PARTIE IL — CHAPITRE IlL
tion matérielle des mots. Ses organes sont sur ce point d’autant plus exercés qu’il ne reconnaît, ainsi que nous l’avons dit, la valeur d’une phrase que lorsqu’elle est composée comme elle doit l’être. L’absence d’un seul des traits qui constituent un signe graphique en détruit complètement la signification. C’est pour cela que les sourds-muets ne font presque jamais de fautes d’orthographe. Une expression tronquée est pour eux tout-à-fait dépourvue de sens. Le métier de prote exige toutefois des qualités que le sourd-muet acquiert difficilement ; l’homme, d’ailleurs, qui l’exerce est en rapports nécessaires avec trop de personnes pour qu’un sourd-muet puisse s’en acquitter seul sans inconvénients ; mais, dans les imprimeries considérables, on pourrait lui confier la partie purement matérielle de l’ouvrage, et il s’en acquitterait avec une rare précision.
Dans un établissement typographique , sa véritable tâche, du reste, est celle de compositeur; elle lui convient sous tous les rapports : elle est silencieuse, elle demande du soin , beaucoup d’attention et une grande activité de corps et d’esprit. Le sourd-muet est, à cause de son langage, qui consiste dans le mouvement des bras et des mains, d’une agilité remarquable. Il n’a fait autre chose toute sa vie qu’exercer ses membres, qui ont acquis une
souplesse extraordinaire; il a donc, en quelque sorte, sous ce rapport, l’avantage sur les parlants. Cettecarrière, d’ailleurs, est excessivement vaste, et elle lui offre un travail presque constamment assuré. A Paris, l’Imprimerie royale en emploie quelques uns, et elle en admettrait sans aucun doute un bien plus grand nombre si dans l’institution on leur enseignait ce qu’il est indispensable de savoir pour occuper les emplois qu’elle pourrait leur offrir. Il y existait autrefois une imprimerie, et il est difficile de savoir pourquoi elle a été supprimée. C’était, de tous les ateliers qu’on y a introduits, incontestablement 1s plus utile aux élèves et le moins onéreux pour l’établissement. Il possède en ce moment une lithographie ; mais, quels que soient ses avantages, elle ne peut rendre les mêmes services qu’un atelier complet d’imprimerie.
Il y a des institutions qui, placées dans des endroits peu populeux, exercent leurs élèves aux travaux des champs, et l’expérience a prouvé qu’ils pouvaienbdevenir d’excellents cultivateurs ; ils ont de l’activité, beaucoup de persévérance, une grande énergie de volonté, et lorsqu’ils se sont rendus familiers tous les travaux rustiques, ils doivent s’y livrer avec ardeur. Mais cette carrière ne peut être utilisée que par les établissements qui sont situés à proximité des champs, et il y en a peu. Dans les villes, on ne