‹ Mylord ShaftesburyChapitre 53 sur 55 · partie de la lettre, en particulier pp · texte numérisé non relu

partie de la lettre, en particulier pp

229. Sol. I, 1, 108 « Aut insanit homo, aut versus facit. (Horat. Sat. 7 lib. 2), Composer et délirer doivent nécessairement se ressembler par quelque côté, nous le voyons. Et ces auteurs qui s’occupent de systémes et de spéculations éthérées, ont passé auprès du vulgaire, pour des manières de poètes en prose ».

230. Sans enthousiasme, « l’amour lui-même apparaîtrait comme l’acte le plus vil de la Nature, si on le goûtait de la maniére indiquée et si on le vivait selon la méthode anti-enthousiaste du poéte : il vaut mieux jeter dans le premier corps venu la liqueur amassée en nous. Ce que l’héroïsme et la grandeur d’âme deviennent dans cette hypothèse, on l’imagine sans peine. Les Muses elles-mêmes doivent faire très médiocre figure dans cette esquisse philosophique. Et le prince des

‘ses écrits et il est contraint de faire apparaître la Nature sous la forme d’une déesse pour l’animer et le conduire dans son œuvre même de dégradation de la Nature, alors qu’il la dépouille de toute son apparente sagesse et divinité.

Vénus nourricière, toi par qui, sous les signes errants du ciel, la mer porteuse de vaisseaux, les terres fertiles en moissons se peuplent de créatures; Puisque tu suffis seule à gouverner la nature et que, sans toi, rien n’aborde aux rivages divins de la lumière, rien ne se fait de joyeux ni d’aimable, c’est ton aide que je sollicite dans le poème que je m’efforce de composer sur la nature. Il est destiné a notre cher Memmius ?*1.

La seule conclusion, Mylord, que je voudrais tirer de toutes ces réflexions c’est que l’enthousiasme est merveilleusement puissant et étendu; que l'étude de ia

poètes se révélerait comme un écrivain complètement insipide, s’il se dégradait ainsi. Selon ce programme, on ne pourrait assurémient pas réserver une place d’honneur à notre poète latin, le grand disciple de ce philosophe inculte, qui, si injustement, ose employer l’art des Muses en faveur de ce système. Mais en dépit de sa philosophie, partout il donne libre! cours à son admiration et à ses vues enthousiastes de la Nature. Il est ravi par les différentes beautés du monde au moment même où il en accuse l’ordre et où il détruit le principe de beauté

d’où le monde tirait son nom dans les langues anciennes ». MeébATr M 175.

231. Lucrèce, I, 2-4 et 21-26 trad. Ernout. — Voltaire Dict. phil. Fable « On peut détruire les objets de la crédulité, mais non ceux du plaisir; nous aimerons à jamais ces images vraies et riantes. Lucrèce ne croyait pas à ces dieux de la fabie; mais il célébrait la nature sous le nom de Vénus : Alma Venus..... > — Diderot, Essai, I, I, 3, note, cite ces vers qu’il fait précéder

makes use of inspiration, when he writes against it, and is forced to raise an apparition of Nature, in a divine form, to animate’ and conduct him in his very work of degrading Nature, and despoiling her of all her seeming wisdom and divinity.

Alma Venus, caeli subter labentia signa

Quae mare navigerum, quae terras frugiferenteis Concelebras... |

Quae quoniam rerum naturam sola gubernas

Nec sine te quidquam dias in luminis oras

Exoritur neque fit laetum neque amabile quidquam : Te sociam studeo scribundis versibus esse Quos ego de rerum natura pangere conor Memmiadae nostro 7*1,

The only thing, my lord, I would infer from all this, is, that enthusiasm is wonderfully powerful and extensive : that it is a matter of nice judgment and the har-

d’une paraphrase du texte de Sh. « S’il n’y a ni beau, ni grand, ni sublime dans les choses, que deviennent l’amour, la gloire, Vambition, la valeur ? A quoi bon admirer un poème ou un tableau, un palais ou un jardin, une belle taille ou un beau visage ? Dans ce système philosophique, l’héroïsme est une extravagance. On ne fera pas plus de quartier aux Muses : le Prince des poètes ne sera qu’un écrivain suffisamment insipide. Mais cette philosophie meurtrière se dément à chaque moment; et ce poète qui a employé tous les charmes de son art pour décrier:ceux de la Nature, s’abandonne plus que personne aux transports, aux ravissements et à l'enthousiasme; et, à en juger par la vivacité de ses descriptions, qui que ce soit ne fut plus sensible que lui aux beautés de l’univers. On pourrait dire que sa poésie fait plus de tort à l’hypothèse des atomes que tous ses raisonnements ne lui donnent de vraisemblance ».

