‹ Mylord ShaftesburyChapitre 47 sur 55 · Sh. ne peut pas plus concevoir une vertu mercenaire · texte numérisé non relu

Sh. ne peut pas plus concevoir une vertu mercenaire

religion 1° makes us unapt to think of it in good humour, *Tis in adversity chiefly, or in ill heath, under affliction, or disturbance of mind or discomposure of temper, that we have recourse to it. Though in reality we are never so unfit to think of it as at such a heavy and dark hour. We can never be fit to contemplate anything above us, when we are in no condition to took into ourselves, and calmly examine the temper of our own mind and passions. For then it is we see wratch, and fury, and revenge, and terrors in the Deity; when we are full of disturbances and fears within and have, by sufferance and anxiety, lost so much of the natural calm and easiness of our temper 14°:

qu’une Divinité courroucée, intr. § 39. Pratiquer la vertu par intérét, c’est agir comme les enfants qui absorbent une potion pour obtenir des sucreries ou pour éviter le fouet, Rhaps, II, 2. 41. Les hommes « ont fait de la vertu une chose si mercenaire, ils ont tant parlé de ses récompenses qu’on peut à peine dire ce qui en elle mérite, après tout, une récompense. Car venir à l’honnêteté seulement par marchandage ou par contrainte annonce peu d’honnéteté réelle et peu de di- DATE... Si la vertu n’est pas estimable en elle-même, je ne vois rien d’estimable à la suivre en vertu d’un marché ». Sens, II, 3,66 — « Il n’y a pas plus de droiture, de piété, de sainteté dans une créature ainsi réformée qu’il n’y a de douceur ou de générosité en un tigre solidement enchaîné ou d’innocence et de sobriété dans un singe soumis à la discipline du fouet ». Enq., I, II, 3, 267. — « Redouter et craindre Dieu n’implique pas nécessairement que l’on ait une conscience. Personne n’est estimé plus consciencieux s’il agit par crainte des malins esprits, de conjurations et d’enchantements, ou de toute puissance d’une nature injuste, capriciguse et démonjaque. Or, craindre Dieu autrement que pour une action justement blamable et criticable, c’est craindre une nature diabolique, non une nature divine », Ib, II, II, 1, 305. On sait que Sh. se désintéresse entiérement de la vie future pour ne songer qu’au ser-

Ce n’est pas seulement en bonne humeur habituelle que nous devons nous trouver, mais dans la meilleure des humeurs, dans la disposition la plus douce et la plus -bienveillante de notre existence, pour bien comprendre la nature de la véritable bonté et le sens de ces attributs que nous accordons a Dieu avec force louanges et honneurs. Nous serons alors a méme de mieux voir si ces formes de justice, ces degrés de chatiment, cette humeur de vengeance et ces mesures de colère et d’indignation que nous supposons communément en

vice de l’humanité actuelle, R. I. 347 et intr. § 39, C’est là peut-être le point de sa doctrine le plus vivement critiqué par des partisans et des adversaires; c’est sur ce point aussi que Sh. s’oppose matériellement à lord Herbert de Cherbury,. intr., § 56. — Berkeley, Alc., III, 4, 10, 11, 13, 14; V. 5; Def. d. 1. théorie d. 1. vision, 3-4, s’acharne contre ce désintéressement impie. « Tant que nous n’admettons comme principe des bonnes actions que l’affection naturelle, comme récompenses que leurs effets naturels, tant que nous ne redoutons aucun jugement, que nous n’avons aucune crainte, que nous n’entretenons aucun espoir d’une vie future, que nous nous: en raillons avec l’auteur des Caractéristiques et ceux qu’il tient pour les honimes les plus honorables et les plus policés, comment peut-on nous appeler des hommes religieux, en quelque sens que ce soit ». Déf. 4. — Butler, Serm. préf. 25, signale que Vattitude de Sh. est contradictoire : Sh. admet sans difficulté que le vice est puni dans ce monde que, par nature, il est le malheur des hommes. « Le danger des peines futures (et s’il y a danger, il y a raison de craindre) ne suppose pas plus de malignité que la conscience d’une punition actuelle ». C’est une bonne école de la vertu que la crainte des peines futures, Anal., I, 5. Toutefois Butler, pref. 38 et Serm. 13 et 14, insiste sur obligation naturelle d’aimer Dieu, indépendamment de toute considération de ces peines et récompenses, — Hutcheson, Mor. Phil. I, I, 4, 63, l’espoir des récompenses futures ne doit pas être la seule cause de bienfaisance envers autrui: il faut encore l’amour de Dieu, l’estime pour son excellence morale, la gratitude envers lui et la bienveillance pour autrui, — Reid, Fac. act. V, 1 « Qu’un homme soit d’abord porté par

