GOBELETS A DEUX ANSES
le long du côté est et tourne ensuite à angle droit pour suivre le côté nord. Il est évident que cette conduite d’eau est plus moderne que lé tombeau.
Comme on peut le voir sur le plan G, j’avais fouillé cet emplacement jusqu’à une profondeur de6'^,70 (22 pieds 4pouces), et j’avais pénétré d’un côté à 5 pieds et de l’autre à 5 pieds 4 pouces de profondeur dans l’intérieur des murs du tombeau, où j’avais laissé une couche de décombres del pied 10 pouces (0™, 55) seulement d’épaisseur. Mais comme cette tombe se trouve immédiatement à l’est de la grande maison cyclopéenne dont j’avais fouillé plusieurs chambres jusqu’au rocher sans rien trouver d’intéressant, j’avais considéré ce tombeau comme une dépendance de la maison, et je n’avais pas pris la peine de fouiller la mince couche de décombres qui recouvrait encore le fond.
Mais mon excellent ingénieur fut plus clairvoyant que moi. Frappé de la physionomie des murs, dont l’appareil est beaucoup plus grossier que celui des murs de la maison cyclopéenne, il reconnut tout de suite que la maçonnerie était identique à celle des cinq grands tombeaux. Ayant remarqué que le mur du nord s’appuyait en partie et le mur de l’est entièrement contre une paroi de rocher, il eut la ferme conviction que ce devait être un tombeau. Aussi, de retour à Nauplie, il communiqua son importante découverte à un employé du gouvernement; ce dernier était arrivé le jour meme à Nauplie, dépêché par le directeur général, M. P. Eustratiadès, avec mission de choisir dans l’acropole de Mycènes un emplacement pour y bâtir une hutte en bois destinée aux gardiens. M. Drosinos lui indiqua sur mes plans l’emplacement précis du tombeau, et lui donna des instructions si minutieuses, que l’employé trouva tout de suite la place. Il fit venir un des ouvriers ; dès le premier ou le second coup de pioche, on vit sortir de terre un vase d’or, et en moins d’une demi-heure on recueillit les objets suivants : d’abord quatre grands gobelets d’or à deux anses ; la vignette qui est en tête de ce chapitre représente un de ces gobelets (fig. 528). Les quatre gobelets ont exactement la même forme et presque la même dimension. Tous représentent le ^inocç d’Homère, puisque
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA
ions ont deux anses. Ces anses sont fixées an bord et an corps dn gobelet par des dons d’or; elles se terminent tontes par des têtes de (diiens qui tiennent le bord dans lenr gueule et semblent boire dans
Fig. 529. — Anneaux d’or; fils d’or (ronds et quadrangidaires) en spirales; anneau d’argent. Tous ces objets sont au double de la grandeur réelle.
le gobelet. Ces gobelets n’ont pas d’antres ornements que les têtes de cbien, et la forme en est identiqne à celle de la figure 343; il n’y a qn’nne différence, c’est que le gobelet (fig. 343) est h une senle anse.
Avec ces quatre gobelets, il a été trouvé une grande conpe
CACHET MEriVEILEEUX.
tout unie ('pîsJXvî). Elle u’a qu’uiie anse, qui tient au bord et au corps du vase par quatre clous d’or à larges tetes plates ; — quatre spirales d’un gros fd d’or quadrangulaire et sept d’un gros fil d’or rond ; — cinq anneaux d’or sans ornements ; — un anneau de même forme en argent ; la figure 5"29 représente des modèles choisis parmi ces différents objets. Je rappelle au lecteur que l’on voit dans les peintures murales des tombeaux égyptiens des spirales semblables et des anneaux d’un gros fil d’or. On suppose que ces objets ont été employés soit comme présents, soit comme moyen d’échange.
Dans ce tombeau, il a été encore trouvé une bague à cachet de la
Fig. 530. — Bague à cachet, tirde du tuiubeau au sud do l’agora. Au double de la grandeur réelle.