question exige de la délicatesse de jugement; que c’est la chose la plus difficile au monde que de la connaître en entier et de manière distincte puisque l’athéisme lui-même n’en est pas exempt. Car, selon la juste remarque de certains auteurs, il y a eu des athées enthousiastes °°. Et l’inspiration divine ne peut s’en distinguer aisément par ses signes extérieurs. Car l'inspiration est un sentiment réel de la Présence Divine et l’enthousiasme un sentiment trompeur. Mais les émotions qu’ils engendrent, sc ressemblent beaucoup 73, En effet quand l'esprit est subjugué par des visions et qu’il fixe ses regards sur un objet réel ou sur un simple spectre de la divinité; quand il voit ou qu'il pense voir quelque prodige surhumain, sa terreur, sa volupté, sa confusion, sa crainte, son admiration, toute passion qui s’y rapporte ou domine à cette occa-

232. Cette affirmation d’une parenté intime entre l’enthousiaste et l’athée se trouvait déjà chez Cudworth et chez More : comme le rappellent les Mélanges II, 2, qui citent l’exemple de Vanini... — « Il en est d’aussi fanatiques, bien que ce mot désigne un rapport particulier à un être divin; tous les athées étant des fanatiques de cette déesse aveugle la Nature », Cudworth, Intell. System, 134. cf. More, Enth. triumph. sect 11, 19, 20 sqq., indiquées par Sh., et sect. 1 qui attribue le même tempérament aux athées et aux superstitieux; la chaleur de Page adulte enfièvre l'imagination et fait l’enthousiaste; ie froid de la vieillesse crée Vathéisme. — Idées analogues chez Leslie, Le serpent dans l'herbe : « L’enthousiasme c’est-à-dire une prétention abusive à la révélation engendre naturellement Pathéisme quand ces prétentions sont dévoilées », préf. Il; chez Bayle : on va à l’athéisme commé on va à la religion, par passion, intérêt ou habitude, Cont. pens. § 19. — Pour Sh., Pathée est au moins aussi crédule que le superstitieux puisqu’il accepte sans contrôle sérieux toutes les histoires qui servent son opinion, intr. § 38. — La thèse de l'identité se retrouve ensuite aussi bien chez les auteurs religieux que chez les mécanistes; Berkeley, Ale, VI, 32 considère les libertins comme des bigots de l’incrédulité; le Spectateur, n° 185 tient

dest thing in the world to know fully and distinctly; since even atheism is not exempt from it, For, as some have well remarked, there have been enthusiastical atheists 8°. Nor can divine inspiration by its outward marks, be easily distinguished from it. For inspiration is a real feeling of the Divine Presence, and enthusiasm a false one. But the passion they raise is much alike ?#. For when the mind is taken up in vision, and fixes its view either on any real object, or mere spectre of divinity; when it sees, or thinks it sees, anything prodigious and more than human; its horror, delight, confusion, fear, admiration, or whatever passion belongs

pour des manières de monstres les zélateurs de l’athéisme; « il n’est que trop vrai qu’ils cherchent à établir leur dogme impie avec autant de violence et de lutte, de rage et de fureur, que si le salut du genre humain en dépendait ». Enfin Toland, Adeisidaemon, $ 9 remarque qu’il peut y avoir union intime de l’épicurisme et de la superstition, — Voltaire, Phil. ign. XXXV, reprend à son compte les reproches que Sh. adresse à Locke : « Locke continue; et, pour mieux prouver qu'aucune règle de pratique est innée, il parle des Mingréliens.., et des Caraibes..., ce grand homme a été trop crédule en rapportant ces fables >.

