CITATIONS DE PAÜSANIAS SUD LES TOMBES ROYALES
nestre en dehors de son enceinte. Mais ce qui prouve bien que telle n’était pas son intention et qu’il avait seulement en vue les murs de la citadelle, c’est qu’il dit que la porte des Lions est pratiquée dans ce mur. Il est vrai qu’il parle plus loin des ruines de Mycènes, parmi lesquelles il vit la fontaine Perséia et les trésors d’Atrée et de ses fils, ce qui ne peut s’appliquer qu’au grand trésor décrit ci-dessiis, lequel se trouve en effet dans la basse ville et peut-être à quelques-uns des petits trésors du faubourg. Mais, quand il dit ensuite que les tombeaux d’Égisthe et de Clytemuestre sont à une petite distance eu dehors du mur, parce que ces personnages étaient jugés indignes d’être ensevelis dans son enceinte, où reposaient Agamemuou et ses compagnons, il n’est pas douteux qu’il n’ait en uniquement en vue que les énormes murs cyclopéens de la citadelle. D’ailleurs Pausaniasnepouvaitparler que des murs qu’il avait vus et non de ceux qu’il n’avait pas vus. Il vit les énormes murailles de la citadelle, parce qu’elles subsistaient de sou temps dans le même état où nous les voyous aujourd’hui; mais il ne put voir le mur de la basse ville, parce que ce mur, qui avait toujours été de peu d’épaisseur, avait été démoli six cent trente-huit ans auparavant. Pausauias n’était pas un archéologue curieux de rechercher les traces de ce mur et encore moins de faire des fouilles pour les retrouver.
Du temps de Pausauias, l’emplacement de Mycènes présentait juste la même solitude, la même nudité et la même âpreté d’aspect, les mêmes pâturages entremêlés de pentes douces et de rochers abrupts qu’il présente aujourd’hui. Il est impossible qu’il s’y soit produit le moindre changement, et les restes de la basse ville devaient être alors aussi iusiguitlauts qu’ils le soûl aujourd’hui. Cette iusigiiifiauce est telle, que les voyageurs semblent ii’avoir remarqué que les traces du mur construit sur la colline; personne, avant moi, ne paraît avoir recoiiuu les traces du mur situé à l’opposite, qui court le long du bord de la ravine du torrent.
Pour toutes ces raisons, j’ai toujours interprété le passage de Pausnuias eu ce sens que les cinq tombes étaient dans l’acropole. J’ai démontré ce point dans mou ouvrage intitulé Jfl/afjuu, lu Pvio-
ponnèse et Troie (p.97), que j’ai publié au commencement de 1869. En février 1874 donc, j’y creusai trente-quatre puits en différents endroits, afin de sonder le terrain et de découvrir l’endroit où je devais fouiller. Les six puits que je pratiquai sur la première terrasse ouest et sud-ouest donnèrent des résultats très-encourageants, surtout les deux que je perçai à 100 yards (88 mètres) au sud de la porte des Lions. Non-seulement j’atteignis deux murs de maisons de construction cyclopéenne, mais encore je découvris une dalle sans sculptures qui ressemblait à une stèle funéraire, et quantité d’idoles féminines et de petites vaches en terre cuite. Je résolus donc de faire immédiatement des fouilles considérables en cet endroit; mais j’en fus empêché par diverses circonstances qu’il est inutile d’expliquer ici ; ce n’est que récemment qu’il m’a été possible d’exécuter mon plan.
Je commençai ce grand travaille 7 août 1876, avec soixantetrois travailleurs que je partageai en trois escouades. Je mis douze hommes à la porte des Lions pour ouvrir le passage qui mène dans l’acropole; quarante-trois autres eurent à creuser, à une distance de 40 pieds (12 mètres) de la porte, une tranchée de 113 pieds (33“*, 90) de long sur autant de large ; les huit qui restaient reçurent l’ordre de creuser une tranchée au sud du trésor de la basse ville, près de la porte des Lions, pour en chercher l’entrée. Mais le sol en cet endroit était dur comme de la pierre et si encombré d’énormes blocs, qu’il me fallut deux semaines pour arriver seulement à la partie supérieure de l’espace ouvert, de forme triangulaire, qui est au-dessus de la porte : je pus dès lors calculer que le seuil de la porte du trésor serait à 33 pieds (10 mètres) plus bas.
J’eus aussi beaucoup de peine à la porte des Lions, parce que le passage était obstrué d’énormes blocs, qui semblent avoir été lancés du haut des murs voisins sur les assaillants, quand la citadelle fut prise par les Argiens en 468 avant Jésus-Christ. L’encombrement de l’entrée doit dater de cette époque, car les décombres sous lesquels les blocs sont enfouis n’ont pas été formés par une série d’habitations successives; ce sont évidemment les pluies qui les ont apportés graduellement du haut des terrasses supérieures.
RÉOCCUPATION DE MYGÈNES.
IniiDédiatement à gauche de rentrée, je découvris une petite chambre qui avait servi certainement d’habitation à l’ancien gardien de la porte ; le plafond est formé d’une grande dalle. La pièce n’a que 4 pieds | (1“,35) de haut; elle ne serait guère du goût de nos portiers d’aujourd’hui. Mais, dans les
Fin. 25. — Vase de (erre cuite (à 3 met.). Aux trois-quarts environ do la grandeur réelle.
temps héroïques, le comfort était inconnu, particulièrement des esclaves, et partant l’on n’en sentait pas la privation.
Aucun écrivain ancien ne mentionne ce fait que Mycènes fut de nouveau habitée apiûs qu’elle eût été juase par les Argiens et que les habitants en eurent été chassés. Au contraire, Diodore de Sicile, qui vécut du temps de Jules César et d’Auguste, après avoir décrit le sort tragique de Mycènes, ajoute : « Cette ville, qui, dans l’antiquité, possédait à la fois puissance et richesse, qui avait produit de si grands hommes et accompli des exploits si importants.
fut alors détruite et demeura inhabitée jusqu’à nos jours h )) Que Mycènes ait été inhabitée du temps de Strabon (c’est-à-dire sous Auguste), nous devons le conclure de la remarque suivante : (( De sorte qu’aujourd’bui il est impossible de trouver même un vestige de la cité des Mgcéniens . )> Pour sûr, elle était également
Fiü.20. — Cniclio (11) Ir'iTC riiil(\ Font! janno, lignes noires (à 3 nièt.). Aux sopl-ncovièmi^s de la grandeur réelle.
inhabitée du temps de Pausanias (170 apr. J. -G.), qui en décrit les ruines b
Mais j’ai mis en lumière des faits qui prouvent très-positivement que Mycènes avait été habitée de nouveau, et que la nouvelle ville
1. XI, Gô ; Ka\ (5ié[J.£iv£V (xocxTjToç [xé'/pi twv y.aO’ rjiJ-àç '/povcov.
2. Slrabon, VIII, p. 372: "üaTs vOv [xr,o’ i/yoç, £jpta’X£'TÔat Tr,ç M'jxrp/aûov tcoXecoç.
3. II lions* paraît vraiment falmlcux qn’nn géographe comme Strabon, qui était à Corinthe, c’est-à-dire à 5 lienes seulement de Mycènes, qu’nn géograplic dont tons les efforts tendaient à faire des investigations profondes sur la géograpliie homérique, n’ait jamais enteiuln parler des mines gigantesques de Mycènes, et qn’il ait crn sur onï-dire que cette ville avait disparu sans laisser de traces. Le fait nous paraît d’antant pins surprenant que dans l’anlif.|nité le passé glorieux de Mycènes excitait nn enthousiasme universel.