PORTE DES LIONS
il y a dans la maçonnerie du mur une niche triangulaire formée par les assises de pierres qui se recouvrent en encorbellement. Cette disposition architecturale avait pour objet de détourner du linteau plat la pression de la partie de la muraille qui est au-dessus.
Cette niche est remplie par une plaque triangulaire d’un beau basalte; elle a 10 pieds (3 mètres) de haut, 12 pieds (3"", 60) de long à la base, et 2 pieds (O"™, 60) d’épaisseur. Sur cette plaque sont représentés deux lions en relief, debout, en face l’un de l’autre, sur leurs jambes de derrière étendues dans toute leur longueur; ils appuient leurs pattes de devant sur les deux côtés de la table d’un autel. Du milieu de l’autel s’élève une colonne, dont le chapiteau se compose de quatre cercles séparés par des fdets horizontaux. On croit généralement, et c’est à tort, que si les têtes des lions ont disparu, c’est parce qu’elles ont été brisées; en y regardant de près, je remarque qu’elles n’étaient pas taillées dans la même pierre que le reste du corps ; elles avaient été exécutées à part, et ajustées sur le cou avec des chevilles. En effet, les cous étant coupés net et percés de trous, il ne peut rester aucun doute sur ce point. Comme l’espace est très-étroit, ces têtes devaient être très-petites; elles étaient probablement en saillie, faisant face au spectateur. Je suis porté à croire qu’elles étaient en bronze doré. Les queues des lions, au lieu d’être grosses et terminées par des touffes de poil , sont minces comme celles que l’on rencontre dans les plus anciennes sculptures égyptiennes.
On pense généralement que cette sculpture a un sens symbolique ; mais quel est ce sens ? On a fait sur ce point bien des conjectures. Les uns pensent que la colonne fait allusion au culte que les Perses rendaient au Soleil ; les autres y voient le symbole du feu sacré, un ou Sutel du feu, dont les lions sont
les gardiens ; d’autres conjecturent qu’elle représente Apollon Agyieus, c’est-à-dire Apollon « gardien de la porte ». Je partage cette dernière opinion, et je crois fermement que c’est là justement le symbole qu’invoquent, dans Sophocle, Oreste et Electre, quand
ils entrent dans la maison de leur père‘. En ce qui concerne les lions, l’explication est encore plus simple. Pélops, fds du roi phrygien Tantale^, quand il émigra à Mycènes, venait de la Phrygie, où l’on rendait un culte célèbre à la mère des dieux, Rhéa, dont l’animal sacré est le lion. Donc, selon toute probabilité, Pélops apporta avec lui le culte de la divinité protectrice de sa première patrie, et fit de son animal sacré le symbole des Pélopides. Eschyle
(a) Mur de l’acropole (coté de l’est). — {b) Façade de maçonnerie en saillie (côté de l’ouest).
(c) Entrée et loge du gardien. — (d) Porte intérieure.
compare Agamemnon lui-même à un lioiP; dans un autre endroit, il compare encore Agamemnon à im lion et Égistbe à un loup b Ainsi, au-dessus de la porte, les deux lions, qu’on les considère comme les animaux sacrés de Rhéa ou comme le symbole de la puissante dynastie des Pélopides, ont été unis au symbole d’Apollon Agyieus, gardien de la porte. A gauche des deux lions sculptés, il y a dans la muraille une grande fenêtre' quadrangulaire.
La grande porte est à angle droit avec le mur de la citadelle qui y est attenant; on y accède par un passage de 50 pieds (15 mètres)