233. Locke, Ent. hum., IV, 19, 13 « Si la force de persuasion est la lumiére qui doit nous servir de guide, je demande comment on pourra distinguer entre les inspirations du Saint- Esprit et les illusions de Satan, qui peut se transformer en un ange de lumière ». Ib, 16 « Au reste dans tout ce que je viens de dire, j’ai été fort éloigné de nier que Dieu ne puisse illuminer ou qu’il n’illumine même quelquefois l’esprit des hommes... Mais dans ces cas-la, nous avons la raison et l’Ecriture, deux régles infaillibles, pour connaitre si ces illuminations viennent de Dieu ». Locke combat ici les Quakers aussi bien que les Platoniciens de Cambridge.

sion, sera en quelque maniére immense et monstrueuse et (comme disent les peintres) plus grande que nature 24. Et telle est l’origine du mot « fanatisme » que les anciens employaient en son sens original pour désigner une apparition qui transporte l’esprit *#.

Il y aura de l’extravagance et de la fureur toutes les fois que les idées ou les images reçues seront trop grandes pour que l’étroit vaisseau #5 humain puisse les contenir. Si bien que l'inspiration peut s’appeler a bon droit ‘enthousiasme #7 divin; car le mot lui-même signifie présence divine 788 et le philosophe *® que les

234. R. II, 127 « L’enthousiasme est représenté par les maitres modernes comme par les maîtres anciens, lorsqu'il est de nature extatique et prophétique; dans la personne de Saini- — Paul, du prophète Jérémie, de Saül ». — c’est-à-dire avec une apparence austère, cf. n. 227; Sh renvoie à la Conversion de St-Paul de Michel-Ange, dans la chapelle Pauline, au Jérémie et au Saül du plafond de la Sixtine.

235. Sh. fait donc venir fanaticism de palyouxts OÙ plutôt de oa sans doute par allusion aux cérénronies d’initiation aux mystères; en particulier à la nuit de l’époptie à Eleusis.

236. C’est le terme qu’emploie saint-Paul, Rom. IX, 20-23; 2 Tim, II, 20-21; etc.

237. Leslie, Le serp. d. Vherbe, donne les signes caractéristiques de l’enthousiasme trompeur; Vinspiration s’accompagne d’humilité; l’enthousiasme, d’orgueil; celui-ci en outre est hérétique et schismatique, St-Paul reprochait en effet à l'Eglise de Corinthe sa tendance au schisme; c’est donc en définitive la doctrine qui justifie l’enthousiasme, préf. XXXII- XXXVIII. — Leibnitz, 39, professe une thèse analogue : « Cependant il faut avouer que nous sommes poussés quelquefois par un certain instinct à quelque chose de grand et de sublime sans que notre raison y ait part; et quand cela va à la lumière, à la vertu, au vrai bien, on a sujet à l’attribuer à Dieu : quoiqu'il y en ait des raisons naturelles, puisque les perfections de la nature sont des émanations de la divinité ». — J. Brown, Ess, III, 5, sqq. confronte également enthousiasme et inspiration « Tous deux ont pour objet la divinité et par suite s’ac-

‘to it, or is uppermost on this occasion, will have some-

thing vast, immane, and (as painters say) beyond

life 234, And this is what gave occasion to the name of fanaticism, as it was used by the ancients in its original sense, for an apparition transporting the mind ?*.

Something there will be of extravagance and fury, when the ideas or images received are too big for the narrow human vessel #6 to contain. So that inspiration may be justly called divine enthusiasm 27; for the word itself signifies divine presence 288, and was made

