C'est-à-dire anno 1707 (n. de Sh
117, La foire de Saint-Barthélémy, 24 août, se tenait à Smiihfield, non loin de l'hôpital de St-Barthélémy; elle durait primitivement trois jours; puis se prolongea chaque année jusqu’à
leurs agitations involontaires sont admirablement bier rendues par les mouvements des fils d’archal et les sons des pipeaux. Car le corps des prophètes, au moment ott ils prophétisent, n’est plus.en leur pouvoir, mais (comme ils le disent eux-mêmes) 148, c’est un simple instrument passif, soumis à une force étrangère, dont les sons de voix et les mouvements n’ont rien de naturel et ne ressemblent en rien à ceux de la vie normale;
aussi, quelque maladroite que soit l’imitation des autres gestes par les marionnettes, cette passion doit
nécessairement être rendue sur le vif 1%. Tant que la foire de St-Barthélémy conservera ce privilège, j'ose garantir à notre Eglise nationale, qu'aucune secte d’enthousiastes, qu'aucun nouveau marchand de prophéties ou de miracles ne la bouleversera ni ne lui donnera la peine de mesurer ses forces contre eux, en aucun cas 120,
durer quinze jours. En 1708, on essaya vainement d’en abréger la durée. La Lettre sur l’enthousiasme est donc écrite au début dé septembre — On n’a aucune indication sur la pièce à laquelle Sh. fait allusion; il est très vraisemblable que les bateleurs aient exploité les extases des Cévenols pour en tirer quelque pièce drôlatique; c’est un sujet d’actualité, dont tout Londres se préoccupe; et il y a des précédents; les nasillements et les tremblements des quakers ont été le sujet de pièces analogues. D’autre part la Bodléienne possède un curieux prospectus, où se trouvent parodiés les prophètes cévenols au pilori, dont W. M. Hatch cite des extraits, 33, n. I
« O vous! Anglais incrédules, pourquoi refuser de croire que
la lune est faite de fromage persillé ? pourquoi refuser de croire à la folie d’une prédication conforme à l’'Ecriture ? etc. ».
118. Elie Marion, Avert, proph., déclaration, VIII. « Je sens que cet esprit forme, dans ma bouche les paroles qu’il veut me faire prononcer, lesquelles sont, presque toujours, accompagnées de quelques agitations ou mouvements extraordinaires ou du moins d’une grande contrainte... C’est à lui que j’abandonne entièrement dans mes extases le gouverne-
There, doubtless, their strange voices and involuntary agitations are admirably well acted, by the motion of wires and inspiration of pipes. For the bodies of the prophets, in their state of ‘prophecy, being not in their own power, but (as they say themselves 14%) mere passive organs, actuated by an exterior force, have nothing natural, or resembling real life, in any of their sounds or motions; so that how awkwardly soever a puppet show may imitate other actions, it must needs represent this passion to the life ?. And whilst Bart’lemy Fair is in possession of this privilege, I dare stand security to our National Church that no sect of enthusiasts, no new venders of prophecy or miracles, shall ever get the start, or put her to the trouble of trying her strength with them, in any case !,
ment de ma langue ». — Misson, Théâtre sacré des Cévennes, IV, « Qu’on les nomme comme on voudra, ce sont des instruments admirables et redoutables en la main de Dieu, par le moyen desquels sa Sagesse adorable et sa Toute-Puissance ont fait des choses grandes ».
119. Mél. II, 1, 180 « Le mouvement, quand il n’est pas guidé, qu’il est laissé complètement à lui-même est, de sa nature, tumultueux et incendiaire. I] disjoint la structure naturelle et abaisse le ton et la tension ordinaires de l’esprit. Dans cet état, les rênes sont lachées à toute passion qui naît; l’esprit, pour autant qu’il est capable d’agir dans cet état, approuve le vacarme et justifie les sauvages effets par la prétendue sainteté de la cause. Tout rêve, toute frénésie devient inspiration; toute affection, zèle. Et dans cette persuasion les zélotes ne se gouvernent pas plus longtemps et s’en vont à la dérive sur la vaste mer de la passion ». La représentation de ces désordres ne peut être confiée qu’à un art bouffon, aux ryparographes, intr. § 42.
