LES FORMES DE L'INCONSCIENT ANALYSE DU SENTIMENT D'INCONSCIENT
Nous ne prétendons pas donner une description de Tinconscient puisque, par définition, la plupart des manifestations qui le révèlent sont inaccessibles à la pensée, mais nous voulons en donner l'explication. Nous ne racontons pas seulement une succession de faits : nous recherchons un procédé de fonnation. ElAnl donnécla série des différenciations successives qui ont produit la conscience normale, retrouver la trame continue, le tissu primitivement homogène qui a servi et qui sert encore de thème fondamental à toutes ces variations : voilà le problème que nous posons. Pour le résoudre, nous montrerons d'abord que ces variations s'expliquent, comme la complication croissante des organes, par la division du travail, c'est-à-dire par l'idée de fonctions diverses et solidaires à réaliser et à assurer. Nous comptons ensuite retrouver le plan de formation de la conscience totale, en déterminant le point originel où elle a ses nœuds et ses détours, oii elle s'ébauche, poius'orienter, après des incertitudes sans nombre, dans un sens définitif. L'inconscient ne sera de la sorte qu'une conscience
L INDIVISION IMUMITIVi; I b(^
j)iimilivc saisie à rétal naissant, persistant craillcurs sous la superstructure qui la recouvre. Il est londamenlal, non parce qu'il est le premier en date et qu'il constitue une conscience larvaire ou embryonnaire, mais parce que les autres formes de conscience ne cessent de le diversifier. Ces diversifications s'expliquent-elles par des causes mécaniques (société, intervention d'éléments intellectuels, division (lu travail), ou bien par le développement d'un principe interne soumis aux lois physiologiques de la croissance et du déclin ? Ces deux séries de conditions coexistent apparcnmient. Mais l'essentiel pour notre étude n'est pas de noter ces causes : il importe à notre tâche de retrouver sous les formes de la conscience le même processus fondamental, le même plan de composition. On comprendra alors que rinconscient soit une conscience alTective partout persistante, et que celte conscience embryonnaire ne se conçoive à son tour que par la conscience claire dont clic nous présente le premier dessin.
Etre conscient, c'est avoir conscience du devenir, c'est introduire dans nos étals composants ou dans nos virtualités psychiques l'idée de relation, d'opposition et de succession : ( est donc se représenter une certaine loi d'apparition de nos états successifs. L'inconscient relatif correspond à la suppression ou à la diminution de cette idée. Les faits intérieurs ne sont plus opposables; ils se ramassent et se confondent, au lieu de se distendre et de s'allonger : de là r(X[)éri(Mioo psychologique de l'inconscient. De cet état de raréfaction intellectuelle « à peine observable ', on peut ^«' faire une idée par révanouissemcnl et [lar le rêve.
L'inconscient correspond, en déiinitivo, à la conscience
i.Uaiili, De la mcllindc dons lai'sycli. des senlimcnts, [i. 2U7. (F. .Vlmii)
ï no LES FORMES DE L INCONSCIENT
de soi comme virtualité et comme devenir pur. C'est au terme ou à Tépanouissement final du devenir, aux saillies qui manifestent par instant les reprises et les poussées décisives du travail intérieur que la conscience s'applique. La conscience saisit ainsi le discontinu, le différent et les extrémités; l'inconscient se maintient durant le parcours ; il embrasse la continuité même du mouvement, abstraction faite des points oîi il aboutit.
Ce travail de la conscience n'apparaît donc sous sa forme actualisée et réfléchie que par Tinfluence d'une pensée directrice qui est, le plus souvent, l'idée de l'action, autrement dit l'attachement agissant et volontaire à la vie. C'est là ce qui fait évoluer et s'épanouir une à une les virtualités conscientes, ce qui permet encore la sélection et l'adaptation progressive des états qui étaient en nous, auparavant, comme des habitudes ou des dispositions passives. Si donc nous écartons de la conscience primitive cette obscure volonté d'agir ou de vivre, ce sens des adaptations qui en est l'âme, nous nous refusons à comprendre l'introduction en elle de toute discrimination et de toute division du travail ; nous ne voyons pas comment la conscience sort de l'homogénéité et de l'indivision primitive où elle n'était qu'en soi et pour soi, pour donner lieu à ces diversifications indéfinies dun même thème et à ces enrichissements successifs. En un mot, la forme analytique de la conscience adulte, la croissance même de cette conscience ne se comprendraient plus sans cette condition. La conscience affecterait la forme du possible ; elle ne réussirait pas à briser l'unité de la synthèse primitive ; elle ne s'élèverait pas aux particularités de l'existence. I']lle serait comme un rêve [)rolongé.
En fait, d'ailleurs, elle se reforme promjitcmonl sur ce