-compagne d’un tour d’esprit dévot; tous deux sont sujets à

de violentes et inhabituelles impulsions; l’un est surnaturel: lautre, au delà de la nature, c’est-à-dire au dela des effets habituels de la nature, bien qu’il soit réellement produit par la nature... (Mais la fausseté de l'enthousiasme se révèle à certains caractères). 1° la prétention d’opérer des miracles et la persuasion d’en posséder le pouvoir... C’est par là que se découvre l’enthousiaste, parfois par l’absurdité du miracle tenté, toujours par son impuissance à accomplir son dessein... Au contraire les miracles de l'Eglise sont, nous l’avons vu, raisonnables, bienfaisants, relatifs à une fin importante; Christ les a accomplis devant des foules, devant des ennemis et des témoins oculaires les ont rapportés;..... (2° le don de prophétie; 3° des caractères propres, indiqués par l’auteur de la Lettre sur la conversion de St-Paul :) « Chaleur de tempérament, mélancolie, crédulité, suffisance et ignorance », 296- 297-8, 308. — On trouve un écho de la doctrine de Sh. dans le Traité de la nature humaine ‘de Hume, I, Il, 10, 420-421 « Et il ne sera pas mauvais de remarquer que, de méme qu’une vive imagination dégénére trés souvent en démence ou en folie et ressemble beaucoup 4 celle-ci par ses opérations, ainsi toutes deux influencent le jugement de la même maniére et produisent la croyance par l’effet de principes entièrement identiques ».

238. Leibnitz, Nouv. Ess. IV, 19 « L’enthousiasme était au commencement un bon nom et comme le sophisme marque proprement un exercice de la sagesse, l’enthousiasme signifie qu'il y a une divinité en nous : Est Déus in nobis : et Socrate

premiers Pères de l'Eglise appelaient divin, s’en servait pour désigner tout ce qu’il y avait de sublime dans les passions humaines. Tel était l'esprit qu’il attribuait aux héros, aux hommes d'Etat, aux poètes, aux orateurs, aux musiciens et même aux philosophes. Et nous ne pouvons de notre propre aveu, nous empêcher d'attribuer à un noble enthousiasme **° toutes les grandes œuvres que chacun d’eux accomplit. Si bien que presque tous ?#! nous connaissons quelque chose de ce

prétendait qu’un dieu ou démon lui donnait des avertissements intérieurs, de sorte qu’enthousiasme serait un instinct divin ».

239. ‘Ap "ota9' Cre ume THY Nupeoy ex Tpovolas TAGS € evGovstaou... TosaÜTa pév Gor rai ete Telw Ë EXO waves epruéme à ano Geddy deyewy 20.) épya, etc. Phaedr. Kai roùc moditixoug ovy HIT TOUTOY Qaiuey dy betous te etvou zat evfouaraite w. Meno, Ever où OÙY ay xal mept THY TOLNTOY év OAts 72. TOUTO, OTL OÙ Toqiz Towtev, ahha Mucer tit nai ev9ouaraCovtec wate ot Geouctvters uxt of ypnouwdoi. Apol. Pour ce qui est des philosophes en particulier, Plutarque nous apprend que certains vieux Romains moroses se plaignaient, quand le savoir commenca a leur venir de Gréce, de ce que leurs jeunes gens devenaient enthousiastes sous linfluence de la philosophie. Car, parlant d’un des philosophes de l’ambassade athénienne, il dit Epwra dewey euGéSlmee vois vécue, up! ov T'Y Hovey rai Olatplomy ENTETOVTES dpa aces Tept Orhocogiay. Plut. in vit. Cat. Major (n. d. Sh.). le passage du Phèdre n’est pas cité avec une entière exactitude; le Phèdre 241e dit « Ne vois-tu pas que les Muses auxquelles tu m’abandonnes de propos délibéré, me rendent enthousiaste manifestement »; puis 245b « Je peux expliquer autant et même plus de belles œuvres par la fureur divine »; le Ménon 99 d est correctement cité « Nous ne manquerons pas d’appeler divins et inspirés plus que personne les hommes d’Etat »; PApologie 22 c n’a subi que des modifications sans importance « En peu de temps donc, voici ce que je fus amené à constater pour les poètes aussi : leurs créations étaient dues non à leur savoir, mais à un don naturel, à une inspiration divine analogue à celle des prophètes », cf. éd. Belles-Lettres, III, 2°, 279 et I, 146. Le passage de Plutarque se rapporte à Carnéade,

use of by the philosopher ** whom the earliest Christian Fathers called, divine, to express whatever was sublime in human passions. This was the spirit he allotted to heroes, statesmen, poets, orators, musicians and even philosophers themselves. Nor can we, of our own accord, forbear ascribing to a noble enthusiasm ?“ whatever is greatly performed by any of these. So that almost all of us ?# know something of this principle.