même forme, mais deux fois plus grande que celles que j’ai découvertes dans le qucatrième tombeau. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la gravure qui représente au double de la grandeur réelle le sceau de cette bague, pour voir qu’il est entièrement couvert d'intailles (fig. 530). A la gauche du spectateur est représenté un arbre, dont le tronc ressemble certainement à celui du palmier ; il a quinze branches assez courtes, sur lesquelles on ne voit pas de feuilles, mais seulement de grosses grappes composées de petits fruits, et qui ressemblent à des pommes de pin. Sous l’arbre une figure Itnninine, de petite taille, se tient debout ; elle est légèrement penchée en arrière, et étend les deux mains juste au-dessous de la grappe la plus basse, comme si elle étaiten train de la cueillir. Mon honorable
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA
ami le professeur de botanique, M. T. Orphanidès (d’Athènes), dit que, de tous les arbres de la Grèce, celui auquel le nôtre ressemble le plus, c’est le pin ; mais que, comme la petite femme se dispose à cueillir un des fruits, il faut que ce fruit soit bon à manger; il en conclut que l’arbre représenté ici doit être l’arbre à pain, parce que de tous les fruits de l’Inde c’est l’arbre à pain qui ressemble le plus à celui que nous avons sous les yeux. Mais je ne me souviens pas d’avoir jamais vu d’arbre à pain dans l’Inde ;je n’en ai rencontré que dans l’Amérique centrale. Un autre de mes amis, l’honorable professeur de botanique, von Heldreicli (d’Athènes), suppose que l’artiste mycénien a voulu tout simplement représenter un pied de vigne chargé de ses grappes de raisin, et que c’est uniquement par gaucherie et par ignorance qu’il a représenté la vigne comme un gros arbre ; je partage son opinion.
Deux longues tresses de cheveux descendent de la tête de la petite femme et pendent derrière son dos ; son vêtement, au-dessous de la ceinture, est divisé par deux bandes horizontales en trois compartiments, probablement pour donner idée de sa richesse ; de ses bras descendent deux bandes qui sont peut-être destinées à représenter les manches.
De l’autre côté de l’arbre, le bras droit appuyé contre le tronc, est assise une femme de grande taille, qui a les nobles traits de la race grecque. Les yeux sont grands, le nez continue la ligne du front, comme on le voit dans les sculptures du Parthénon ; elle a la tête couverte d’un turban qui se termine en pointe ; de dessous ce turban une tresse de cheveux descend sur le dos de la femme ; audessus de la tresse, le turban porte deux ornements. Je signale à l’attention du lecteur le signe curieux qui se trouve au-dessus du front, et qui est sans doute destiné à représenter le diadème ; mais je n’ai trouvé de diadème de cette forme dans aucun des cinq tombeaux. La partie supérieure du vêtement est très-étroitement ajustée, ce qui n’empêche pas les deux mamelles de la femme d’être très-saillantes. La partie inférieure est ornée d’un grand nombre de bandes horizontales ; on dirait un large pantalon qui se termine en forme de croissant à la hauteur des chevilles. La main droite
CACHET MERVEILLEUX
repose sur la ceinture ; la main gauche, qui est levée à là hauteur du visage, tient trois pavots, que le personnage semble offrir à une femme de haute taille, richement vêtue; cette seconde femme est debout en face de la première, et elle étend la main droite vers les fleurs.
Cette grande femme a pour coiffure une espèce de turban, qui ressemble d’une manière frappante à ceux que l’on porte aujourd’hui dans l’Inde. Cependant il en diffère en quatre points : IMe turban représenté ici se termine à la partie postérieure par une pointe, d’où pend un long ornement qui descend le long du dos de la femme ; 2° à la partie antérieure du turban une sorte de masque qui fait saillie, et où l’on distingue clairement les trous des yeux et la forme du nez ; mais comme ce masque est levé, on aperçoit par dessous les yeux de la femme ; 3° du côté droit, par conséquent à la gauche du spectateur, pend une bande qui doit aussi être un ornement; 4"" il y a au-dessus du front un ornement étrange, qui doit être une espèce de diadème. Les traits de cette femme ont certainement quelque chose de masculin, et elle porte les cheveux courts ; mais l’artiste, pour ne laisser aucun doute sur son sexe, lui a donné deux mamelles très-développées et très-saillantes. Au-dessus des mamelles, il y a deux bandes horizontales qui sont probablement destinées à figurer des colliers ; n’oublions pas une longue bande qui pend de l’épaule droite. La partie inférieure du costume semble aussi représenter un pantalon d’une largeur énorme. A partir des cuisses jusqu’en bas, on voit le long de chacune des jambes du pantalon cinq larges bandes parallèles, en ligne courbe, qui n’ont peut-être pas d’autre objet que de représenter la richesse et la magnificence du costume. A mesure que les bandes se rapprochent du bas, la courbure de la ligne s’accentue, et la dernière présente exactement la forme d’un croissant. Audessous de l’extrémité inférieure du pantalon, on aperçoit le bas d’un caleçon qui est fixé par des fermoirs. On ne peut discerner la nature de l’ornemenLque porte cette femme, comme la précédente, au-dessus de la partie antérieure du turban.