We must not only be in ordinary good humour, but in the best of humours, and in the sweetest, kindest disposition of our lives, to understand well what true goodness is, and what those attributes imply which we ascribe with such applause and honour to the Deity. We shall then be able to see best whether those forms of justice, those degrees of punishment, that temper of resentment, and those measures of offence and indi-

Vintérêt bien entendu à faire son devoir, il trouvera bientôt des raisons d’aimer la vertu pour elle-même et de la pratiquer pour elle-même ». — Diderot semble flotter sur ce point. Il écrit Essai, I, III, 3. 90 n « Si dès ce monde la vertu porte avec elle sa récompense et le vice son châtiment, quel motif d’espérance pour le théiste ! N’aura-t-il pas raison de croire que l’Etre Supréme, qui exerce dans cette vie une justice distributive entre les bons et les méchants, n’abandonnera pas cette voie consolante dans l’autre ». Par contre il écrit dans le Disc. prél. 12 « L'homme est intègre ou vertueux lorsque sans aucun motif bas et servile tel que l’espoir d’une récompense ou la crainte d’un châtiment, il contraint toutes ses passions à conspirer au bien général de son espèce : effort héroïque et qui toutefois n’est jamais contraire à ses intérêts particuliers », et Add. aux pens, phil. 12 « Et il ne te damnera pas même pour avoir été un méchant. Quoi donc ! n’es-tu pas déjà assez malheureux d’avoir été méchant » — Tindal, Voltaire, Helvétius abondent au contraire dans le sens de Sh. Pour Tindal, il est difficile de concilier la justice et la pitié divine; Dieu ne peut se comparer à un prince de la terre, qu’atteint la violation des lois « Toute punition qu’il inflige doit être une marque de son amour qui ne permet pas que ses créatures restent dans l’état de misère, linséparable du péché et de la malignité » Christ, IV, 36. — Voltaire, Trait. Mét. IX fin cite Sh. au nombre des hommes de vertu rigide. « Ce n’est pas seulement la crainte du mépris des hommes qui a fait leurs vertus, c’est le goût de la vertu même, Un esprit droit est honnête: homme par la même raison que celui qui n’a point le goût dépravé, préfère d’excellent vin de Nuits à

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Dieu 1*1, peuvent s’accorder avec ces idées primitives de bonté que le même Etre Divin, ou la Nature #2? sous sa direction, a gravées # en nous et qu'il nous faut nécessairement présupposer afin de lui accorder quelque louange ou honneur que ce soit. Voici, Mylord, la meilleure garantie contre toute superstition : se rappeler qu’il n’y a rien en Dieu que de divin et que ou bien il n’existe pas, ou bien il est véritablement et parfaitement bon 14, Mais quand nous nous effrayons d’user librement de notre raison même pour trancher cette question : « Existe-t-il réellement, ou non ? » 14°, nous présumons alors en fait qu’il est méchant et contestons

du vin de Brie et des perdrix du Mans à de la chair de cheval... Ceux qui auraient besoin du secours de la religion pour être honnêtes gens seraient bien à plaindre ». — Helvétius, de l’homme, I, 14 « Pourquoi mettre ainsi le nom de la Divinité au bas du portrait du diable ? Pourquoi comprimer les âmes sous le poids de la crainte, briser leurs ressorts et d’un adorateur de Jésus faire un esclave vil et pusillanime? Ce sont les méchants qui peignent Dieu méchant. Qu'est-ce que leur dévotion ? un voile à leurs crimes ? »

141. Tabaraud, Phil. angl, X, 200 « Dans tout ce que l’auteur a écrit sur cette question, il rôde perpétuellement autour de cetta fausse pensée que la justice et la bonté sont incompatibles dans le même sujet ou que la justice est nécessairement un attribut mauvais en lui-même, imaginé par des gens que domine une huméur atrabilaire >.

142. Cette quasi-identification de Dieu et de la Nature s’inspire peut-étre de Spinoza, comime le veut J. M. Robertson, cf. Trait théol. polit IV, 82, XVI, 251, trad. Saisset; Eth. I, 18, 19, scol.; 25, cor. La différence qui pour Spinoza sépare la Nature naturante et la Nature naturée, se retrouverait assez dans la conception de Sh., cf. intr. § 37 et 41; Dieu est la Forme formante, la Beauté Souveraine, créatrice de toute réalité; la Nature, une forme formante créée, une beauté dérivée, mais encore créatrice de beautés inférieures. Toutefois il est vraisemblable que Sh. a subi davantage l’influence de l’hylozoisme stoicien et du platonisme des Cambridgiens.

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