‹ Mussolini, batisseur d'avenirChapitre 6 sur 36 · RE MS · texte numérisé non relu

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ple. Il faut constater que les groupements socialistes et anarchistes sont les seuls qui excellent à détruire les initiatives individuelles, pour faire de la masse quelque chose de comparable à l’armée prussienne. Non, le Fascisme n'eut, d’abord, rien de dogmatique et chacun y était le bien accueilli pourvu qu’il usät volontiers de l’argumentum baculinum. Mais quelle flamme dans ce désordre, quelle généreuse frénésie dans l'élan qui projetait la jeune Itahe au secours de sa glèbe et de son prestige ! Aux communistes, qui s’arrogeaient le droit de molester citadins et ruraux, sopposèrent soudain les anciens « arditi », les élèves des grandes écoles, les jeunes gens de la bourgeoisie. Toutes les catégories nationales se retrouvaient et fraternisaient sous le pavillon tricolore,

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depuis les gens d’esprit simple et tranquille terrorisés par l’émeute, jusqu'aux patriotes passionnés réclamant que lidée de patrie récupérât sa vigueur ancienne.

Puis, très rapidement, l’ordre se fit. Du centre, du noyau du Fascisme irradiait une volonté puissante qui pliait tout devant elle, qui savait, juste au point nécessaire, exalter ou modérer les emportements. Cet animateur, ce chef, c'était Mussolini, inconnu encore de la grande foule, et Mussolini était trop lucide pour.

laisser le Fascisme se désagréger en de vains brouhahas. Les objectifs du Fascisme ne tardèrent pas à devenir clairs et précis :

anéantir l’action communiste et les syndicats rouges, extirper le germe soviétique, nettoyer les campagnes des conseilleurs

de rapines et dire aux paysans cette pa-

role digne de Plutarque : la terre appartient à qui la mérite et non à qui la

vole.

Dans cette äâpre contrée de Romagne, cent fois conquise et cent fois reprise, déchirée entre Venise, le Pape et ce terrible César Borgia qui disait : « L'Italie est un artichaut que je mangerai feuille par feuille >, dans la province de Forhi, exactement à Prezappio, Benito Mussolini est né en 1883. Il fit de rapides études et voulut se consacrer à l’enseignement. Instituteur dans un pauvre village romagnol, il s'énerve de ne pas voir son horizon s’élargir, 1l plie bagage et, portant comme le philosophe grec tout son bien avec lui,

Dux.

il émigre en Suisse. C’est là qu'il commence de hanter les milieux politiques populaires et qu'il apprend le socialisme dans toutes ses rigueurs, et non pas, ainsi que l'ont écrit avec complaisance certains de ses biographes, un socialisme à l’eau de rose, un socialisme ad usum delphini. Socialiste, Mussolini le fut dans l’acception la plus forte du principe. On ne saurait admettre, d’ailleurs, qu'un tel homme se soit contenté d’une doctrine relative : dès l’abord, il a dû entrer dans le vif de l’'action, chercher tous [es éléments de conviction, tout apprendre, tout contrôler, tout connaitre. Si, depuis, 1l a rebroussé chemin, c’est en pleine connaissance de cause. S'il a entrepris d’arracher les mauvaises herbes du jardin social, c’est qu'il a constaté la dangereuse vigueur du para-

sitisme. Pour bien juger les erreurs et pour en préserver autrui, 1l n'est pas mauvais de les avoir soi-même commises.

En Suisse, Mussolini apprend le français, lit les grands auteurs, se passionne pour les plus hauts problèmes. Foncièrement marxiste, 1} fonde et rédige une feuille révolutionnaire, ce qui lui vaut un arrêté d'expulsion. Rentré en Italie, il continue d'écrire et, promptement, se fait remarquer par sa phrase rude, directe, claire, altière même, qui ne ressemble en rien au style routinier dont le lecteur n’a que trop l'habitude. Les « camarades »

voient d'un mauvais œil ce combatif qui, par sa carrure, les fait paraître malingres, mais, en essayant de ralentir sa marche, on ne réussit qu'à l’accélérer encore. Trop intelligent pour choir dans le sectarisme et

sachant, comme l’a dit Rivarol, que « si les moutons s’assemblent, les lions s’isolent », il prend linitiative de séparer nettement son socialisme de la maçonnerie et parvient à mettre celle-ci en échec au Congrès d’Ancône. Peu après, 1l prend la direction de lAvanti, le premier journal du parti. Au début de la guerre mondiale, il se refuse à demeurer neutraliste, sachant que l’abstention est une négation de la volonté et que, pour un peuple aussi bien que pour un individu, qui ne risque rien n'a rien. Il se déclare donc interventiste des la première heure et, pour garder son indépendance et ses moyens d'action, 1l se démet de toutes ses obligations envers le parti socialiste.

