, et il y obtint, comme partout, un grand succès. Puis on vint demander aux acteurs de se transporter à la place Royale, chez une duchesse, où, mal reçus et traités avec mesquinerie par un intendant dont l'auteur se plaint avec amertume, ils s'acquittèrent de leur tâche sans entrain et en l'abrégeant, sous les yeux du duc d'Orléans, du duc d'Enghien, du maréchal de Bassompierre, etc. Ils se rendent ensuite dans l'Ile, chez M. d'Astrcy-Commans, où ils uouveni Ufjis
3o MUSIQUE
princes parmi les spectateurs et sont largement accueillis.
« Le soir du lundi gras, la même troupe représente le ballet chez le cardinal Mazarin, devant le prince Thomas de Savoie. Elle fut ensuite mandée au Luxembourg, quoique toute la cour, sauf Madame, empêchée par la maladie, eût déjà joui de ce spectacle. Enfin elle va dans la maison de M. Portail, conseiller de la cour souveraine, qui avait réuni à cette occasion toute la mortellerie et quelques dames du Marais. Après quoi la troupe se sépare. »
Neuf représentations en trois jours : c'était un véritable succès de vogue. Cette facétie sur les mauvais ouvrages qui emplissaient les boîtes des bouquinistes et qui allaient, comme dira Boileau :
Parer, demi-rongés, les rebords du Pont-Neuf,
était véritablement amusante, car elle passait en revue les productions de l'esprit les plus goûtées à juste ou mauvais titre, comme VAstrée et Don Quichotte^ Gusman d' Alfarache et Ibrahim^ ou Villiistre Bassa, et les traitait toutes selon leurs vrais mérites : la satire l'emportait donc de beaucoup sur la louange.
Le Ballet des rues de Paris^ qui dut être également promené d'hôtel en hôtel par quelque troupe organisée tout exprès, fut donné pour la première fois le 27 février 1647, chez M. de Novion, où M. d'Ormesson dit qu'il fut l'entendre, après souper, avec M. et M"^^ de Sévigné. Il est bien probable que, dans ses pérégrinations, ce
ballet dut se pre'senter à la cour, très curieuse des nouveautés de ce genre, mais les équivoques dont il est rempli nous font croire qu'il eut surtout ses grandes entrées au Luxembourg et qu'il dérida plusieurs fois Gaston et ses amis. Ce ballet se rattache à un genre de plaisanteries fort goûté à cette époque, jeu d'esprit qui consistait à prendre le nom d'une rue, d'une hôtellerie, d'une enseigne, pour en tirer des allusions comiques et satiriques, des rapprochements burlesques enirc ce nom même et le nom ou la condition, le caractère ou la tigure de certains individus. Dans ce ballet notamment, plusieurs rues du vieux Paris venaient adresser un compliment aux dames, et plus était grivois le sous-entendu, plus l'assemblée riait et se réjouissait. Il est bien dans le nombre quelques vers qui sont simplement galants, comme le couplet de la Rue des Francs-Bourgeois :
Malgré le désordre et l'abus Qui règne en ce siècle confus, Nous conservions notre franchise.
Mais nous n'avons pas grand ennui
De la perdre aujourd'hui,
Puisque vous l'avez prise.
mais la plupart sont moins anodins :
La Rue des Lavandières.
Si tost que le jour est venu Nous allons battre la rivière, Et passons la journée entière A savonner gros et menu ;
Nous nous diligentons surtout Quand nous approchons du dimnnche, Kt nous menons, pour en venir à bout, A toute heure la main au manche !
La Rue Coiirtaiit-Villain.
Que peut avoir mon nom qui vous soit déplaisant ? Mesdames, passons outre, et laissons là l'écorce :
J'ay de quoy vous faire un présent
Où vous trouverez de l'amorce.
La Rue des Ménétriers.
Pour vous donner des sérénades.
Nous apprestons nos instrumens Aux dépens des pauvres amans Que vous avez rendus malades :
Si vous daignez nous écouter, Nos peines ne sont pas perdues, Kt nous aurons le soin, pour vous mieux contenter, De tenir nos cordes tendues.
