‹ MusotteChapitre 15 sur 92 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Jean ce qui est arrivé à bien d'autres avant lui, d'ailleurs. Une fillette de dix-neuf ans, rencontrée, aimée... un collage... (Se reprenant.) des relations intimes s'établissant peu à peu et durant pendant une, deux, trois années ; la durée du bail au gré des locataires. Puis, à ce moment-là, rupture tantôt violente, tantôt douce, rarement à l'amiable. Et puis l'un à droite, l'autre à gauche... Enfin l'éternelle aventure banale à force d'être vraie. Mais ce qui distingue celle de Jean, c'est le caractère vraiment admirable de la femme.

MADAME DE RONGHARD.

Oh! oh! admirable? Mademoiselle...

(S'interrompant.) Au fait, COmmCUt TàppelcZ-

vous, cette fille? J'ai oublié, moi. M"** Mus... Mus...

Si HUS0TT8.

l£on.

Musette, ma tante«.. La petite Musotta,..

MADAME DB RONGHARD.

Musette?... Peuhl c'est bien vieux jeu, ça! Le quartier Latin, la yie de Bohème...

(Atôc mépris.) Musette!

LÉON

Mais non, pas Musette, Musette, avec un 0... Musette à cause de son gentil petit museau... Vous comprenez? Musotte! ça dit tout!

MADAME DE RONGHARD, arec mépris.

Oui... la Musette fin de siècle^ c'est encore pire... Mais, enfin, Musette* ce n'est pas un nom, çal

■«■■■■Bn^

ACTB PREMIER. 35

LÉON

Aussi n'est-ce qu'ua suraom, ma tante, son surnom de modèle... son vrai nom est Henriette Lévêque.

MADAME DE RONGHARD, offusquée.

Lévêque?.*.

LÉON

Eh bien! oui, Lévêque! qu'est-ce que vous voulez, c'est comme ça, je n'y suis pour rien. Or Henriette Lévêque ou Musotte, si vous préférez, non seulement pendant toute cette liaison a été fidèle à Jean, l'adorant, l'entourant d'un dévouement, d'une tendresse toujours en éveil, maïs à l'heure de la rupture, elle a fait preuve d'une force d'âme?... Elle a tout accepté sans reproehes, sans récrîminafrons...

elle a compris, la pauvre petite, que c'était

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fini, bien fini,.. Avec son instinct de femme, elle a senti combien Tamour de Jean pour ma sœur était réel et profond. Elle s*est inclinée, elle a disparu, acceptant non sans résistance la position indépendante que lui créait Jean. Et elle a bien fait d'accepter, car elle se serait tuée

plutôt que de devenir une... (S'arrôtant, respectueusement à sa tante.) une courtisane! Ça, j'en suissûri

MADAME DE RONGHARD.

Et depuis, Jean ne Ta pas revue?

LÉON

Pas une fois. Et voilà de cela huit mois à peu près. Comme il désirait avoir de ses nouvelles, il me chargea d'en prendre. Je ne la retrouvai pas. Et je ne pus rien savoir d'elle, tant elle avait mis d'adresse à

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cette fuite généreuse et noble. (Changeant de ton.) Mais je ne sais pas pourquoi je yous répète tout ça... Vous le savez aussi bien que moi, je vous Tai déjà dit vingt fois.

MADAME DE RONGHARD.

C'est tellement invraisemblable que je ne le crois pas plus à la vingtième fois qu'à la première.

LËON.

C'est la vérité pourtant

MADAME DE RONGHARD.

Eb bieni si c'est la vérité, lu as tort d'aider Jean à rompre cette liaison avec une femme si... admirable.

Non, ma tante, j'ai fait mon devoir.

38 MUSOTTB.

Vous me traitez parfois d'écervelé et vous avez souvent raison. Mais vous savez aussi que je sais être sérieux quand il le faut. Si cette liaison vieille de trois ans avait encore duré, Jean perdait sa vie.

MADAME DB RONGHARD.

Qu'est-ce que ça peut nous faire?

LÉON

C'est terrible pour un homme, ces...

collages-là. Tant pis! j'ai dit le motl...

C'était mon devoir d'ami, je le répète, de tâcher d'y soustraire Jean, et mon devoir de frère de faire épouser à ma sœur un homme tel que lui. Et vous verrez que l'avenir me donnera raison... Et puis, quand vous aurez, plus tard, un petit neveu ou une petite nièce, à soigner, à

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