22,4 : il éveillait chez les jeunes gens un amour violent qui les détachait de tous les autres plaisirs et de toutes les autres occupations et les enthousiasniait pour la philosophie!

240. Sur cette passion comprise au sens le plus noble et le plus élevé du mot voir encore I, 50, 255, 256 et III, 24, 26, 27, 29 (n. d. Sh.) Sh. renvoie ici à l’Enq. sur la vertu I, II, 3 fin; Yordre et l’harmonie dans les sujets les plus frivoles éveillent notre admiration et nous transportent d’enthousiasme; a plus forte raison, l’ordre et l’harmonie de l’univers; — à la Rhapsodie, III, 2, où Philoclès le sceptique avoue qu’il s’est laissé séduire par la beauté de la nature et où Théoclès vante la qualité de l’énthousiasme engendré par la vision de la Beauté souveraine; — aux Mélanges II, 1, 173 « il y a un pouvoir dans les nontbres, dans l’harmonie, les proportions et dans toute espèce de beauté qui captive naturellement le cœur et emporte l’imagination jusqu’à une notion ou une idée de majesté et de divinité ». Cf. intr. § 17, 25, 41, 47.

241. Sh. reprend à sa manière le dogme de la divinisation de la créature qui est une conséquence immédiate du mysticisme et de l’enthousiasme. Malgré qu’il en ait, il n’est pas loin de Fox ou de Milton. Fox, Grand Mystère, p. 29, 90, 91, 100, 207, etc. : la lumière intérieure n’est pas seulement une inspiration ou une illumination émanée de Dieu, c’est le Christ lui-même, présent à l’âme des Saints qui ne s’en distinguent pas : Milton, Par. perd. III, 285, XII, 380 et 586; Par retr. IV, 512; Doctr. chrét. 363, les élus sont dés hommes régénérés par une seconde création; le Christ est l’ensemble des élus et c’est de sa substance qu’il a tiré chacun d’entre eux. — I semble que l’on puisse retrouver dans cette affirmation de Sh. les influences conjuguées de l’hylozoïsme stoïcien et de l’Evan-

principe. Mais le connaitre comme il faudrait et le discerner sous toutes ses formes aussi bien en nous-mêmes. qu’en autrui : c’est la le grand œuvre ** et de cette

manière seule nous pouvons espérer éviter l’erreur et

l'illusion. Car pour juger si les esprits sont de Dieu, nous devons auparavant juger notre propre esprit ***, s’il est raisonnable et de bon sens, s’il est apte à juger réellement par son calme, son sang-froid et son impartialité, sa liberté à l'égard de toute passion déformante,. de toute vapeur étourdissante, de toute fumée mélancolique 2#. C’est la première connaissance et le jugement préliminaire. « Nous comprendre nous-mêmes et savoir de quel esprit nous sommes ». Ensuite nous pouvons juger l'esprit d’autrui, chercher quel est son mérite particulier, éprouver la valeur de son témoignage à la solidité de son cerveau ?#. C’est ainsi que

gile, Actes, XVII, 28 (c’est la fameuse phrase de St-Paul aux Athéniens : ab unoquoque nostrum non longe est; in ipso enim vivimus, movemur et sumus), peut-être aussi celle de Spinoza, Ethique, V; 40, scolie, en particulier.

242. Distinction malaisée à établir, cf. n. 233 et 237. Les quakers ne se laissent pas convaincre par l’argumentation de leurs adversaires. Barclay, Apol. 43-44 « Dire que l'esprit de Dieu agit avec moins d’évidence sur l’esprit humain que les principes naturels, c’est s’en faire une idée trop faible et trop: basse. Comment David vient-il nous inviter à éprouver et à voir la bonté divine si on ne peut l’éprouver et la voir? Ce serait suffisant pour détruire la foi et la confiance de tous les Saints présents et passés. Comment Paul en vint-il à se persuader que rien ne pourrait le séparer de l’amour divin, sinon

par cette évidence et cette clarté que lui communiqua l’esprit de Dieu ? ».

