PARTIE If, --CHAPITRE III
trer en communications d’idées avec les autres. Qu’on les dépouille surtout le moins possible de leur simplicité primitive ; ear, destinées à vivre au milieu des ouvriers et des paysans, des habitudes de coquetterie et d’oisiveté ne pourraient que rendre leur situation plus déplorable.
Mais il ne suffit pas pour elles qu’elles sachent, comme toutes les femmes dont l’éducation a été bien dirigée, gouverner un ménage; il importe aussi de leur enseigner un métier à l’aide duquel elles puissent exister convenablement. Pourquoi donc ne seraient-elles pas, comme toutes les jeunes filles parlantes de leur condition, lingères, brodeuses, couturières, coloristes, brocheuses ou passementières? Les sourds-muets travaillent constamment, pourquoi ne travailleraient-elles pas comme eux? Est-ce que la commodité de leur existence ne vaut pas cette dépendance à laquelle les jeunes sourdesmuettes se trouvent réduites toute leur vie par suite de l’impossibilité où elles sont de se suffire à ellesmêmes? Nous avons dit qu’elles se mariaient peu, et cela se comprend : qui donc voudrait associer son sort à celui d’une femme qui, au lieu d’aider son mari, et d’être pour ses enfants un guide et un soutien, a sans cesse besoin elle-même d’être soutenue et dirigée ? Si dès leur enfance elles n’ont pas été accoutumées à faire quelque chose, il ne
faut pas s’étonner qu’elles ne sachent rien faire. Leur incapacité, relativement aux choses qu’il est le moins permis aux femmes d’ignorer, ne tient pas à leur infirmité ni au défaut d’aptitude, elle tient aux écarts d’une éducation mal dirigée.
Pour le choix d’une occupation, c’est moins le goût de la jeune fille, du reste, qu’il faut consulter, bien qu’il ne soit pas indifférent d’en ténir compte, que les convenances relatives à son sexe. Il est des états qui favorisent au plus haut degré la dépravation des mœurs. L’immoralité a établi au sein des ateliers où ils s’exercent son foyer de corruption. Malheur à la jeune fille qui, forte des principes de vertu que d’honnêtes parents lui ont inculqués, va chercher là un modique salaire ! L’atmosphère corrompue qui l’environne ne tarde pas à agir sur elle ; de scandaleuses maximes ou les propos les plus grossiers jettent la confusion dans son esprit, troublent sa raison, altèrent la pureté de son âme : elle cède alors à toutes les suggestions du vice, et rougit bientôt de sa vertu.
L’infirmité de la sourde-muette rend à cet égard sa position plus funeste encore, s’il est possible; car il n’est pas d’expression du langage parlé, quelque malsonnante qu’elle soit, qui puisse porter à l’âme des atteintes plus rudes que les traits empoisonnés d’une pantomime grossière. Il ne faut