C'est un divertissement du même genre que cet autre ballet, la Loterie, où se trouve un grand récit chanté par Monsieur sous le visage de la Fortune. La loterie fournissait alors un thème bien commode à la verve des poètes et des beaux esprits. Le théâtre, le roman, l'allégorie, la chanson s'en étaient emparés ; elle ne pouvait donc échapper au ballet, qui ne laissait passer aucune circonstance, aucune mode sans en tirer parti. \in même temps qu'il constate la grande folie du jour, ce tableau animé la met en action d'une manière lidéle et vivante. Celte scène popu-
laire fut représentée en i658 et très certainement durant le carnaval, comme le prouvent ces vers du grand ballet final, « dansé par dix personnes qui viennent toutes ensemble reprendre leur argent au commis de la Loterie » :
Nous sommes contents de l'argent
Du maistre de la loterie.
Certes, ce n'est point raillerie :
Il nous a rendu nostre argent'.
A quoi l'emplcyrons-nous ? Belles, que vous en
[semble ?
Destinons-le à passer le carnaval ensemble.
Quoique ce ballet à équivoques licencieuses soit bien dans le goût de ceux qu'aimait Gaston d'Orléans et tel qu'il en faisait jouer au Luxembourg, il me paraît difficile de supposer, avec M. Fournel, que Monsieur ait pu danser ce divertissement à la cour de son oncle. Non pas qu'il y dût compromettre sa dignité, mais parce que la date précise de ce ballet étant 1 658, Gaston d'Orléans vivait alors dans la retraite à Blois, où il avait été exilé après la Fronde, dès que l'enfantroi était rentré dans sa capitale. Deux ans après,
I. La loterie fut en elYct supprime'c, — pour un temps, — en janvier i658 et l'autorisation retire'e aux sieurs Carton et Boulanger. Mais ils rendirent, paraît-il, tout l'argent qu'ils avaient reçu. Carton contenta ses associés, les lottiers, les officiers, les domestiques, tout le monde enfin, sauf le coininissaire délégué d'office pour surveiller les opérations et qui n'obtint que quatre cents livres pour
es vacations, au lieu de quinze cents qu'il demandait.
SauNal, 1(1, G4.)
ce prince à Tesprii faible et irrésolu mourait en exil dans cette même ville, au moment même où son jeune neveu de vingt-trois ans allait prendre d'une main ferme la direction des affaires qu'il était tellement impatient d'enlever à Mazarin, et que la mort du cardinal laissait libre enfin.
Dr MARIAGE DE LOUIS XIV A SA RETRAITE COMME DANSEUR
Le trépas de l'oncle du roi ne causa pas grande tristesse à la cour. C'est à peine si l'on peut noter un ralentissement sensible après la mort de Gaston d'Orléans, après celle de Mazarin oumêmed'Anne d'Autriche, et encore ces suspensions momentanées se rachetaient-elles bientôt par des redoublements d'activité et d'ardeur. Le règne du ballet de cour atteignit à son apogée après l'année 1660, à la suite de la paix avec l'Espagne et du mariage du roi, deux motifs dont chacun, dit très bien M. Fournel, aurait sutti pour remplir à lui seul le Louvre, les Tuileries et Fontainebleau de fêtes. Où que le roi fixât son séjour, ce devenait comme un palais enchanté, dans lequel les fêtes succédaient aux fêtes: il serait presque impossible de narrer tous ces divertissements magnifiques, parmi lesquels les jeux chorégraphiques occupaient toujours le premier rang.
