SYMPHOÎS'IES DE BRAHMS ET DE SCHUMANN
quatrième symphonie, en ré mineur, qui ne parut qu'en 18S1, revue et remaniée par le maître, fut composée dans la même année (1841) que la première en si hémol^ tandis que la seconde, en Jo, date de 1846. Ici la chronologie de publication n'est pas seulement vaine, elle est trompeuse. Il faut la corriger pour apercevoir, dans la troisième symphonie en mi bémol (1850), le déclin rapide du génie de Schumann. Schumann est la navrante attestation du danger possible de la discipline et des théories scolastiques. Il était né musicien jusqu'à la moelle et, tout en faisant son droit, il devenait presque un pianiste virtuose et composait sans autre guide que son instinct. Il entrait dans sa vingt-deuxième année (automne 1831), cpand H. Dorn lui donna ses premières leçons de « basse générale », d'harmonie et de contrepoint élémentaire. A ce moment, outre quelques œuvres de jeunesse demeurées inédites, Schumann avait déjà produit ses Papillons (1829), ses Variations sur le nom Ahe^cf et son Allecfro oip. 8 (1830). Ayant appris sur le tard et impatient de créer, il poursuivit irrégulièrement ses études en même temps qu'il écrivait, toujours pour le piano, ses compositions les plus originales. Schumann se montrait alors le plus acharné des David sbiîndler k houspiller les « Philistins ». Il prônait Chopin et Liszt ; il découvrait et défendait Berlioz. Mais il connut Mendelssohn et subit bientôt pro-
fondément son ascendant. En i83o, Mendelssohn fut nommé chef d'orchestre au Geivandhauf. Il se iîxa à Leipzig où il fonda son conservatoire en 1843. On ne peut pas contester l'intelligence et la probité artistique de Mendelssohn. Il exhuma l'œuvre de Bach oublié. Par ses exécutions élégantes, il vulgarisa l'art des classiques. Il crut très sincèrement faire acte d'apôtre et d'éducateur en recommandant l'exemple des vieux maîtres. En réalité, il propageait simplement autour de soi l'habileté de pastiche qu'il en avait retirée luimême. Mendelssohn a été le fossoyeur de la musique allemande. Il prépara pour elle la tombe du « métier » néo-classique. Son autorité était si grande et si unanimement acceptée que, dès 1847, ^nnée de sa mort, le mal paraît irrémédiable et fut cause que la campagne postérieure de Liszt à Weîmar resta stérile. Mais sa plus douloureuse victime fut Schumann. Schumann admirait et aimait jusqu'à l'adoration les grands musiciens de sa patrie. Sous l'influence de Mendelssohn, il voulut <( apprendre » à écrire comme eux. Il semblait promettre d'abord une sorte de Chopin allemand, peut-être aussi génial que l'autre, et devoir contribuer, lui aussi, à l'évolution de son art. Peu à peu, il tourne le dos à l'avenir et s'hypnotise dans la contemplation du passé. Il projette de s'essayer à toutes les formes musicales léguées par ce passé, sans remarquer que la plupart sont épuisées. Il