120. Leibnitz, 16 « Il est vrai que la raillerie est très propre a détourner les hommes du vice avant qu’ils y tombent ou du moins avant qu’ils y soient confirmés; mais quand ils sont
Ce fut un bonheur pour nous que, lors du triomphe du papisme, on utilisa Smithfield 1 de manière plus tragique. Beaucoup de nos premiers réformateurs, c’est à craindre, ne valaient guère mieux que les enthosiastes #22; et Dieu sait si ce ne fut pas une ardeur de ce genre qui nous aida puissamment à rejeter cette tyrannie spirituelle. En sorte que, si les prêtres n’avaient pas, à leur habitude *#, préféré le goût du sang à toute autre passion, peut-être auraient-ils réussi, à l’aide de pratiques plus plaisantes, à dissiper la plus grande partie de la force de l'esprit réformateur. Je n’ai jamais oui dire que les anciens païens aient été assez avisés, dans leur malin projet de supprimer la religion chrétienne dès ses débuts, pour utiliser ce procédé de Ia foire de St-Barthélémy. Mais, Pen suis convaincu, s’il y avait une manière de triompher de la vérité de l'Evangile, ils auraient bien mieux réussi à la réduire
venus à un certain point, la raillerie les effarouche autant et plus que les injures; les fanatiques la prennent pour une espèce de martyre et se croient honorés en souffrant pour la vérité. C’est ce qu’ils ont fait à Londres quand ils ont été piloriés >. Facio Duillier en effet à peine libre partit convertir le monde entier et s’embarqua pour l'Orient pour y commencer son apostolat.
121. Smithfield servit longtemps de lieu de tournois et d’exécutions. Sous Marie Tudor, surtout de 1554 à 1556, de nombreuses exécutions y eurent lieu : c’est l’époque des martyrs protestants; la persécution ne fit qu’exaspérer les persécutés; elle fit même de Cranmer, archevêque de Canterbury primat d’Angieterre méprisé de tous pour ses bassesses antérieures, un héros admiré de tous pour le courage avec lequel il alla à la mort, Green, Hist. du peuple anglais, trad. Monod I, 410 sqq.
122. Bolingbroke utilise cette idée à l’égard des premiers chrétiens « Les premiers pas vers l’établissement de la théologie artificielle qui depuis lors a passé pour le christianisme, se firent dans l’enthousiasme. Ce n'étaient pas seulement les hérétiques qui s’amusaient d’allégories sauvages et du pom-
Happy it was for us, that when popery had got possession, Smithfield 1 was used in a more tragical way. Many of our first reformers, ’tis feared, were little better than enthusiasts 122; and God knows whether a warmth of this kind did not considerably help us in throwing off that spiritual tyranny. So that had not the priests, as is usual’, preferred the love of blood to all other passions, they might in a merrier way, perhaps, have evaded the greatest force of our reforming spirit. I never heard that the ancient heathens were so well advised in their ill purpose of suppressing the Christian religion in its first rise, as to make use at any time, of this Bartlemy Fair method. But this I am persuaded of, that had the truth of the Gospel been any way surmountable, they would have bid much
peux jargon du mystére; c’étaient les Pères orthodoxes des premiers temps; c’étaient les disciples des apôtres et les élèves de leurs disciples : j’en appelle au témoignage des épitres et autres écrits des hommes qui vivaient alors, à celui de Clément, à celui d’ignace ou d’irénée par exemple et aux visions d’Hermés si semblables aux productions de Bunyan ». Lett a Pope, préf. III, 59.