Les fêtes ordinaires du carnaval de 1660, et particulièrement les danses, avaient été intcrrom-
pues par la nouvelle de la mort de Gaston, et l'on n'avait pu donner qu'un seul ballet très court et sans le moindre intérêt. Toute la cour brûlait du désir de rattraper le plaisir perdu, et Ton mettait un empressement significatif à préparer le grand ballet de l'Impatience, que le roi devait danser au prochain carnaval et qui formait presque un véritable opéra par l'étendue du prologue et de l'épilogue, joués par douze artistes de profession; c'était toute une troupe de chanteurs nouvellement arrivés d'Italie. Après avoir dit dans son premier récit :
L'harmonie y fit des miracles,
Car les divers musiciens,
Tant delà cour qu'italiens.
Si parfaitement réussirent
Qu'ils délectèrent, qu'ils ravirent,
Loret vante les voix incomparables
De divers chantres admirables, Qui firent d'excellents débuts Tant les barbus que non barbus.
11 prodigue encore ses complimentsaux chanteuses françaises : M^'^* Bcrgeroty, Hîlaire, La Barre, et aux danses jovialistes de Beauchamp, de Dolivet, de Baptiste, de Géfroy ; puis il termine son chapelet d'éloges en énumérant tous les auteurs de ce délicieux ballet, Bcnserade excepté, qui avait fait les vers pour les personnages :
Bouty, dont l'àme est si polie, Originaire d'Italie,
Dudit ballet est l'inventeur ;
Hesselin en est conducteur...
Et le renommé sieur Baptiste
A, sur tout plein de tons divers,
Composé presque tous les airs ;
Toutefois, je me persuade,
Snns que d'honneur je le dégrade,
Que Beauchamp, danseur sans égal,
Et Dolivet le jovial...
En ont aussi fait quelques-uns.
Sa Majesté dansa pour la première fois ce ballet au Louvre, le 19 février 1661, en présence des reines, de Monsieur, des ambassadeurs et de toute la cour. Le spectacle fut trouvé délicieux, si bien qu'on le redonna deux fois à la fin du mois et qu'on l'aurait encore repris si la mort du cardinal, arrivée le 9 mars, n'était venue fort mai a propos interrompre le cours de ces divertissements.
Ce fut pj;:ie remise au carnaval suivant. Mais aussi que de féies splendides devait voir déliler celle année i663, l'une des plus fécondes qui fut en disiraciions pour la cour brillanie qui se pressait autour d'un jeune rin toujours avide de nouveaux plaisirs et qui prenait prétexte de tout pour organiser coup sur coup fêtes et ballets ! Mariages Cl naissances dans la famille royale ou autres grandes familles, création de nouveaux ducs et pairs, arrivée du prince royal de Danemark, d'un légal du pape ou d'envoyés de la confédération des Suisses, retour du prince et de la princesse de Conii dans la capitale, cent autres circonstances
encore moins importantes, se traduisaient en concerts et en ballets. L'un des plus magnifiques entre tous est le Ballet des Arts, qui fut dansé par le roi, le 8 janvier i663, et dont le succès est attesté par de nombreuses représentations durant cet hiver, puis par une reprise éclatante l'année suivante. Ce divertissement, qui semblait donné en l'honneur de Madame, à la cour de laquelle il fut représenté, était bien plus réellement dansé en rhonneur de Mii« de la Vallière, qui était, depuis près de deux ans, l'objet caché de toutes les fêtes de la cour. Ce fut, à vraiment parler, la fête par excellence de la galanterie, car le roi était escorté par tout un essaim de jeunes beautés. « Quelles bergères et quelles amazones ! » s'écrie M'"*^ de Sévigné, avec le légitime enthousiasme d'une mère, puisque sa propre fille était comprise dans ce gracieux essaima
Le Ballet des Arts offre même une particularité curieuse et que M. Fournel a bien mise en lumière. « Autour du jeune monarque, représen-
I. Les rôles de femmes ctaient souvent tenus par des hommes, non seulement dans les ballets burlesques, à cause de la licence des paroles ou bien parce que ce travestissement était encore un éle'ment de gaîté, mais aussi dans des divertissements sérieux, et pour les rôles les plus gracieux, tels que ceux de nymphes, de dryades, de néréides. Le jeune roi imberbe changeait volontiers de sexe sur la scène; c'est ainsi qu'il représentait une nymphe dansante^ avec les ducs de Villeroi et de Rassay, les sieurs Beauchamp, Bonard et Favier, dans la Grotte de Versailles, divertissement de Quinault et Lulli, donné à Versailles eu 1668, et repris en i685 à l'Opéra, sous le titre de l'Eglogue de Versailles, pour célébrer la paix conclue l'année précédente avec l'Espagne.