Sous son bras droit, qui est étendu, il y a une autre petite
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA
figure féminine : c’est peut-être une enfant ; cette figure tient clans chacune de ses mains étendues un objet que je ne puis bien distinguer, et qu’elle semble offrira la femme assise. Cette enfant a sur la tête un turban ; on voit quelque chose qui peut être ou une longue tresse de cheveux ou quelque ornement, et qui lui pend dans le dos. Elle porte un collier, et son vêtement est divisé par des bandes horizontales parallèles en trois ou quatre compartiments. La physionomie de cette enfant est très-expressive.
Au-dessus de la main droite de la grande femme il y a deux doubles haches montées sur un seul manche. Elles ressemblent exactement à celles des médailles de Ténédos et à celles qui sont entre les cornes des vaches (fig. 329, 330) ; mais elles sont richement décorées. La seconde double hache, plus large que l’autre, se profde nettement des deux côtés de la première, derrière laquelle elle est placée. Le seul manche visible de ces deux haches se teimine en pointe et est travaillé avec art.
Derrière la grande femme qui est debout, une autre se tient debout également. Je ne décrirai pas son costume, puisqu’il ressemble de tout point à celui de sa compagne, y compris l’étrange ornement qui est au-dessus de la partie antérieure du turban et dont je ne puis reconnaître la nature. On distingue très-nettement son turban indien qui se termine en pointe, et d’où part un ornement en forme de bande qui lui descend derrière le dos. Le masque qui fait saillie à la partie antérieure du turban lui couvre la partie supérieure du visage et du nez; il a des trous pour les yeux, car l’œil gauche de la femme, qui est grand, regarde à travers le trou. J’insiste sur la présence de ces deux appendices au front des deux femmes, parce qu'elle nous prouve jusqu^à l’évidence que l’on ne réservait pas les masques pour les morts seulement, mais que les vivants en portaient aussi. Elle tient dans sa main droite, qui est levée, trois objets, dont la forme rappelle beaucoup celle de l’ornement qui est à la partie antérieure du turban de la femme assise. Elle a dans sa main gauche deux fleurs à longues tiges, que le professeur Orphanidês croit être deux lys. Deux bandes flottent de son épaule gauche, et une troisième part du coude gauche. Comme
CACHET MERVEILLEUX
Ui
la grande femme qui est devant elle, elle a les pieds nus, mais eüe porte lin caleçon ; on distingue nettement sur son pied droit l’ornement qui sert à attacher le bas du caleçon.
Au-dessus des objets étranges qu’elle tient dans sa main droite, on voit une curieuse figure en forme de gourde ; cette figure porte un long bâton qui est peut-être une lance ; la tête est vue de profil ; le reste du corps, qui est représenté de face, se compose de deux cercles, le premier représentant le torse et le second le reste du corps, de la ceinture jusqu’aux cuisses; cette figure est sans jambes et on ne lui voit qu’un bras ; deux longues bandes flottent par derrière, à partir du cou. Les deux cercles qui forment le corps ont des bordures et ressemblent tout à fait à deux boucliers. Néanmoins l’intention de l’artiste n’était pas d’en faire deux boucliers, puisque les mamelles sont indiquées par deux points, comme sur les cuirasses.
Cette figure si grossièrement représentée à côté des femmes où l’artiste a déployé toutes les ressources de son art, ne peut être autre chose, selon moi, qu’un palladium d’un type très-ancien et très-primitif. Gomme celui des idoles de Hèra, idoles à cornes ou à tête de vache, le respect religieux qui s’y attachait le maintenait en dehors des caprices de la mode ; il traversait les siècles sans subir la moindre altération.
Le bord du sceau, entre le palladium et les pieds de la seconde des deux grandes femmes est rempli par six objets d’une forme étrange, qui ont des têtes et des yeux et portent une espèce de casque; comme ces objets ressemblent beaucoup à des idoles troyennes^ nous sommes portés à croire que ce sont encore des palladia. Mais le professeur Rhousopoulos me fait observer que ces figures ressemblent beaucoup au ypdvo:; Kopt'jOiyr/.dy ou casque corinthien de Pallas Athènè, tel qu’il est représenté sur les monnaies corinthiennes du quatrième siècle avant Jésus-Christ, tel qu’on le voit encore sur trois bustes en bronze de la déesse, grands comme nature, dont l’un est au Musée Britannique, le