123. L’hostilité de Sh. contre les prêtres se manifeste ici avec force; cette conception du prétre, ambitieux et cupide, est celle du parti whig de cette époque, autant que celle des dissidents en matiére religieuse. Les déistes reprendront cette conception, que les orthodoxes eux-mêmes ont parfois contribué à répandre. On la retrouve encore chez Hume, Ess. mor. 21° ess. 245, n. 3 où se trouve l’analyse du caractère Sacerdotal et qui se termine par cette phrase : « Les ecclésiastiques en qui l’on remarque les autres belles vertus, humanité, douceur, modération, — et il y en a réellement un très grand nombre —, ne doivent assurément pas ces vertus à l'esprit de leur profession, mais uniquement à leur heureux naturel et à de sages réflexions ». 247 a.
au silence 124, s’ils avaient bien voulu porter à la scène les fondateurs de notre église de manière plus plaisante que par le procédé des peaux d’ours et des tonneaux de poix #.
Les Juifs étaient de leur naturel un peuple très sombre et ils enduraient peu la raillerie en quoi que ce soit, mais encore moins à l'égard des doctrines et croyances religieuses. Ils considéraient la religion d’un regard chagrin et la pendaison était le seul remède qu'ils pouvaient prescrire à tout ce qui ressemblait à l'établissement d’une nouvelle révélation. Leur argument souverain était : Crucifie, crucifie °°. Mais quels qu’aient été leur malignité et leur acharnement contre notre Sauveur, puis contre ses apôtres, s’il leur avait pris fantaisie de jouer, pour les railler, des pieces de
124. Voltaire. Dict. phil., Christ. « Je soutiens que le christianisme dut plus réussir par sa mort que s’il n’avait pas éié persécuté. On s’étonne que ses disciples aient fait de nouveaux disciples; je m’étonnerais bien davantage s’ils n’avaient pas attiré beaucoup de monde dans leur parti. Soixante et dix personnes convaincues de l’innocence de léur chef, de la pureté de ses mœurs et de la barbarie de ses juges, doivent soulever bien des cœurs sensibles ». Leland, 93 : « Mais il (Sh) ne semble pas avoir considéré que le grand auteur et les premiers prédicateurs de la religion chrétienne furent ridiculisés et raillés, au méme moment qu’on leur infligeait les plus grandes souffrances et tortures; ils ont subi Vépreuve des railleries cruelles autant que cella des liens et de la prison. Il est manifeste d’après les fragments qui nous restent des œuvres de Celse comme d’après le témoignage de Caecilius dans Minucius Felix, que les paiens n’épargnérent aucun sarcasme, aucune raillerie, capable à leur avis de révéler l’erreur du christianisme ».
125. Ceite fin de paragraphe, habilement amenée, préparée par les conclusions des deux paragraphes précédents, est caractéristique de la manière dont Sh. lance ses attaques; cf. Tabaraud, Phil. angl. X, 173, « Ses plaisanteries font rire ei amusent, quelquefois malheureusement aux dépens des objets
L’ENTHOUSIASME 231 . fairer for the silencing it 1*4, if they had chosen to bring our primitive founders upon the stage in a pleasanter way than that of bear-skins and pitch-barrels 1%,
The Jews were naturally a very cloudy people, and would endure little raillery in’ anything, much less in what belonged to any religious doctrines or opinions. Religion was looked upon with a sullen eye; and hanging was the only remedy they could prescribe for anything which looked like setting up a new revelation, The sovereign argument was Crucify, Crucify Ff. But with all their malice and inveteracy to our Saviour, and his apostles after him, had they but taken the fancy to act such puppet-shows in his contempt.
les plus sacrés; mais elles n’ont pas ce ton de grossiéreté, d’indécence et de cynisme qu’on trouve dans d’autres productions plus récentes. Il est vrai que cette arme n’en fut que plus dangereuse entre les mains d’un homme qui sut la déguiser par un tour de finesse, par un ton de raillerie ménagée avec beaucoup d’art, par des épigrammes qui, sous sa plume: légère, ne paraissent souvent que des jeux d’esprit en quelque sorte innocents et qui n’en vont pas moins jusqu'au cœur >.