tant un berger, se groupaient les principales beautés de la cour et les plus en faveur, M^'" de Mortemart, de Saint-Simon, de la Vallière et de Sévigné, sous la présidence de Madame. Par deux fois différentes, dans la première et dans la septième entrée, elles parurent toutes cinq ensemble sur le théâtre, ici déguisées en bergères, là en amazones, que guidait Pallas. Il semble que l'ingénieux ordonnateur de la fête, par une de ces attentions ^e7/c^tes qu'on ménageait volontiers à Louis XIV, eût pris soin de réunir autour de lui, en une sorte de cortège triomphal, toutes celles qui étaient déjà et qui allaient devenir l'objet de sa faveur. On sait quels avaient été les sentiments du roi pour cette jeune et charmante Henriette, qu'il avait paru, pendant quelque temps, vouloir aimer d'une amitié plus que fraternelle. A la date de ce ballet, l'amour de Louis XIV pour M^'^ de la Vallière n'était plus un mystère, et, quelques années plus tard, M"= de Mortemart, devenue M'"*^ de Montcspan, succédait à son tour à celle-ci dans ce cœur volage. Enfin, il n'est pas jusqu'à Mii<^ de Scvigné elle-même, qui, au moment où M''^ delà Vallière commençait à perdre son empire, n'ait paru un moment menacée de la faveur royale. M™» de Montmorency écrivait cette grande nouvelle à Bussy-Rabutin, en 1668, et Russy, en bon cousin, dont la moralité est celle d'un courtisan et de l'auteur de VHistoire amoureuse, lui répondait avec un cynisme naïf : « Je serais fort aise « que le roi s'attachât à W^^ de Sévigné ; car la « demoiselle est fort <lt; mes amies, et il ne pour-
« rait être mieux en maîtresse. » Heureusement que le souhait édifiant de Bussy ne se réalisa pas. Lulli dirigeait lui-même la symphonie dans l'exécution musicale de ce ballet. Quant aux cantatrices chargées de dire les récits, — car la distinction était absolue : les danseuses dans ces ballets étaient toutes de grandes dames, et les chanteuses toutes artistes de profession ; — la liste n'en variait guère. C'étaient, encore cette fois, M"es de Saint-Christophe, Hilaire, La Barre, de Scrcamanan.
Les voix douces et naturelles De quatre aimables demoiselles.
Les luthistes et violons, En leur art de vrais Apollons, Et bref toute la symphonie Causoient une joye intinie*.
I^ouveau deuil de cour au commencement de 1666 et nouvelle interruption des fêtes pendant presque toute l'année : la série continuait de ces contre-temps funèbres, si fâcheux pour tant de gens qui ne voulaient que rire et s'amuser. La
I. M"" de Scrcamanan, aîncie et cadette, sont surtout connues pour avoir créé les bergères Diane et Sylvie dans la Pastorale en musique, vulgairement dite Opéra d'Issy, de Tabbc Perrin et Cambert, qui fut jouée, en lôSq, à Issy, dans la maison de M. de la Haye, et qui marque véritablement le premier pas du grand opéra. M"*' de Saint- Christophe était sensiblement plus jeune; elle resta très longtemps à l'Opéra et y joua d'original les premiers rôles dans plusieurs tragédies lyriques de Lulli: Alceste d'abord dans Alceste, puis Médée dans Thésée, Junon dans Isis, Sténobée dans Belléroplion, Ccrès dans Proserpine, etc..
