I. Id., ibi.i
LA MUSIQUE ET LE HEVE lOI
avons noté linserlion d'un Icrme nouveau : le rèvc s'y ajoute, avec sa force suggestive et cvocatrice. On |hmiI piélendre que la rencontre de ces deux éléments crée un composé original, une synthèse alTectivc nouvelle, corres- ()ondant à Texpérience musicale. Cette expérience passe, à vrai dire, par deux degrés que Tanalysc sépare arbitrairement: sous rinlluence des formes musicales, la sensibilité émotive s'excite et prend une altitude déterminée ; ensuite, la pensée rêveuse se surajoute à cette sensibilité que la musique exalte : elle l'épure ; elle la débarrasse peu à p( u de ses vulgarités et de ses transports, pour lui permettre de s'épanouir en idées et de se jouer en de libres rêveries, (J'est là linlermédiaire forcé qui permet à la sensibilité de rejoindre l'imagination cl qui lait que les mélodies, même les plus tristes, atténuées ainsi par le rêve et converties en images pures, nous plaisent malgré tout et nous consolent. La magie de la musique et sa force de séduction s'expliquent tmiquement par là.
Nous dirons, pour conclure, que nous avons repris la métaphysique de la musique en établissant un départ entre les apen^us de l'expérimenlatcur et les interprétations advenlicesdu métaphysicien. Derrière cette conhision, notis avons soupçonné une erreur de méthode qui devait ilélerminer bien vite une erreur de doctrine, en prêtant à l'art musical une signification objective (|u"il ne comporte sans doute qu'à titre initv/iiiatlfel symh<ili(/iu'. Le tort de Scho[)enhauer a donc été, selon lunis, de sus[)endro les résultats positifs de son expérience à sa conception uK'laphysiqtic du monde et à sa théorie de la chose en soi. La mélaphysi(|ue est pour lui la scicjice suprême, la science du réel, et le réel, c'est la volonté. A son tour, celte volonté (pii délie les formes phénoménales de la connaissance, se réfugie dans les
complications de notre senlimenl. On pent donc demander à ce dernier une révélation de la réalité qui s'y dissimule et qui avait échappé jusque-là aux investigations d'une connaissance tournée vers le dehors. Mais, par cela même, la musique, qui prête une voix au sentiment, qui parle le langage instinctif du cœur, devenait la révélatrice de cette « chose en soi » ensevelie dans les profondeurs de notre sensibilité ; elle li>i permettait de remonter brusquement à la surface sous la forme, directement comprise, d'un monde dharinonic et de sons donné en parallélisme avec le monde de la représentation. Qu'on renonce à celte chimère de la « chose en soi » ; qu'on se refuse à la réaliser quelque part d'une manière sensible ou à la situer dans les derniers retranchements de la conscience, et la musique, débarrassée de toute prétentitm dogmatique, se bornera à refléter dans SCS accords, à exprimer dans ses rythmes la suite mouvante de nos états intérieurs, toute cette brillante « pbénoménalité » de la conscience que les autres disciplines ne sauraient dépeindre avec la même vérité. La nuisiquc n'est plus ainsi un art de l'absolu, mais du phénomène. Elle ne nous parle pas de l'être qui s'en va rejoindre les fictions de la métaphysique, mais des apparences : seulement, elle les envisage sous leur aspect intérieur ; elle recueille en elles ces moments éphémères d'intensité où elles s'élèvent au plus haut point d'exaltation et de tension douloureuse. Elle nous révèle ainsi notie vie intime saisie au principe même de son devenir, en ce qu'elle a de fugitif, de fragile et de mortel, l'ille n'est ni une cosmologie, ni une métaphysique virtuelle; elle correspond aux lois j)sycluilogiques du devenir intérieur et de la mutation perpétuelle de nos états. — Nous venons de tenir notre promesse: nous venons d'établir une scission entre les deux ordres de pensée
LA MLsioLi: i;t lk ni:vi; inS
(jiio la conre[)li<in di' Sclioponliaucr ne cesse de coiifVtiidif ^ans réussir à les siihordomiei-. L'ordre des explications lliéoriqups ne présente plus pour nous qu'une valeur ni\ilii<|U(' : inni^l a\i)n> \ii se n'-diiiic an |ir(ilil des obscr- \ations du [)sycliolojL,''ue, qui sf)nl pénétrantes et solides. Il iKtus paraîtrait superflu de mettre en })éril ce caractère direct cl ex[)ériniental, qui leur est propre, [)Our les rallaclier à des constructions explicatives autreuientconlestables. Dans le chapitre qui va suivre, nous accuserons encore cette opposition. Nous allons interpréter dans un sens purement psycliolo^^ique la pensée de î^cllopenllauer. ^ous verrons se constituer les éléments d'un svmholismc qui icprcud une signilication eu dehors dn toute donnée absolue, à la condition de retrouver en lui les attitudes de la réalité consciente qu'il ne cesse d'exprimer.