Voypz la figure
JÆ CINQUIÈME TOMBEAU.
gent vers la ligne de séparation des bandes et forment à cet endroit des angles ou coins. L’ensemble de deux bandes donne une décoration en arêtes de poisson. Pour rehausser l’effet des doubles bandes en y introduisant un nouvel élément de variété, l’artiste a tourné les angles ou coins de chacune des doubles bandes dans une direction opposée à ceux de l’autre bande. Toute la partie supérieure est décorée d’une série d’arcatures ogivales, dont les
Fig. 453. — Coupe d’or richement décorée. Cinquième tombeau. Au neuf-dixième de la grandeur réelle.
colonnes sont ornées de neuf traits horizontaux. L’anse est fixée par quatre clous au bord et au corps de la coupe. Avec les épées, j’ai trouvé de petits morceaux de toile d’un beau tissu, qui proviennent, sans aucun doute, des fourreaux de ces épées.
Dans le même tombeau , j’ai recueilli un vase d’un vert clair, brisé en morceaux; ce vase, qui a 6 pouces | (0"bl6 l) de haut, est en porcelaine égyptienne; il est décoré de deux rangées de bosses d’un certain relief; il y a trois bosses à chaque rangée. J’ai trouvé aussi des fragments provenant d’un vase en terre cuite, d’un rouge clair, décoré de spirales noires et de deux mamelles de femme entourées de cercles formés de traits noirs. Le professeur Landerer,
VASE PAllEIL A CEUX DE THÈRA.
qui a examiné et analysé un fragment du premier de ces deux vases, ni’écrit que la porcelaine en est très-calcaire et qu’on l’appellerait en minéralogie Thonmergel-schiefer (schiste de marne argileuse); que les bords, examinés au microscope solaire, laissent apercevoir un vernis doré et argenté, produit par un vernis de plomb dont le vase avait été recouvert, et qui par la cuisson avait pénétré dans la pâte.
A propos du vase orné de deux mamelles de femme, je rappellerai que des vases semblables ont été découverts dans les îles de Thèra (Santorin) et de Thèrasia. On les a retirés des ruines de deux cités préhistoriques dont j’ai déjà parlé. Ces villes avaient été ensevelies par une éruption du grand volcan central qui, d’après les géologues les plus autorisés, se serait effondré et aurait disparu vers 1700 ou 1800 avant Jésus-Christ. On en rencontre aussi beaucoup de pareils dans les ruines de Troie; ces derniers, cependant, outre les deux mamelles de femme, portent aussi un nombril et une tête de chouette b
Ce tombeau contenait encore, outre une masse de fragments de poterie façonnée à la main, des fragments d’une belle poterie fabriquée au tour, décorés de plantes contournées en spirales, et d’autres fragments encore où l’on voit, sur fond jaune clair, une magnifique décoration de spirales d’un rouge foncé.
Comme le beau temps avait séché la boue dans premier tombeau, celui dont l’emplacement était marqué par les trois stèles ornées de bas-reliefs, j’ai pu reprendre les fouilles commencées et arriver enfin au fond de ce tombeau, qui a été creusé dans le roc à une profondeur de 17 pieds | du côté nord et de
17 pieds (b”b lO) du côté sud-est. Mais, à partir de ces deux points, la pente du rocher est si rapide que, bien que la largeur de l’ouverture du tombeau ne dépasse pas 10 pieds 10 pouces (3"\'2b), il a suffi, pour la plus grande partie du côté ouest, de creuser le roc à une profondeur de il pieds (3'”, 30) pour atteindre le niveau du fond. Ce côté est proche du mur cyclopéen qui supporte les deux cercles parallèles de dalles calcaires qui forment la clôture et les
1. Voyez V Atlas des Antiquités troijennes, pl. 51, fig. 1275; pl. 59, fig. 1355 et 1360.
LE CINQUIÈME TOMBEAU
bancs de l’agora et s’élèvent juste dans la verticale au-dessus du tombeau (voy. les plans B et C). Pour toutes ces raisons, je m’étais imaginé, en commençant à fouiller ce tombeau, que le mur cyclopéen devait le traverser à l’angle nord-ouest. Mais, en étayant avec des planches et des poutres la terre et les pierres qui adhèrent au mur et surplombent l’angle nord-ouest du tombeau , je suis parvenu à le déblayer dans toute sa longueur, et les visiteurs constateront que le mur ne coupe pas le tombeau, mais qu’il en effleure simplement le bord à l’angle nord-ouest.
La longueur du tombeau est de 21 pieds 6 pouces (6"", 45) ; sa largeur, au fond, est de ii pieds 6 pouces (3‘'b45) ; elle excède donc de 8 pouces (0’",20) celle de rouverture. Les quatre parois latérales étaient bordées d’un mur cyclopéen de 3 pieds (0’",90) de haut sur 2 pieds (0"b60) de large; ce premier mur était recouvert d’un second mur incliné, formé de plaques de schiste maçonnées avec de la terre glaise, haut de 6 pieds l (1™,95) et faisant dans toutes ses parties une saillie de 1 pied (0"’,30) sur le mur cyclopéen; la saillie des deux murs réunis était donc de 3 pieds (0"',90) au fond du tombeau. Le fond était couvert, suivant l’usage, d’un lit de cailloux qui formaient cependant une couche moins régulière que dans les autres tombeaux, car il y avait des endroits où les cailloux faisaient complètement défaut. Je m’étais même figuré d’abord, à cause de cette circonstance, qu’il n’y avait pas de lit de cailloux dans ce tombeau. Mais, en y regardant de près, j’ai vu qu’il y en avait un, et meme que, sous les corps, il était absolument aussi régulier que dans les autres. Cette circonstance semble prouver une fois de plus que les lits de cailloux n’avaient pas d’autre destination que de favoriser la circulation de l’air sous les bûchers.
Les trois corps que contenait ce tombeau étaient couchés à 3 pieds (0'",90) environ l’un de l’autre et avaient été brûlés à l’endroit même oû ils reposaient. Tl m’était impossible d’en douter en voyant les traces du feu sur les cailloux et sur le rocher, audessous des corps et tout autour, sur les parois à droite et à gauche, et en constatant que les cendres n’avaient pas été remuées.