126. Notre auteur ayant été critiqué pour ce passage et quelques autres qui suivent sur les Juifs, on renvoie le lecteur aux notes et citations, vol. III, p. 39, 40 sqq. et 81,82, etc. Voir aussi plus loin p. 191, 192 (n. de Sh). — Il est certain que Sh. ne manifeste guére de sympathie pour les Juifs, « ce peuple qui, entre toute l’espèce humaine, fut le plus grossièrement égoïste, sinueux et pervers », Sol. III, 1, 184. Dans Plastics, R. II, 120, il considère les Juifs comme l’espèce la plus dépourvue de grâce et de beauté; pas de formes; nulle grâce des épaules ou de la poitrine; nulle démarche, nulle majesté; c’est par nature un peuple laid et galeux, à la chevelure longue et plate, au visage pleurnicheur; une contenance hypocrite; au mieux, mélancolique; ce sont des insensés et des enthousiastes de la plus basse espèce; bien inférieurs aux badchants, pourtant peu estimables — Sh. justifie son opinion dans les trois passa-
marionnettes, comme les papistes en jouent aujourd’hui en son honneur, je suis porté à croire qu’ils auraient fait à notre religion plus de tort qu'avec toutes leurs autres mesures de cruauté 7.
Je crois que notre grand et savant Apôtre fut moirs servi 8 par le traitement courtois de ses antagonistes athéniens que de l'esprit revêche et hargneux des communautés juives les plus animées de l’esprit de persécution. Il fut moins servi par la droiture et la civilité de ses juges romains que par le zèle de la synagogue et par la violence des prétres de sa nation. Toutefois quand j’examine cet apôtre au moment où il parait soit devant les Athéniens railleurs ?2°, soit devant un
ges qu’il indique. Le premier, Mélanges II, 1, rappelle les relations entre Juifs et Egyptiens la nation superstitieuse par excellence; Abraham vécut à la cour d’Egypte; il en rapporta la pratique de la circoncision et la connaissance de l’astrologie judiciaire. Plus tard, lors de la fuite, malgré de nombreux miracles, malgré la présence indiscutable de Dieu, les Hébreux eurent beaucoup de peines à se débarrasser de la religion, des. mœurs et des lois des Egyptiens : « Combien la Providence divine put montrer d’indulgence pour l’obstination et la stupidité de ce peuple, en lui donnant des lois qu’au dire du Prophéte, il n’approuvait pas lui-même, je n’ai pas la prétention de Vexaminer », 191. Le deuxième, Mél, II, 3, 227. défend le passage de la Lettre : « Que certainement iis aient eu, en religion comme en tout, moins de bonne humeur qu’aucun peuple du monde, c’est manifeste. Autrement leur législateur et libérateur sacré, qui est appelé l’homme le plus doux sur terre et qui, durant de nombreuses années, tenta, par les mesures les plus populaires et les plus bienveillantes, de gagner leur amour et leur affection, les aurait probablement traités par la suite avec plus de douceur et il aurait pu, avec moins de sang et de massacres, les retenir dans leur devoir religieux >» — Le 3°, Sol, HI, 1, 184 « On doit avouer que même à cette époque où une Lumière plus grande et plus pure se révéla dans la nation élue, leur hébétude naturelle apparut encore par les grandes peines qu’ils eurent à juger par eux-mêmes, et à
as at this hour the papists are acting in his honour, I am apt to think they might possibly have done our religion more harm aes by all their other ways of severity 127,
I believe our great and learned Apostle found less. advantage #8 from the easy treatment of his Athenian antagonists, than from the surly and curst spirit of the most persecuting Jewish cities. He made less improvement of the candour and civility of his Roman judges, than of the zeal of the synagogue and vehemence of his national priests. Though when I consider this apostle as appearing either before the witty Athe- -nians 2°, or before a Roman court of judicature *°,
apprendre leur intérét véritable, aprés cette longue tutelle et instruction d’en haut. La simplicité de ce peuple dut certainement étre trés grande, puisque la meilleure doctrine ne pul s’établir sans un repas et que les meilleurs disciples avaient Vesprit si préoccupé de leur pain qu’ils furent capables d’interpréter chaque parole divine d’aprés le langage du ventre et qu’ils ne pensérent pas posséder d’autre élément constitutif que ce récipient inférieur ».
