TROIS AUTRES CORRS DANS CE TOMBEAU
Cependant cette dernière assertion serait inexacte en ce qui concerne le corps du milieu. Les cendres avaient certainement été dérangées; l’argile qui recouvre les deux autres corps et leurs ornements, et le second lit de cailloux qui ‘recouvre l’argile avaient été écartés de ce corps. D’autre part, comme il a été trouvé presque sans aucun ornement d’or, il est évident qu’il avait été dépouillé de ceux qui servaient à le parer. Cette opinion est confirmée par ce fait que douze boutons d’or, des petites plaques d’or et un grand nombre de petits objets en os ont été découverts pêle-mêle avec de petites quantités de cendres noires, à différentes profondeurs au-dessous des trois stèles sculptées qui ornaient ce tombeau. Elle est corroborée par cette circonstance que des fragments de la poterie mycénienne en usage à une époque postérieure étaient mêlés dans ce tombeau avec des vases très-anciens, façonnés à la main ou au tour. Probablement quelqu’un aura creusé un puits pour explorer le tombeau; il aura rencontré le corps en question et l’aura dépouillé à la bâte ; craignant d’être surpris, il aura emporté son butin avec une telle précipitation, qu’il ne songea qu’aux ornements d’or massif, comme le masque, le plastron, les diadèmes, et aux épées de bronze. En remontant à la surface du sol, il aura laissé tomber beaucoup de menus objets, comme les douze boutons d’or, etc., que j’ai trouvés à différentes profondeurs dans le travail des fouilles. Il n’est guère douteux que ce vol n’ait été commis avant la prise de Mycènes par les Argiens (468 av. J. -G.), car, s’il avait eu lieu pendant que la dernière cité grecque s’élevait sur le monceau de ruines préhistoriques, j’aurais aussi rencontré des fragments de poterie grecque dans ce tombeau, et je ifen ai pas trouvé trace.
Les trois corps de ce tombeau étaient étendus, la tête à l’est et les pieds à l’ouest. Tous les trois étaient de grande taille, et il semble qu’on ait été obligé d’employer la violence pour les faire entrer dans l’étroit espace de 5 pieds 6 pouces (l'“,b5) qu’on leur avait ménagé entre les murs intérieurs. Les os des jambes, qui sont bien conservés, sont d’une grandeur extraordinaire. Quoique la tête du premier personnage, à partir du côté sud, fût recouverte d'un masque
LE CINQUIÈME TOMBEAU
d’or massif, le crâne tomba en poussière au contact de l’air; je n’ai pu recueillir que quelques os, outre ceux des jambes. Il en a été de même pour le second corps, celui qui avait été dépouillé dans l’antiquité.
Le troisième corps, au contraire, celui qui était couché à l’extrémité nord du tombeau, avait encore la figure avec tout son relief 'et toute sa chair, qui s’était merveilleusement conservée sous son pesant masque d’or. Il n’y ayait plus trace de cheveux, de barbe, de cils ni de sourcils, mais les yeux étaient parfaitement visibles; à cause du poids énorme qui avait comprimé la figure, la bouche était grande ouverte et montrait trente-deux belles dents. Examen fait de ces dents, tous les médecins qui sont venus voir le corps ont conclu que l’homme ne devait pas avoir plus de trente-cinq ans lorsqu’il est mort. Le nez avait complètement disparu. Gomme l’espace laissé entre les murs intérieurs était insuffisant, la tête avait été pressée contre la poitrine avec tant de violence, que la ligne supérieure des épaules se trouvait de niveau avec le sommet de la tête. Malgré le grand plastron d’or, il s’était conservé si peu de chose de la poitrine, que l’on voyait en plusieurs endroits la partie intérieure de l’épine dorsale. Comprimé et mutilé comme il l’était, ce corps ne mesurait que 2 pieds 4 pouces I (0^,7i depuis le sommet de la tête jusqu’à la naissance des reins; la largeur des épaules ne dépassait pas 1 pied i pouce I (0"',33) et la largeur de la poitrine 1 pied 3 pouces (0™,37|); mais la grandeur des fémurs ne laisse aucun doute sur les proportions réelles de ce corps. La pression des pierres et des débris avait été telle, que le corps avait été réduit à une épaisseur qui varie de 1 pouce à 1 pouce I (0™,02 1 à 0™,03 l) . Pour la couleur, ce corps ressemblait beaucoup à une momie égyptienne. Le front était orné d’une feuille d’or ronde, sans ornements ; une feuille encore plus grande était appliquée sur l’œil droit. J’ai remarqué encore une grande et une petite feuille d’or sur la poitrine, par-dessous le grand plastron d’or ; il y en avait encore une grande juste au-dessus de la cuisse droite.
Le bruit s’étant répandu avec une rapidité incroyable à travers
UN CORPS HUMAIN RIEN CÛNSERVt
toute TArgolide que l’on venait de découvrir, chargé d’ornements d’or, le corps assez bien conservé d’un homme des âges fabuleux et héroïques, les curieux affluèrent par milliers d’Argos, de Nauplie et des villages pour voir cette merveille. Mais, comme personne n’était en état de donner conseil sur la meilleure manière de con-
Fig. 454. — Partie supérieure d’un corps trouvé dans le premier tombeau. D’après une peinture à l’huile, exécutée immédiatement après la découverte.
server le corps, j’envoyai chercher un peintre pour en garder du moins un portrait à l’huile, car je craignais de voir ces restes tomber en poussière. Je puis donc donner une image fidèle de ce corps, dans l’état où il se trouvait après avoir été dépouillé de ses ornements d’or. Mais, à ma grande joie, le corps résista pendant deux jours au contact de l’air; au bout de ces deux jours un pharmacien d’Argos, nommé Spiridon Nicolaou, le rendit dur et solide