SIRE
Si les fonctions de l’enseignement sont modestes, il n’en est pas qui soient plus honorables et plus dignes de l’attention des gouvernements. C’est lui, en effet, qui forme les bons citoyens, qui, de bonne heure, leur inspire, avec un indestructible sentiment d’affection pour la patrie, les nobles instincts qui assurent la prospérité et la grandeur d’un État.
Ministère trois fois saint dès lors. puisque c’est par lui et lui seul que l’homme devient meilleur, que les peuples se moralisent, et, apprenant à se respecter et à s’aimer les uns et les autres, n’ont bientôt plus d’autre rivalité que celle que font naître entre eux le culte des arts et les progrès de l’industrie ! La bienfaisance alors occupe aussi une grande place dans le cœur de l’homme. Plus civilisé, il sent le besoin de répandre partout autour de lui le bien-être qü’il éprouve ; la misère, la douleur, excitent sa pitié, il se sent porté, comme par une force irrésistible, à secourir toutes les infortunes. Aussi, à mesure que la civilisation le pousse dans cette voie, les cruelles infirmités qui naguère semblaient devoir être à tout jamais une honte ou un fléau pour l’humanité disparaissent sans retour ; alors le sourd, le muet et l’aveugle retrouvent en quelque sorte le sens qu’ils avaient perdu ; l’orphelin n’est plus dans l’abandon, ni le malade sans secours. Heureux toutefois les peuples, Sire, qui, comme nous et celui qui vous a si heureusement confié ses destinées, ont des princes qui savent donner à tous le noble exemple du bien, exciter le zèle de ceux qui le pra-
tiquent, et encourager les efforts des hommes qui ont mis leur dévouement au service de l'humanité ; qui, voulant, comme Yotre Majesté , prouver au monde que celui qui travaille dans le silence à détruire les effets d’une infirmité innée qui s’étend partout, est citoyen de tous les pays où elle exerce sa funeste influence, n’hésitent pas à lui donner des preuves de leur estime! Une aussi flatteuse distinction impose néanmoins de grandes obligations à celui qui en est l’objet : il doit faire mieux encore s’il le peut, à l’avenir, et dans tous les cas, il doit nourrir au fond du cœur, pour celui qui l’a ainsi honoré, une vive reconnaissance et un inviolable dévouement: tels sont du moins, Sire, les sentiments que j’ai éprouvés lorsque, il y a peu de temps encore. Votre Majesté a bien voulu m’accorder spontanément, à l’occasion d’un petit ouvrage sur les sourdsmuets, un précieux témoignage de sa haute approbation. Mais en voulant, par un travail nouveau, remplir un devoir qui m’était imposé par la plus profonde gratitude, j’ai ambitionné un autre honneur, celui de pouvoir le dédier à Votre Majesté, avec son agrément. La bienveillance si marquée
avec laquelle cette faveur m’a été accordée ne me laissera donc plus rien à désirer, si d’ailleurs l’ouvrage qui est placé sous un aussi auguste patronage n’en est pas jugé tout-à-fait indigne.
Daignez agréer,
Sire,
L'expression respectueuse du parfait dévouement avec lequel je prends la liberté de me dire,
De Votre Majesté ,
Le très humble et très reconnaissant serviteur.