‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 115 sur 200 · PARTIE U. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE U. — CHAPITRE I

l’Académie des sciences étaient des hommes auxquels fût destiné ce langage, nous comprendrions mieux toute l’érudition qu’il s’est efforcé d’y mettre. L’abbé Sicard ne se souvient-il donc plus, lui aussi, que ce n’est pas le maître, mais l’élève, qui crée le signe ? Où veut-il qu’il ait puisé toutes les connaissances que supposent ces savantes définitions? Comment ! le sourd-muet sera, en naissant, tout à la fois philosophe , physicien, grammairien , astronome , théologien, hydrographe et mathématicien , lui, pauvre enfant auquel le savant instituteur disait qu’il fallait créer une âme ! lui, qui a tant de peine à acquérir quelques idées, et qui tient de la nature seule la. précieuse faculté de les exprimer avec une simplicité parfaite ? Si on jugeait le talent de l’abbé Sicard comme gesticulateur d’après son ouvrage, on serait forcé de lui contester qu’il ait jamais su ce qu’étaient les signes des sourdsmuets. Son livre est instructif sans doute ; l’auteur y a fait preuve d’une profonde érudition , d’un esprit philosophique remarquable ; mais ce qu’il paraît connaître le moins , ce sont les sourds-muets et leur langage. Le professeur puisera donc là parfois d’utiles indications pour la définition des choses ou des personnes, mais il aura de la peine à y trouver un seul signe dont l’exactitude ne laisse rien à désirer, et qui soit d’une simplicité

assez parfaite pour qu’il puisse en faire utilement usage.

Quand le langage des signes a été connu , et qu’on en a eu apprécié tous les avantages pour l’éducation des sourds-muets, on a compris qu’il fallait, pour le conserver et pour le perfectionner, qu’il fût écrit. La pensée toutefois n’est pas venue d’abord d’en faire une écriture symbolique, représentant immédiatement la pensée, comme étaient sans doute tous les caractères primitifs de l’écriture , comme sont restés les hiéroglyphes et les caractères chinois ; il ri’y aurait eu d’ailleurs aucune analogie entre les signes, qui ont pour but de donner à la pensée une forme sensible, et les éléments d’un langage, dont toute la valeur consiste dans une convention préalable. Un arc représente-t-il plutôt un guerrier, et un serpent l’univers, que ces mots écrits avec nos caractères alphabétiques? Essayez de montrer un serpent à un individu qui n’aura sur les choses de ce monde que des notions ordinaires ; il pensera bien à l’animal dont vousluimontrerezl’image, mais il ne verra rien de commun entre cet objet et l’univers, dont il est une des infiniment petites parties. Le langage des sourds-muets est, ou doit être une peinture vivante , animée de la nature, c’estle miroir fidèle de l’âme; et il faudrait que l’écriture gesticulée fût composée de caractères ou de traits

Page 1