127. J. Brown. Ess. 80, estime que le christianisme a subi l'épreuve du ridicule, « Son divin créateur fut raillé non moins que crucifié; ceux qui par la suite souffrirent pour lz foi, endurérent de cruelles railleries non moins que des flagellations, les fers et la prison; plus d’un brave martyr adressa ses prières au ciel pour se voir délivré par la mort du mépris de ses ennemis; et pour trouver un refuge au milieu des fagots et des barils de poix, après avoir servi d’appât sous une peau d'ours », cf. n. 124, la réponse de Leland aux remarques de Sh.
128. Quel avantage il recueillit de ses souffrances, de quel ton pathétique il rappelle ses liens et ses plaies, comment il s’en sert pour rehausser sa valeur et servir les intérêts du christianisme, quiconque lit ses Epitres et connaît parfaitement sa manière et son style, peut aisément le remarquer (n. d. Sh.).
129. Actes, XVII, 22-31 : « Athéniens, je remarque qu’en toutes choses vous êtes, pour ainsi dire, dévots jusqu’à l’excès;
tribunal romain 1%, en présence d'hommes et de femmes distinguées, que je vois avec quelle élégance il s'adapte aux manières de penser et au caractère de ces personnes cultivées, je ne découvre pas qu’il rejette la méthode de la plaisanterie ou de la bonne humeur. mais sans douter de sa cause, il la soumet volontiers et courageusement à cette épreuve et il lessaie au mordant de toute plaisanterie qu’on peut lui lancer t#.
Mais si les Juifs ne se complurent jamais à essayer de cette manière leur esprit ou leur malice contre notre Sauveur et ses Apôtres, les païens irréligieux l'avaient depuis longtemps essayé contre les meilleures doctrines et les meilleurs hommes qui se révélèrent parmi eux 82, Et en définitive il n’en résultait aucun inconvénient, mais au contraire le plus haut avantage, pour ces hommes et ces doctrines qui, à l’épreuve, se révélaient fermes et justes 1%. L’homme le plus divin qui fut jamais dans le monde païen, fut, au plus fort d’une
car en passant, et en regardant vos divinités, j’ai trouvé même un autel sur lequel il y a cette inscription : Au Dieu inconnu. Celui donc que vous honorez sans le connaître, c’est celui que je vous annonce... , Cf. ib, 32 « Et quand ils entendirent parler de la résurrection des morts, les uns s’en moquèrent et les autres dirent : Nous t’entendrons une autre fois sur ce sujet ».
130. Actes, XXVI, ot Paul se justifie par devant Hérode Agrippa II et Bérénice. Noter l’opposition entre les réponses du gouverneur Festus et du roi Agrippa « Festus dit à haute voix : Tu as perdu le sens, Paul; ton grand savoir te met hors ‘du sens... Et Agrippa répondit à Paul : Il s’en faut de peu que tu ne me persuades d’être chrétien », vers 24 et 28.
131. C’est sans doute tout ce récit, et peut-être en particulier ces dernières lignes qui suscitèrent la réflexion de la princesse Sophie, rapportée par Coste à Sh, lett. à sir J. Cropley, 22 nov. 1712 — « Elle la (la Lettre) loua publiquement comme une excellente pièce où elle ne trouvait rien à reprendre, excepté une petite réflexion sur les premiers prédicateurs de l'Evangile qui lui paraissait un peu gaillarde, quoiqu’innocente
in the presence of their great men and ladies, and see how handsomely he accommodates himself to the apprehensions and temper of those politer people, I. do not find that he declines the way of wit or good humour; but, without suspicion of his cause, is willing generously to commit it to this proof, and try it against the sharpness of any ridicule which might be offered 151, !
