PARTIE U. - CHAPITRE I
ayant la même expression, offrant à l’intelligence une reproduction aussi fidèle que possible de l’objet : or, nous ne prétendons pas qu’il soit à jamais impossible d’obtenir un aussi merveilleux résultat, qui ferait de la mimique immédiatement, non pas seulement la langue des sourds-muets, mais celle des arts et de la science dans tous les pays, qui se trouveraient ainsi unis par un lien commun ; mais ce n’est certes pas après que cette langue a été si longtemps inconnue, et lorsqu’elle est encore si négligée, qu’un pareil travail est possible. Si jamais il le devient, on verra ce que la civilisation gagnera à une pareille découverte. Mais n’anticipons pas sur les événements, et bornons-nous, quant à présent, à dire ce qu’ont fait les instituteurs de sourds-muets pour donner de la fixité et de l’uniformité aux signes actuels.
L’abbé de l’Epée, jaloux de transmettre aux générations futures tous les moyens d’instruction qu’il connaissait, eut la pensée de faire un dictionnaire des signes. L’abbé Sicard, son successeur, trouvant que son ouvrage n’était qu’un recueil de définitions plus ou moins exactes, entreprit de le refaire, et publia sa théorie des signes, dont nous avons donné des extraits, qui prouvent qu’en voulant rectifier l’œuvre de son illustre prédécesseur, il en avait, sous certains rapports au moins, accru Pimperfec-
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tion ; enfin , M. Bébian publia un essai de mimographie, remarquable par les idées ingénieuses sur lesquelles il était basé, mais qui ne pouvait atteindre le but qu’il s’était proposé.
il ne reste donc rien de toutes ces tentatives avortées, qu’une preuve des sentiments philanthropiques qui ont guidé ces honorables instituteurs dans leurs recherches. Espérons du moins qu’un jour le germe précieux qu’ils ont semé se développera et produira des fruits ; nous le souhaitons beaucoup moins pour nous encore que pour la société tout entière. Il n’est pas douteux que, s’il était possible de donner à la pensée un corps graphique qui reproduisît le langage des signes, notre tâche ne se simplifiât considérablement, puisque nous pourrions donner aux sourds-muets des pages, des livres idéographiques, comme on donne à l’aveugle des livres dont les caractères sont en relief ; nous aurions donc immensément à gagner à un tel perfectionnement ; il ne nous est cependant pas indispensable, car il n’est pas à craindre que la langue des sourds-muets se perde, aussi longtemps qu’il restera sur la terre un malheureux frappé de surdité. Est-il besoin de répéter ici ce que nous avons dit et démontré, c’est que les sourds-muets font des signes comme l’homme marche, comme les oiseaux volent, comme les poissons nagent, en vertu d’une faculté qu’ils tien-