‹ Musique d'autrefois et d'aujourd'huiChapitre 6 sur 22 · SYMPHONIES DE BRAHMS ET DE SCHUMANN · texte numérisé non relu

SYMPHONIES DE BRAHMS ET DE SCHUMANN

au Châtelet l'histoire de la symphonie et au Nouveau-Théâtre les neuf symphonies de Beethoven, c'est l'évolution de la plus belle des formes musicales qui se déroule devant nous, en même temps que nous assistons au développement d'un prodigieux génie, que nous le voyons grandir à chaque étape, sans s'arrêter jamais d'aller toujours plus loin par des chemins insoupçonnés. Mais quel intérêt peut bien offrir l'audition « chronologique » des quatre symphonies de Brahms ? J'en ai parlé naguère et ne pourrais que me répéter. Ce sont certainement des compositions qu'on ne doit pas mépriser. Je concède même qu'on les admire, malgré l'inégale qualité de leurs subdivisions respectives ; car, en dépit de la circonspection du musicien qui attendit la quarante-quatrième année de son âge pour se risquer à la symphonie, il n'en écrivit aucune où l'on ne soit obligé de constater des faiblesses. Mais ces symphonies sont toutes les quatre également inégales et, si l'effort y apparaît aussi sérieux que la sincérité respectable, on ne découvre pas, dans leur succession, la moindre trace d'une quelconque évolution de la pensée de l'artiste, d'un changement fécond de sa manière, d'un essor inespéré de sa personnalité. Si Brahms avait reçu du Père Eternel le privilège de vivre aussi vieux que Mathusalem,il aurait imperturbablement continué d'écrire des symphonies analogues, ne valant ni moins, ni plus, les unes que les autres.

Car Brahms fut un échantillon très caractéristique de ce type du « bon musicien » que Mendel&sohn paraît incarner, et dont le menu fretin conservatorial alimente inépuisablement l'Armée du Salut de la musique de Kapellmeister , Ledit « bon musicien » est savant ou, du moins, il le croit, puisqu'il a fait ses classes et passé son bachot de fugue et de contrepoint. Il « connaît bien son métier ». Il connaît aussi ses classiques ; il les vénère et les imite avec l'élégance de la platitude. Il croit les prendre pour modèles parce qu'il copie leurs procédés. De l'examen de ces procédés et surtout de ses devoirs de studieux élève, il a acquis l'art d'écrire correctement dans un style plus ou moins « sévère ». Désormais, il ne changera plus ; il écrira toujours ainsi. Il n'écrira jamais rien « qui ne puisse s'expliquer » selon les règles traditionnelles et leurs exceptions, ou s'autoriser de quelque exemple illustre. Chez nous, cela lui vaut souvent les palmes ; quelquefois, la rosette ; ça peut même le mènera l'Institut. Chez nos doctes voisins, il peut en récolter la gloire — ou son fantôme. Ce fut le cas de Brahms, dont on abuse peut-être un peu aujourd'hui après nous l'avoir fait attendre si longtemps.

Le besoin ou l'utilité d'une audition « chronologique » des symphonies de Schumann ne semble pas non plus très manifeste ; mais sa réalisation fidèle était beaucoup plus difficile. En effet, la

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