Aussitôt il fonde le Popolo d'Italia et devient le guide de lItalie patriote. II

part comme volontaire contre l’Autriche, il se bat, 1l est blessé et revient à Milan au moment où sa présence et son talent sont indispensables. Car le communisme, grassement payé par l'étranger, menace de s'incruster en Italie. Dans ce communisme, il discerne la fin de la Latinité, l’anéantissement des libertés, le retour des vieilles servitudes déguisées sous des noms nouveaux. Et, désormais, la propagande léniniste n'aura pas, entre l’Adriatique et la Méditerranée, de plus terrible adversaire jusqu’au jour où il la terrassera. | Mussolini a toutes les qualités qu’il faut pour conduire les masses: d’une instruction considérable, panoramique, il comprend avec une rapidité fulgurante, il décide sans hésiter, 1l ne discute jamais sur un fait accompli, il est logique mal-

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contre elles. Son éloquence est redouta ble, dépouillée de creuse rhétorique, ar- Dur ne il croit au travail 1

travail demeure ot 1l n'obéit à

de la conscience. Il ne coute pas M:

un code établi une fois pour toutes, 1l ne.

puise pas sa politique dans des recue ; de procédés, 1l « fait neuf »;iln appliq pas des systèmes, il en invente.

Mussolini possède au plus haut poi cette admirable vertu, si rare et si pr fondément italienne, que l’on peut appel le sens de la mesure. I sait avec une €

traordinaire précision ce qu'il faut fare et surtout ce qu'il ne faut pas faire. Il a repéré les bornes au delà desquelles la route s’incurve et finit en Roche Tarpétenne. Merveilleux exemple d’équihibre, âme de force, esprit de finesse, quel politicien serait capable de l’égaler aux heures de crise, lorsqu'il faut trouver assez d'énergie pour maintenir à l'intérieur la discipline et la confiance, tandis qu'à l’extérieur, 1l convient de négocier par la douceur et la souplesse. Mussolini, c’est toute l'Italie incarnée dans un homme; c'est le prototype italique.

Sous limpulsion de ce manieur d’hom- L'élan.

mes. le Fascisme ne pouvait que croître , q ;

s'étendre, développer son influence, gagner les cœurs, d’abord parce qu'il défendait une cause noble et juste, mais aussi parce qu'il la défendait en attaquant, ce qui est la vraie manière. Lorsque furent créés, dans les villes et aux champs, des Comités exécutifs nombreux et vigilants, on put voir des Fascistes de fraîche date, nouvellement enrôlés, quitter leur travail à Pusine ou à la ferme pour courir où l’on avait besoin de leur bonne volonté et de leurs muscles. Sans autre programme que celui de poursuivre, de châtier, de décourager les fauteurs d’anarchie, le Fascisme déclencha dans toute l'Italie une action instantanément très vigoureuse et, très vite, formidable. Les principaux agents communistes eurent beau invoquer la liberté, faire appel à leurs propres gardes du

corps, 1ls reçurent en différentes occasions de telles bastonnades et trouvèrent si héroïque le traitement infligé, que leur ton baissa dans des proportions notables. De peur de s’attirer de nouvelles doses de gourdin, ils commencèrent même — rien de plus comiquement paradoxal — à prècher le calme aux émeutiers dont 1ls étaient les chefs de files. Leur arrogance des premiers temps fit place à des attitudes circonspectes ; ils sentirent qu'en face d'eux se dressaient des gens aussi résolus qu'ils pouvaient l'être, mais en nombre beaucoup plus imposant, puisque tout le pays se rangeait derrière eux.

Quand les Fascistes, indignés du traquenard où avaient succombé plusieurs des leurs, à Modène, mirent le feu à la Bourse du Travail de Bologne, la réaction so-

cialiste s’avéra infiniment moins violente qu'on ne s’y attendait. Il y eut grève de protestation, mais fort courte. En public, on rencontrait de moins en moins de députés communistes ; si, à Monteaitorio, ils continuaient de troubler les séances par leurs glapissements et leurs sottes interruptions, dans les rues ils se tenaient fort bien, avec le seul désir de passer inaperçus. Les Fascistes, en effet, se moquaient fort de l’'inviolabilité parlementaire ; lorsqu'un communiste, simple comparse ou représentant du peuple, avait le malheur de se signaler à leur attention — très prompte à s'éveiller — par des actes ou des paroles antipatriotiques, il ne tardait pas à en subir les cuisantes conséquences physiques. Les tribulations du signor Bucco, député de Mantoue,

resteront légendaires. On vit des députés rouges solliciter, contre les impitoyables disciples de Mussolini, la protection des carabiniers Kien de plus bouflon, rien qui rappelle mieux la saine farce italienne.

La suprême adresse avec laquelle Mussolini contrebattit la révolution, en recourant pour cela, non à des rigueurs tragiques, mais à des moyens de comédie, devait lui assurer la sympathie de toute l’Europe latine. Qu'il s'agisse d’un conflit de rue ou de l’évolution d’un gouvernement, l'essentiel, chez les gens qui inventèrent le théâtre, c'est que le personnage principal sache mettre les rieurs de son côté.

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