‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 2 sur 200 · J.-B. PUYBONNIEUX · texte numérisé non relu

J.-B. PUYBONNIEUX

AYANT-PROPOS

Après plus de soixante années d’essais et de labeurs pénibles, l’art d’instruire les sourds-muets est loin encore d’avoir atteint toute la perfection désirable. On a beaucoup tâtonné; des investigations multipliées ont été faites avec une persévérance digne des plus grands éloges par des hommes de mérite qui ont voué leurs facultés à cette œuvre de bien, et gependantpartout l’uniformité de vues manque; les professeurs sont divisés, et aucun d’eux ne paraît accorder aux modes d’enseignement mis en pratique par les autres une entière confiance- Dès le commencement, deux grandes divisions, ayant chacune un caractère particulier bien tranché, se produisirent, et aujourd’hui encore les écoles qui existent sur toute la surface du globe

AVANT-PROPOS

sont soumises à deux ordres de principes distincts. Quelles sont celles qui marchent dans la bonne voie? Telle est la question qu’il serait peut-être utile de se poser tout d’abord, si on ne voyait pas que sa solution est la conséquence nécessaire de l’examen le plus approfondi des divers éléments des deux systèmes, la conclusion du travail que nous avons entrepris. Il importe, en effet, avant tout, de remonter à la source du mal, de le suivre dans son cours, d’étudier ses développements. Il faut donc se demander tout d’abord ce que c’est que la surdité , qu’elle soit innée ou acquise en bas âge: est-ce une maladie qu’on puisse combattre avec espoir d’en arrêter la marche ou d’en détruire les effets ? Estce plutôt un vice radical produit par suite d’un écart de la nature dans l’exercice des lois de la conformation des êtres?

Voilà les questions qu’il est essentiel de se poser lorsqu’on veut entreprendre, avec quelques chances de succès, l’éducation d’un des malheureux enfants que la sur-

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dité a atteints. Gomment connaître , en effet , l’importance du mal , les traces qu’il a laissées, si on ignore ses causes , leur nombre, leur force et leur durée?

Mais si cette étude de l’état physique du sourd-muet est le préliminaire obligé de l’œuvre d; réformation intellectuelle qu’entreprend l’instituteur; si sans elle il marche un bandeau sur les yeux là où le hasard le guide , appliquant à l’aventure des procédés qui presque toujours portent à faux, n’est-il pas bien plus indispensable encore à celui qui, comme nous, ose explorer ces régions si peu connues, de faire de cet examen la base fondamentale de toutes ses observations, le principe de tous ses raisonnements, la justification de tous les faits sur lesquels il croit devoir s’appuyer ? Comment seraitil possible de porter un jugement sur les divers procédés mis en usage pour faciliter le développement des facultés que possède le sourd-muet, si on n’a tout d’abord recherché en quoi, consistent ces

mêmes facultés? Pourra;i -011 établir avec quelque certitude quelles sont les différences qui existent entre le sourd-muet et le parlant, si déjà on ne s’est efforcé de connaître les causes auxque’les tiennent ces différences?

Quelque utile que soit l’étude de cette partie de l’infirmité du sourd-muet, elle a été cependant la plus négligée. Les professeurs en ont entièrement abandonné le domaine à la médecine, pensant, à tort, qu’ils n’avaient, eux, d’autre mission à remplir que d’instruire les sourdsmuets tels quels, à l’aide d’une méthode plus ou moins régulière qu’on leur avait transmise, et de l’inefficacité de laquelle ils se sont bien rarement préoccupés.

L’abbé Sica d n’avait-ii pas , d’ailleurs , publié là-dessus, aux applaudissements du public ébahi, les séduisantes mais fallacieuses conceptions de son imagination si ardente ? Et le public trouvait cela d’autant plus merveilleux que la justification de ses raisonnements , qui étaient le fruit

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