But though the Jews were never pleased to try their wit or malice this way against our Saviour or his apostles, the irreligious part of the heathens had tried it long before against the best doctrines and best characters of men which had ever arisen among them 1°2. Nor did this prove in the end any injury, but on the contrary, the highest advantage to those very characters and doctrines, which, having stood the proof, were found so solid and just 183, The divinest man who had ever appeared in the heathen world was in the height
dans le fond ». R. I, 525. L’Electrice Sophie de Hanovre et sa fille Sophie-Charlotte eurent en grande estime Sh. et Vinviterent à la cour de Hanovre, lett. à sir Rowland Gwinn à Hanovre, 19 av. 1704, R. I. 322.
132. La critique doit s’appliquer à tout, même aux œuvres d’inspiration divine, même à celles de facture divine « Mais la divinité, la muse inspiratrice, dans sa révélation, a du soumettre son esprit et son sentiment aux règles matérielles et aux conventions de la composition humaine; elle doit par suite et nécessairement se soumettre à la censure des hommes et au jugement du monde lettré ». De même pour les tableaux « peints angéliquement et divinement par une main surnaturelle et un pinceau sacré... Cest une pure contradiction opposée à toute vérité divine ‘et morale qu’une main céleste, se soumettant aux règles d’un àrt humain, puisse pêcher contre l’art lui-méme et exprimer la fausseté et l’erreur au lieu de la justesse et la proportion », Mél, V, 1, 297-298.
133. Cf. le portrait de l’enthousiaste discret Théoclès, Rhaps. I, 3. 25. Il n’a rien du bigot, supporte avec complaisance la critique et accepte que l’on traite ses doctrines de visions.
236 LEITRE SUR
époque railleuse et par le plus railleur des poètes, ridiculisé de la manière la plus odieuse en une comédic tout entière écrite et jouée à dessein 1%. Mais la pièce. loin de lui ôter tout crédit, ou de détruire sa philosophie, les renforça 1%; et apparemment il en devint plus encore l’objet de la jalousie des autres maîtres. Il ne se contenta pas de se laisser railler de la sorte; mais pour seconder le poète autant qu’il le pouvait, il se présenta ouvertement au théâtre pour que l’on put comparer le personnage réel (et il n’était guère avantageux) avec l’image qu’en avait donné sur la scène le poète railleur. Telle était sa bonne humeur ! #6 Il ne
134. Ce passage de la Lettre est peut-être à l’origine d’une comparaison habituelle au dix-huitième siècle entre Jésus et Socrate, cf. Rousseau. Vic. sav., 280, Hach. 1911. Les Mélanges V, 1, 307 associent aussi Socrate, créateur de la philosophie, et Jésus, créateur de la religion, qui, tous deux, ont enseigné par l’exemple.
135. Berkeley, Alc. III, 15 « Les hommes peuvent, dans un accés de rire, applaudir une raillerie qui leur paraitra méprisable quand ils seront revenus 4 eux. A preuve la raillerie de Socrate par le poète comique, l’accueil enjoué qu’on lui fit ne la légitime pas plus que ne le ferait, pour vos railleries, un accueil analogue, aux regards impassibles des hommes de bon sens >» — Warburton, Div. leg. of Moses, ded, 20-21 « Je veux parler du conflit entre Socrate et Aristophane, La la vérité avait tous les avantages, lieu, armes et juges. Celui-la se dévoua toute sa vie a la cause de la vertu; celui-ci ne dirigea contre elle que quelques, scénes comiques; et Ciel! contre quelle vertu ? Contre la plus pure, la plus éclatante qui illumina jamais le monde des Gentils. L’esprit d’Aristophane est bien connu; celui de Socrate était au supréme degré, juste, délicat, fort et si constant qu’on l’appela le bouffon attique. Le lieu, c’était la cité la plus policée en son époque la plus plus policée : Athènes dans toute sa gloire. Les juges, les graves sénateurs de l’Aréopage. C’est pour toutes ces causes que triompha le poète comique; et avec l’espèce de bouffonnerie la plus grossière, peu propre, croirait-on, à séduire un peuple si policé; il eut Vhabileté de flétrir toute cette vertu; et il réus-
