‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 198 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE III

travaillent, parce qu’ayant été ouvriers dans le sein de l’institution, ils n’ont pas perdu de vue un seul instant quelle est leur véritable condition; ils ne regardent pas comme une honte de travailler, parce qu’on ne leur a pas appris à vivre dans l’oisiveté, et ils ne sont aucunement étonnés d’être réduits à s’occuper pour vivre, puisqu’on les a tous élevés dans la persuasion que l’existence la plus honorable est celle de l’homme qui vit en travaillant.

Pour se convaincre combien est sage cette direction donnée à leur éducation, il suffit de comparer leur position dans le monde à celle des jeunes sourdes-muettes qui ont été également élevées dans les écoles, et auxquelles on a fait contracter en général des habitudes toutes contraires. Quoiqu’elles soient destinées à rentrer dans l’indigence dont la plupart d’entre elles sont sorties, on leur a, par un sentiment qui honore sans doute ceux qui l’ont éprouvé, procuré toutes les satisfactions de l’existence la plus douce; le travail pour elles n’a pas été considéré comme une nécessité, mais bien comme une utile distraction ; et, au lieu de leur faire contracter de bonne heure les habitudes d’une vie laborieuse pour les préparer aux souffrances, aux privations, aux dégoûts et aux périls de toute nature qui les attendent, on s’efforce de multiplier autour d’elles les jouissances, et on les nourrit ainsi dans une mollesse perni-

cieuse. Pour elles, cependant, il faudrait bannir le soin excessif des ajustements, et se borner à leur inspirer le goût de l’ordre, delà propreté. Leur laisser soupçonner tout ce qu’a de séduisant le luxe de la toilette, c’est égarer leur raison et faire naître dans leur cœur des désirs qu’elles seront dans l’impossibilité de satisfaire ; il faut donc s’étudier avant tout à ne leur inspirer que des goûts conformes à leur condition future : plus elles sont faibles, timides, plus il importe de les fortifier et de les enhardir.

«La science des femmes, dit Fénelon, comme celle des hommes, est de s’instruire par rapport à leurs fonctions (1). » Or, quelles seront les fonctions de la plupart des sourdes-muettes? N’est-ce pas de travailler toujours pour elles et pour les autres? Elles doivent donc apprendre d’abord tous les devoirs d’une bonne ménagère, fuir le désœuvrement, s’endurcir au travail. Il faut que leur éducation soit strictement limitée aux connaissances les plus essentielles ; elles ne doivent savoir que ce qui est rigoureusement indispensable pour leur condition. La science ne serait pas seulement pour elle une superfluité, mais un danger, puisqu’elle leur ferait perdre de vue les devoirs les plus impérieux de leur sexe ; on ne doit donc leur enseigner que ce qu’il importe qu’elles sachent pour se bien conduire et pour en- (1) Fénelon , De l’éducation des filles.

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