mort d'Anne d'Autriche, arrivée le 20 janvier, avait empêché les jeux habituels au courant du carnaval, mais telle était la hâte générale de revenir aux divertissements à la mode, que la mort de la rcinc-mèrc ne put pas entraver cette belle fureur pendant une année entière. Dès le 7 novembre, un petit ballet était dansé en guise d'intermède aux entr'actes d'une comédie, et, le 2 décembre suivant, le roi dansait solennellement à Saint- Germain le Ballet des Muses, paroles de Benserade et musique de LuUi. Cette composition était Tune des plus importantes qu'on dût jamais voir, par ses dimensions d'abord, par les personnages qui y figurèrent, comme le Roi, Madame, M^^esde Montespan, de la Vallière, par le succès extraordinaire qu'elle obtint, et aussi par l'intérêt et la variété des spectacles divers qu'elle réunit dans son cadre, par les additions et transformations qu'on lui Ht subir, et par la multitude des interprètes, car trois troupes entières de vrais acteurs y prirent part: celle du Palais-Royal, avec son chef Molicre, celle de l'Hôtel de Bourgogne, plus celle des Comédiens italiens et espagnols.
Molière composa même tout exprès pour une entrée de ce ballet Mélicerte et la Pastorale comique, puis la comédie du Sicilien pour le ballet final (M. Fournel entre sur ce sujet dans des explications et des discussions historiques très sérieuses;. Toutefois, la sixième entrée, consacrée à Calliope, nous intéresse plus à notre point de vue spécial, car la troupe de l'Hotel de Bourgogne y représentait une petite comédie
intitulée les Poètes^ au milieu de laquelle se trouvait une Mascarade espagnole, jouée, chantée et dansée par une troupe de comédiens qui avait passé les Pyrénées après le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse. Cette compagnie avait eu Fhonneur de jouer à Saint-Jean-de-Luz devant les deux cours, réunies pour les cérémonies de la paix et du mariage, puis elle avait devancé, de quelques jours à Paris le jeune couple royal. D'abord accueillie avec faveur, à cause de l'originalité de ses chants, danses, sarabandes ou ballets accompagnés de castagnettes, et honorée de la protection et des libéralités de la reine, la troupe espagnole jouait à l'Hôtel de Bourgogne alternativement avec la troupe royale; mais elle perdit rapidement de cette faveur passagère et dut enfin regagner son pays. Elle était bien restée treize ans à Paris, de i66oà 1673, plus longtemps qu'aucune autre bande espagnole n'avait pu ou ne devait jamais y demeurer.
Ces trois grands ballets : V Impatience^ le Ballet des Arts et celui des Muses, étaient, comme bien d'autres dont nous avons déjà parlé, dus à la plume exercée et galante de M. de Benserade. Le progrès du ballet de cour, considéré au point de vue littéraire, peut se résumer dans le nom de Benserade, qui Ta porté à sa perfection et qui répond, sur une échelle moindre et dans un genre plus modeste, aux noms de Molière pour la comédie, de Corneille pour la tragédie, de La Fontaine pour la fable. Par Benserade et à peu près par lui seul, ce qui n'était jusqu'alors qu'un
divertissemolU plus ou moins ingénieux et galant s'éleva au rang de genre poétie^ue, digne d'occuper une place dans l'histoire littéraire du xviie siècle et qui n'est pas seulement curieux à étudier pour connaître les mœurs de la plus haute société de cette époque.
M. Victor Fournel a tracé de ce poète homme de cour un portrait charmant, dont on ne peut mieux faire que de reproduire les principaux passages. « Benseradc régna à peu près exclusivement dans le ballet pendant dix-huit ans, de i63i à 1669. Il y débuta en même temps que Louis XIV; le roi dansa pour la première fois dans le ballet de Cassandre, qui était sa première production en ce genre; et leur retraite à tous deux fut à peu près simultanée aussi. Personne n'a mieux reflété l'éclat et parlé le langage de la cour du grand roi; personne ne s'est mieux élevé, sans gêne et sans effort, au niveau de ces fêtes brillantes dont il était l'âme et la poésie... C'est le type par excellence du poète de la cour, mais c'est autre chose qu'un poète courtisan, non seulement parce qu'il sait à propos mêler à ses madrigaux ingénieux et galants, toutes les fois qu'il ne s'agit pas du roi ^ , une pointe d'épigramme, quelque allusion malicieuse et légère; voire un
I. M. Fournel remarque aussi très justement que presque lou» les vers de Benseradc pour le Roi n'étaient que de» exhortations à l'amour, ou l'apothéose plus ou moins voilée de se» tendres faiblesses. On y trouve, dii-il, par la facile morale de (^uinault, mais c'est à la touh les pociL-s lie cour et de presque tous ic» ballets.