L’ ENTHOUSIASME DST of witty times, and by the wittiest of all poets, most abominably ridiculed, in a whole comedy writ and acted on purpose 14, But so far was this from sinking his reputation, or suppressing his philosophy, that they each increased #5 the more for it; and he apparently grew to be more the envy of other teachers. He was not only contented to be ridiculed; but, that he might help the poet as much as possible, he presented himself openly in the theatre; that his real figure (which was no advantageous one) might be compared with that which the witty poet had brought as his representative on the stage. Such was his good-humour ! #6, Nor could there
sit à présenter l’homme qui la possèdait sous un jour tout contraire, comme analogue au personnage dont il différait le plus, au personnage qu’il haïssait le plus, ce personnage méme contre lequel il avait employé toute son ironie pour le découvrir et le confondre; en un mot, le sophiste ». — J. Brown, Ess. 58 sqq., discute à son tour cet exemple; il oppose à Sh. le passage de l’Apologie de Socrate où Platon indique comme causes originelles de l’accusation les comédies dirigées contre Socrate, 19 b. c. Puis, négligeant ce témoignage, en admettant l'interprétation de Sh., il conclut seulement que « la railierie déloyale ne put réussir comme elle le désirait dans un seul cas. Comment ce cas unique peut-il modifier la question, tant qu’on pourra alléguer à Vencontre dix mille autres exemples », 63. — Voltaire, Dict. Athéisme, 3°, fait ici chorus avec les critiques de Sh. « Aristophane fut le premier qui accoutuma les Athéniens à regarder Socrate comme un athée.., voila l’homme qui prépara de loin le poison dont des juges infames firent périr l’homme le plus vertueux de la Grèce. Les tanneurs, les cordonniers et les couturiéres d’Athènes applaudirent à une farce dans laquelle on représentait Socrate élevé en lair, dans un panier, annonçant qu’il n’y avait point de Dieu-et se vantant d’avoir volé un manteau en enseignant la philosophie, Un peuple entier, dont le mauvais gouvernement autorisait de si infâmes licences, méritait bien ce qui lui est arrivé de devexir l’esclave des Romains et de l’être aujourd’hui des Turcs ». 136. Leibnitz note que Socrate ne pouvant qu’accepter la raillerie. « Mais les magistrats et les ecclésiastiques n’en usent
pouvait y avoir au monde un plus grand témoignage de son invincible bonté, une preuve plus éclatante qu’il n’y avait d’imposture ni dans l’homme ni dans la doctrine. Car que l’imposture oëe soutenir la rencontre d’un adversaire grave, ce n’est pas pour nous surprendre. Une attaque selon les régles ne présente pas pour elle semblable danger, elle le sait bien. Il n’est rien qu’elle redoute et qu’elle appréhende autant que la plaisanterie et la bonne humeur.
Bref, Mylord, la maniére mélancolique dont nous nous occupons de religion est, à mon avis, ce qui la rend si tragique et ce qui lui fait engendrer en fait tant de lugubres tragédies dans le monde. Mon opinion c’est que pourvu que nous traitions avec politesse 17 la religion, nous ne pourrons jamais user à son égard de trop de bonne humeur et que jamais nous ne l’examinerons avec trop de liberté ou de familiarité. Car si elle est authentique et pure, non seulement elle supportera l’épreuve, mais elle en retirera profit et avantage; si elle est controuvée et mêlée d’imposture, elle sera découverte et piloriée 158,
La manière mélancolique dont nous -avons appris
pas de même à l’égard de celles qu’ils jugent trop fortes et nuisibles et ils ont raison; car ils sont en état d’en arrêter une bonne partie. Cependant, ils font bien de ne se point formaliser des bagatelles. Les sages magistrats laissent parler le peuple pourvu que le peuple les laisse faire >».
