‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 196 sur 200 · PARTIE II. —CHAPITRE · texte numérisé non relu

PARTIE II. —CHAPITRE

peut songer qu’à faire choix des professions qui sont le plus à leur portée ; il en est une que le luxe des appartements rend chaque jour de plus en plus importante, qui leur conviendrait au plus haut degré, et qu’on n’a pas songé encore à leur enseigner : nous voulons parler de l’état de tapissier. Le sourd-muet tient beaucoup à la propreté, et il ne s’adonnera pas de son plein gré à un métier qui, comme celui de maçon ou de serrurier, mettra sa figure, ses habits et ses mains dans un état habituel de malpropreté. D’un autre côté, tout ce qui a des formes gracieuses et des apparences qui flattent le regard lui plaît infiniment : or, il n’est pas d’industrie qui doive être plus séduisante pour lui que l’art du tapissier, qui s’applique toujours à des objets d’une merveilleuse élégance. A cet état d’ailleurs on peut joindre celui d’ébéniste, que les sourds-muets recherchent par goût, et qui est en quelque sorte le pendant du précédent. L’un et l’autre n’exigent pas une immobilité absolue ; l’ouvrier n’y est pas condamné à faire toujours le même chose, et ils ont en outre le précieux avantage de n’exiger que de la dextérité et non de grands efforts ; enfin, les ateliers dans lesquels les ouvriers travaillent ne renferment aucune matière qui puisse porter atteinte à la santé.

Les occupations trop individuelles ne sont pas ,

d’ailleurs, celles qui conviennent le mieux aux sourds-muets, et les états qui peuvent permettre d’en réunir plusieurs dans le même lieu sont pour eux bien préférables à tous les autres : or, il n’en est aucun dans lequel il fût possible d’en occuper un plus grand nombre que celui de tapissier. Les filles elles-mêmes y trouveraient un travail commode et lucratif, et il en résulterait qu’un même métier fournirait aux deux sexes des ressources assurées. Les garçons, comme ébénistes , fabriqueraient les bois que la sculpture embellirait de mille façons ; la contexture des meubles exigerait ensuite de leur part autant d’habileté que de bon goût. L’intervention des filles serait indispensable pour la couture des diverses étoffes, pour le vernissage des bois , pour l’établissement des draperies ; enfin, on pourrait y joindre pour elles la broderie, qui, de même que la sculpture, prend chaque jour, dans cette branche de travail, une place de plus en plus importante. Un atelier de ce genre serait donc d’une incontestable utilité pour tous les sourds-muets, et il serait d’autant moins onéreux pour les institutions placées dans les grandes villes que le développement que prend cette industrie et les commandes que les administrations publiques sont souvent obligées de lui faire pour leur ameublement en rendraient l’établissement et l’entretien d’une extrême facilité.

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