trait de satire dont la hardiesse dénote un fond d'indépendance, mais surtout parce qu'il marche de pair avec tous ces comparses titrés qui s'agitent sur le théâtre royal au gré de son caprice, parce qu'il fait lui-même partie de ce cercle brillant dont il tient les fils par la main, parce qu'il prend son rôle au sérieux et le remplit avec une bonne foi et un entraînement communicatif...
« Ingénieux et délicat, galant et fin, facile et gracieux, aimable et frivole, Benserade semblait avoir été formé tout exprès pour le ballet de cour. Il l'agrandit et le transforma si bien qu'il en fit, pour ainsi dire, quelque chose d'entièrement nouveau. Non seulement, la distance est énorme entre les ballets de l'époque précédente et les siens ; mais, en dépit des analogies matérielles créées par les lois du genre, il est presque
impossible de les rattacher à la même famille
Son talent particulier, celui qui contribua surtout à son succès, consiste dans l'art étonnant avec lequel il sait unir et fondre en un seul type le personnage du ballet et l'acteur qui le représente. Les traits par lesquels il caractérise chacun d'eux et les couleurs dont il les peint sont si adroitement choisis, aiguisés d'allusions si délicates, si ingénieusement relevés de mots à double entente, qu'ils s'appliquent à la fois au danseur et à son rôle, a Le coup portait sur le personnage et le « contre-coup sur la personne, ce qui donnait un « double plaisir », dit Perrault en parlant de
lui Ces épigrammes forment tout à fait le
pendant de celles de Molière; elles ont la même
sit^nitîcation et doivent probablement s'expliquer par les mêmes motifs. Si elles étonnent moins de la part d'un homme du caractère de Benserade, toutefois, par leur persistance et leur hardiesse, elles laissent supposer en certains cas une cause supérieure à celle de la causticité naturelle du poète. Tout en se produisant sur une scène moins publique et plus intime que celle du Palais-Royal, elles devaient être plus sensibles encore que celles de Molière, parce qu'elles mettaient personnellement et nominativement la victime en scène, devant toute la cour et sous les les yeux mêmes du roi, qui paraissait voir avec plaisir s'élargir ainsi la distance entre ses courtisans et lui ', »
Telle était la richesse d'imagination du poète qu'il put continuer ce manège pendant vingt ans et renouveler ces jeux d'esprit sur les mêmes personnes et dans les mêmes circonstances, raillant le duc de Damville de sa vieillesse et le marquis de Genlis de sa laideur, sans jamais lasser rntic-ntic)!! curieuse de l'auditoire, tant il
I. Chaque genre de talent s'évaluait alors au taux des faveurs orticicllcs et il faut reconnaître que l'enseradc n'ciait nullcuicnt à plaindre s(jus ce rapport. Outre une pcniion de 3,ooo livres qu'il tenait de la reine-mère, il en avait une pareille sur l'abbaye de Saint-Éloi, une autre de 2,000 sur l'évèchc de Mende, et enfin une quatrième, de î/K)© également, sur l'abbaye de Ilaut-Villiers. N'estil pa» singulier de voir ces établissements religieux charges de récompenser le poète de ses vers galants et de %c% exhortations à l'amour? Voir, sur le chiffre de ces pensions, l'abbé I-ambert, Histoire littéraire de Louis XI V, t. Il, p. 407.