137. Sensus II, 3, 66 « Une raillerie courtoise ne peut blesser aucune cause, ni léser aucun intérêt où je me suis engagé aussi peu que ce soit; des spéculations philosophiques, courtoisement menées, ne peuvent certainement pas rendre les hommes plus insociables ou plus incultes. Ce n’est pas de ce côté que je dois m’attendre à une invasion de sauvagerie et de barbarie... Mes craintes ne viennent pas tant de ses adversaires railleurs qui l’exercent et la (la vertu’ mettent sur ses
be in the world a greater testimony of the invincible goodness of the man, or a greater demonstration that there was no imposture either in his character or opinions. For that imposture should dare sustain the encounter of a grave enemy is no wonder. A solemn attack, she knows, is not of such danger to her. There is nothing she abhors or dreds like pleasantness and good-humour.
In short, my lord, the melancholy way of treating religion is that which, according to my apprehension, renders it so tragical, and is the occasion of its acting in reality such dismal tragedies in the world. And my notion is, that provided we treat religion with good manners 7, We can never use too much good humour, or examine it with too much freedom and familiarity. For, if it be genuine and sincere, it will not only stand the proof, but thrive and gain advantage from hence; if it be spurious, or mixed with any imposture, it will be detected and exposed 158.
The melancholy way in which we have been taught
gardes que de ses tendres nourrices qui sont capables de l'étouffer et de la tuer par excès de soins et d’amour ».
138. Lett. à M. Ainsworth, 8 fév. 1709 « Appliquez-vous à connaitre ce qui est bon. Quand la raison vous, aura montré ce qui est bon et ce qui est mauvais, vous aurez une règle suffisante pour juger de la Révélation. Si la Révélation est conforme à cette règle, sa fin prouve sa vérité et ce que le vulgaire croit à cause des miracles; ce que les hommes pieux et vertueux reçoivent à cause de la sainteté des préceptes positifs se trouve démontré par la nature des choses... Sans la bonté intrinsèque des dogmes et des préceptes évangéliques, les miracles n’auraient que peu d’effet et de pouvoir »,
la religion, nous empêche d’y penser avec bonne humeur. C’est dans ladversité surtout, dans la maladie, dans l’affliction, dans les troubles de l’esprit ou les altérations du caractère ‘que nous y avons recours. Cependant nous ne sommes jamais en réalité plus incapables d’y penser qu’aux heures de tristesse et d’accablement. Nous ne sommes jamais à même de penser à ce qui nous surpasse lorsque nous ne sommes pas en état de regarder en nous et d’examiner avec calme les dispositions de notre esprit et de notre passion. C’es| alors que nous voyons en Dieu courroux, fureur, vengeance et épouvante : c’est quand nous sommes pénétrés de troubles et de craintes, que la douleur et l’angoisse nous ont enlevé complètement notre calme naturel et la douceur de notre caractère 1°.
139. Sh. se loue d’avoir échappé à l'éducation habituelle -Cf, R. I, XXVII, un petit traité, resté manuscrit, adressé à son frère. « Là nous nous sommes unis pour remercier cette bonne Providence qui, par la raison et l’éducation, nous avait écartés des superstitions impures et horribles, des enthousiasme» monstrueux et des fanatismes farouches et qui nous avait donné au contraire des rites cultuels si décents, chastes, innocents et purs, qui nous avait placés en une religion et une Eglise où, pour ce qui est du parti modéré qui en forme la majorité, ce principe de charité est en fait plus ample qu’en aucune autre église chrétienne et protestante du monde, où le zèle n’était ni frénésie, ni enthousiasme, où la prière et la dévotion n'étaient ni hypocrisie ni non-sens inintelligibles. La sainteté n’y ressemble en rien au caractère des meneurs inspirés et divins, hommes ou femmes; c’est une vie bonne et vertueuse. un effort sincère pour servir son pays et l’humanité, auquel s’ajoute un accomplissement religieux de tous les devoirs sacrés, le conformisme aux rites établis; rien de plus n’est nécessaire pour atteindre au degré suprême de la religion » — Hobbes, Lev. XII, 56-57, Toland, Lett. à Sér. I, 3-4, Hume, Hist. nat. I, font aussi de la crainte le principe des religions populaires,