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peip'nait avec une parfaite sùreir le monde clans sa n'alilé cloulonreiise et désolée, tandis (jn'ii ctovail traduire, romine penseur, une ihéoiie opiiniiste de l'univers. I^inluiiion du musicien était tlonc en parfait désaccord avec les idées réfléchies ou les aspirations conscientes de Tliomme: les intuitions musicales et les conceptions intellectuelles ne coïncidaient plus. Son œuvre était Texpression d'une intuition fondanienlaie, le d(''roulenient d im ivve « ignoré de sa raison » et intraduisible en langage de concepts. Telle fpjelle, elle était une énigme pour renlcndement du spectateur et pour Fauteur lui-même, toujours tenté de se méprendre sur le sens rali(tnnel à lui attribuer'. (]*esl rpie Tentendement recourt au mécanisme de la représentation, tandis que l'invention musicale se produit dans le monde intérieur de la volonté: Tun ramène tout aux idées claires, l'autre se forme et se noue dans un rêve profond : l'un fait partie de la pensée anal\ticpie, l'autre se déroule sur le plan de rinconscicnce. Entre les deux il ne saurait v avoir de commune mesure. « Rarement, avoue AA agner, un homme a constaté d'aussi fortes divergences entre ses intuitions et ses idées rationnelles, rarement un lionmie est devenu étranger à lui-même au même degré que moi, qui suis obligé d'avouer qu'aujourd'hui seulement je comprends véritablement mes propres œuvres; qu'aujourd'hui seulement je puis les concevoir dislinclement à l'aide de ma raison, et cela grâce à l'assistance d'un autre (|ui m'a révélé les concepts rationnels concordant exactement avec mes intuitions. « Cet autre, on le devine, est Schopenhauer. Mais l'artiste était chez lui t<'lleni(Mit in{l('[)iiulanl de riinmnK'. >a pensée spontanée tellemcMl allraïuhie d(> sa [lensée ciuiscienle, qu'il s'inspi-
1. Voir Liclilomljcrgcr, lUcliard Wdtjitcr [>octc rt {tcnsair.
lOO SIGNIFICATION PSYCHOLOGIQUE DE LA MUSIQUE
rait, en composant, exclusivement de ses intuitions artistiques et nullement de ses vues théoriques ou du commentaire intelligible qui se déroulait en parallélisme avec elles ; aussi son hypothèse spéculative n'avait-elle aucune répercussion dans le travail subconscient de l'invention mélodique'. Le musicien, en lui, inspirait le musicien. Son génie s'alimentait à des sources beaucoup plus profondes que celles de la pensée claire. Il vivait parmi les formes de l'émotion et du rêve ; il s'y développait dans une souveraine indépendance, comme un instinct vivant et infaillible qui suivrait sa logique interne, sans égard à la raison abstraite et à ses chimériques constructions. Qu'on rapproche de cette vérification la vue de Scliopcnhauer sur le dédoublement dont la conscience du musicien est le lieu, et l'on conviendra qu'elle ne manquait ni de portée ni deprofondeur. Il y a plus : cette lumineuse indication nous renseigne sur la nature du sentiment musical et de la curieuse expérience qu'il provoque en nous. Cette expérience est exclusivement émotive. Chez le compositeur, elle se poursuit en dehors d'un plan rationnel, alimentée parla force seule du sentiment et du rêve ; elle va du dedans au dehors. Chez l'auditeur, elle effectue le })arcours inverse : elle ne se sert des agencements, extérieurs encore, du son et de l'harmonie que pour susciter une crise émotionnelle et pour se résoudre en rêverie. De part et d'autre, elle dépasse bien vite la région des concepts pour s'épanouir dans la pensée spontanée : en un mot, l'inconscient est son domaine. Toutefois, dans cet inconscient qui représente sous sa désignation négative la réalité des émotions et comme la vie, le déroulement spontané de la sensibilité pure, nous