‹ Musique et inconscienceChapitre 91 sur 146 · I. IlolVding, /'ir. ril. p. 1-u · texte numérisé non relu

I. IlolVding, /'ir. ril. p. 1-u

2 38 I-A PSYCHOLOGIE DE l'iNCONSC:IENT

adressé à la représentation, injonction tyrannique par laquelle commencent les mouvements de réalisation. Elle pousse donc à l'action, sans contrôle, sans critique, comme si l'image désirée ou la représentation du plaisir convoité allaient être irrévocablement suivies de succès. Et, dans le cas assez fréquent où il en est ainsi, on voit se former un sentiment de la réalité tenant uniquement à l'action des éléments moteurs que l'image affective provoque. Mais la même image aff"ective peut quelquefois attendre vainement des tendances motrices la réalisation souhaitée. II en résulte alors une déception ; la conscience commence à se rendre compte delà différence qui sépare le possible du réel. L'impatience originelle, soumise à l'épreuve, se corrige, ainsi cjue cette crédulité sans critique que l'impulsion motrice entretenait comme une condition de son jeu. Les images affectives, dissociées du réseau moteur où elles étaient embrigadées, entrent en opposition avec le sentiment du réel qu'elles ne rencontrent plus que d'unemanière accidentelle. Elles prennent la physionomie de représentations sans portée et sans valeur directe ; elles perdent, en même temps que la tendance motrice qu'elles avaient au début, ce cachet de réalité qui les mettait en saillie. Il ne leur reste plus qu'à se déposer dans les parties inactives de la conscience où, étrangères à tout ce qui faisait autrefois leurrelief, elles prennent, avec une sorte de détachement inexpressif, la teinte d'indifférence ou d'irréalité qui les voue irrémédiablement à linconscient. Ce n'est donc pas la conscience dynamique qui se métamorphose d'elle-même en inconscience. Une dissociation se produit entre les éléments affectifs et moteurs qu'elle tenait unis. C'est en revenant à la condition affective, en brisant le lien qui la rattache au sens de l'objectif et du réel, qu'elle retombe sous la loi dune existence végé-

LA TKNSION MTALi: 23^

lalivc. L'inconscient reste toujours une conscience affective à l'étal libre, détachée de tout schéma moteur.

Il existe des cas, cependant, où la conscience dynamique aboutit directement à ce sentiment d'inconscient qui paraît tout d'abord incompatible avec elle. Quand nous recher- <hons Icdévcloppcmonl de notre sensibilité sans lui imposer une orientation vers le monde extérieur, nous aspirons, sans nous en douter, à la jouissance exclusive de la vie, ou mieux, nous faisons d'instinct de cbacune de nos émotions un étal de jouissance. C'est là ce qui caractérise le <léveloppement naturel des états conscients et ce qui les réalise d'emblée en dehors de toute préoccupation morale ou pratique. Cette disposition de la sensibilité qui, laissée à i'Ilc-méme, ferait de nous des jouisseurs, est l'abandon immédiat au plaisir. C'est elle encore qu'on retrouve dans le rêve et le jeu, dans l'état d'exaltation et d'enthousiasme, espèce de sensualité radinée que l'art entretient en nous. L'art, épris d'intensité, se trouve ainsi tout près de la nature, avec son ivresse de la vie. Mais la sensibilité se laisse alors emporter |)ar le courant de l'émotion et, si ce courant se renouvelle, elle se multiplie à son tour et se morcelle, accaparée parles motifs passagers d'intérêt ou de [)laisir qui la sollicitent. Dans cet état d'intensité continuelle on trouverait dilTicilement place pour des relations (ixes et durables de nos étals intérieurs. pi~tur la réalisation progressive d'un but ou la recherche d'un itiéal. Nous assistons à l'absorption lente de notre activité dans le Ilot de l'émotion qui l'emporte. Toute idée de contraste, de relation cl (leconlrolc disparait île nouveau. La conscience alTeclive voit s'ouvrir en elle, sous forme de perspectives insondables, ce que l'on pourrait appeler une intensité de profondeur où elle se. perd et se noie. Noussonmies bien ici en présence

dun inconscient dynaniicjue confondu avec le mouvement originel de la vie, quand elle séprend d'elle au point de négliger de mesurer son enricliissement interne et d'en dégager, sous ime forme lucide, la signification.

Dans ce cas — représentatif de nombreux cas similaires — nous assistons à un accroissement à l'intérieur, mais cet accroissement n'est point perceptible du deliors '. Il ne faut pas le chercber dans l'amplitude ou le nombre des oscillations, mais (c dans la force secrètement et continûment accrue du moteur ». L'inconscient se ramène ainsi à un rapport fondamenfni embrassant sous forme d'unité indistincte une mullllude de rapports variables. Il se retrouve en fait dans le caractère, dans le cœur, dans l'énergie morale. Appelons sentiment [)rimitif ou fondamental le fond dynamique qui constitue le centre de notre vie sensible : ce fond ne cesse d'être alimenté par les impulsions de la vie organique qu'il convertit d'ailleurs, non en réactions motrices, mais en images pures. L'enricbissement intérieur n'apparaît pas avec netteté, faute de contrôle ou d'épreuve critique; mais il peut se concentrer tout d'un coup dans une explosion émotionnelle, qui vient attester mieux que toute analyse la fécondité du travail accompli. C'est donc à créer un nouvel état de tension que la vie s'est alors employée.

Il suITira, du reste, qu'un sentiment soit en rapport direct avec un tel état pour que nous le voyons se renouveler et se rafraîcbir. En debors de cette conception naturaliste de l'inconscient, on ne comprendrait pas cpie le renouvellement de l'àme put mettre au jour des « forces toute fraîclies », ni s'exprimer par des causes cachées incessamment créatrices. Cette impression de fraîcheur et de nouveauté,

Page 1