‹ MycènesChapitre 98 sur 254 · FOUILIÆS AUX ENVIRONS DE L’AGORA · texte numérisé non relu

FOUILIÆS AUX ENVIRONS DE L’AGORA

riques, des fragments d'enduits de muraille, en chaux, avec une ornementation archaïque, composée de spirales bleues, vertes ou jaunes. Gomme on ne trouve pas la moindre trace de chaux dans les maisons cyclopéennes , je ne puis faire remonter ces enduits à une antiquité bien reculée; ils proviennent peut-être des maisons en bois du siècle qui précéda la prise de Mycènes par les Argiens.

Au sud de la double rangée circulaire de dalles, j’ai trouvé, en fouillant, une vaste maison cyclopéenne. Cette maison, du moins ce qu’on en a déblayé jusqu’ici, contient sept chambres formées par l’intersection de quatre corridors, dont chacun a 4 pieds de large (voy. les plans B et G). Par endroits, les murs conservent encore quelques vestiges de leur enduit d’argile; mais on n’y voit pas trace de peintures. Les murs ont de 2 à 4 pieds | (0'“,60 k i"g35) d’épaisseur; du reste, il arrive que le même mur se trouve, en certains endroits, dépasser de 6 ou 8 pouces ou 0'“,20) son épaisseur ordinaire. La plus grande chambre a 18 pieds \ (5'“,55) de long sur 13 pieds I (4'”,05) de large; son coté sud est taillé dans le roc vif, oii elle pénètre k une profondeur de 16 pouces (0"*,40).

Au-dessous de cette chambre et de la chambre voisine, il y a une profonde citerne creusée dans le roc. Une conduite d’eau cyclopéenne y débouche, venant du haut de la colline; elle amenait probablement dans la citerne l’eau de la fontaine Perséia, qui est située k un demi-mille k l’est de l’acropole, et jouit, dans la plaine d’x\rgos, d’une réputation bien méritée pour la pureté et la salubrité de ses eaux. Pausanias (II, xvi) dit qu’il vit cette source dans rintérieur des ruines de Mycènes ; mais la ville ne s’étendit jamais aussi loin k l’est. Je suppose donc que ce que Pausanias vit de l’eau de la source Perséia n’était que la décharge d’un conduit artificiel qui amenait l’eau de la source naturelle. Gette explication aurait pour elle le sens du mot y.f/rivr\, que Pausanias emploie continuellement en opposition avec le mot qui signifie source naturelle.

La maison cyclopéenne n’a pas de fenêtres; de même, deux seulement des salles intérieures ou chambres ont une entrée ou

PALAIS LOYAL PRÉSUMÉ

une porte. Mais , à supposer meme que tous les murs latéraux eussent été des vitrages, les chambres néanmoins eussent été très^ obscures, car l’édifice est situé dans le creux profond qui est devant le côté ouest de la muraille d’enceinte, dont il n’est séparé que par un corridor de 4 pieds (l‘",20) de large; cette muraille aurait nécessairement caché aux habitants de la maison la vue de la ville basse, de la plaine et de la mer. C’est ici l’endroit le plus imposant de toute l’acropole, il avoisine l’agora; il devait nécessairement servir d’emplacement à la maison de la famille la plus distinguée de Mycènes, .et il est impossible d’admettre que cette famille se soit contentée d’un sombre cachot. Nous n’hésitons donc pas à déclarer que cet édifice cyclopéen s’élevait jadis jusqu’au niveau de la muraille d’enceinte, el qu’il n’était que la substruction d’une grande maison de bois maintes fois renouvelée; en effet, en présence des masses énormes de cendres de bois, dont toutes les chambres de l’édifice cyclopéen sont remplies, on ne peut douter un instant qu’il n’en ait été ainsi, ni admettre aucune autre hypothèse. Aussi j’oserai soutenir, à cette occasion, que toutes les maisons cyclopéennes, bâties de pierres non taillées jointes sans ciment et sans mortier, que j’ai découvertes à Tirynthe et à Mycènes, n’ont pu également servir que comme substruction s pour des maisons en bois ou en briques crues. J’hésite d’autant moins que, dans une maçonnerie cyclopéenne de cette espèce, on ne pouvait pratiquer que des portes et des fenêtres très-petites et très-étroites. Mais les objets, produits de l’industrie humaine, que j’ai découverts ici, ne nous permettent pas de supposer logiquement qu’un peuple, arrivé à un pareil degré de civilisation, ait pu se contenter de ces cages obscures comme maisons d’habitation.

Le professeur Paley, s’appuyant sur le passage d’Euripide, déjà si souvent cité {Electre^ 710), regarde comme parfaitement démontré que cette maison devait être le palais royal, parce que le peuple de Mycènes est appelé à Vagora^poiu' voir le mcvveiUcKx agneau à la toison (V or. Mais cet agneau (qui était un présage et un symbole de la monarchie) avait été apporté au palais par Aérojiè, femme d’Atrée. C’est là que Thyeste dit alors au peuple qu'il V avait ifans

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sa demeure ; il en faut conclure que le palais était

tout près de l’agora.

Cette théorie est aussi acceptée par le savant français M. George Cogordan, qui a visité Mycènes et qui dit à ce sujet ‘ :

(( L’idée de Schliemann, que cette demeure ne pouvait avoir appartenu à un simple particulier, mais qu’elle devait avoir été la résidence des anciens dynastes pélopides, le propre palais d’Agamemnon, est une hypothèse, mais pas trop invraisem^ blable. Si le palais du roi doit être quelque part, c’est bien dans cette partie de l’acropole, dominant toute la plaine et à proximité de l’agora. On ne peut nier, en outre', que la situation ne cadre au juste avec certaines scènes des tragédies consacrées par Sophocle et Euripide aux forfaits de la maison de Pélops. C’est là qu’il faut lire V Electre de Sophocle, un des plus admirables chefs-d’œuvre de la muse grecque. Il semble que le poète ait visité lui-même les lieux, tant il les décrit exactement. La scène se passe sur l’agora, (c Tu vois d’ici l’antique Argos, dit le péda- » gogue au jeune Oreste ; ici le bois sacré de la fdle d’Inakhos,har- )) celée par les taons ; plus loin la place consacrée à Apollon Lycien,

)) destructeur des loups; à gauche s’élève le temple de Junon. La » ville où nous sommes, c’estMycènes, abondanteen or, et ce palais » est le séjour sanglant des Pélopides. ))De l’agora mycénienne, on voit en effet Argos en face de soi : dans la plaine coule l’Inakhos, où se trouvait le bois sacré d’Io, la fdle du fleuve, changée en génisse et aimée de Jupiter métamorphosé en taureau, » — et c’est bien à gauche que l’on aperçoit les ruines du temple de Junon, l’Hèræon célèbre de la plaine argienne. De jeunes Mycéniennes qui forment le chœur emplissent l’agora, où la vaillante Electre rencontre son frère Oreste, envoyé par les dieux pour venger sur sa mère le meurtre d’Agamemnon. Ils ne se reconnaissent pas de prime abord; pour mieux trompen les soupçons, Oreste feint d’apporter la nouvelle de sa propre mort. Tout le monde est rempli de joie dans le palais, pendant qu’Électre exhale, en des

1. Article Myvenes et ses trésors dans la Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1878.

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