243. Cf. intr., § 14 et 20. — Sol. I, 2, fin, pour bien connaiire autrui, commençons par nous étudier « Un peu de cette philosophie domestique nous permettra de faire de grandes découvertes ». De même, Ib. III, 3, fin. « Cette honnête philo-

sophie domestique doit nous apprendre à employer à notre endroit cette pratique salutaire. La lecture d’auteurs policés,

But to know it as we should do, and discern it in its

__ several kinds, both in ourselves and others; this is the

great work ***, and by this means alone we can hope to avoid delusion. For to judge the spirits whether they are of God, we must antecedently judge our own spirit?#, whether it be of reason and sound sense; whether it be fit to judge at all, by being sedate, cool and impartial, free of every biassing passion, every giddy vapour, or melancholy fume 244. This is the first knowledge and previous judgment : « To understand oursel-

ves, and know what spirit we are of ». Afterwards

we may judge the spirit in others, consider what their personal merit is, and prove the validity of their testimony by the solidity of their brain’. By this means

les conversations avec des personnes de la meilleure classe achèveront de nous former ». — Phil, Reg. R. I. 177 — « Etre un homme, c’est questionner ses imaginations et ses opinions et examiner leurs titres, c’est révéler l’imposture qui s’y rencontre ».

244. Robertson remarque que cette phrase résume le chapitre 19 du livre IV de l’Essai de Locke. Peut-être peut-on admettre que les deux dernières expressions de Sh. font allusion au Conte du tonneau, sect. 8. Mais Sh. se sépare de Locke et de Swift; ceux-ci admettent la possibilité d’une inspiration divine réelle; mais ils en parlent sans ardeur. Au contraire Sh. est enthousiaste.

245. Telle est la critique du témoignage, quand il s’agit de miracles, intr. § 32. Il faut faire acte de jugement critique pour s’apprécier soi-nféme, se préserver de toute folle contagion; critiquer ensuite le témoignage d’autrui. Ce rationalisme ne s’inspire pas tant de Locke que de More et de Whichcote; et il se comprend mieux quand on Voppose au rationalisme moral de Wollaston; ce théologien établit, comme Sh, la religion sur la morale; il admet également un ordre vrai des réalités, norme du vrai et du bon; il loue la Providence et la défend avec les mêmes arguments que Sh.; mais l’Esquisse

nous pouvons nous prémunir de quelque antidote **° contre l’enthousiasme. L’on y parvient le mieux, comme j'ai osé l’affirmer, si l’on se maintient en bonne humeur. Sinon le remède lui-même peut se transformer en principe de maladie 24", + Et maintenant, Mylord, après avoir, en définitive, justifié dans une certaine mesure l'enthousiasme et adopté le mot, si je parais extravagant de m'adresser à vous comme je l’ai fait, vous m’accorderez que j’ai été entraîné par une impulsion ?#. Vous me suppose-

de la religion naturelle est un excellent catéchisme où l’émotion se dissimule pour laisser place à un raisonnement sec et abstrait; elle est froide et compassée; dans les Caractéristiques, s'exprime une âme d'artiste, un amour passionné qui au mili¢u même de ses souffrances, se donne à Dieu avec une entière confiance.

246. Sh. a peut-être emprunté le mot à More qui l'utilise dans deux de ses titres d’essais : Antidotus adversus atheismum, Antidotus adversus idolatriam.

247. C’est par ce résumé rapide que Sh. termine la Lettre. On trouve dans Voltaire, Diction. Fanatismie, 2°, un résumé de la partie critique de la Lettre, où l’esprit philosophique joue. le rôle de la bonne humeur chez Sh. « On entend aujourd’hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle, C’est une maladie de Vesprit qui se gagne comme la petite verole... Quand un homme ardent et d’une imagination forte parle à. des imaginations faibles, ses yeux sont en feu et ce feu se communique, ses tons, ses gestes ébranlent tous les nerfs des auditeurs. Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère Il n’est d’autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes et qui prévient les accès du mal; car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l’air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces

we may prepare ourselves wich some antidote ** against enthusiasm. And this is what I have dared affirm is best performed by keeping to good-humour. For otherwise the remedy itself may turn to the disease 747,

And now, my lord, having, after all, in some measure justified enthusiasm and pwned the word, if I appear extravagant in addressing to you after the manner I have done, you must allow me to plead an impulse 248. You must suppose me (as with truth you

gens là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre ».

248. Ainsi Sh. rappelle ses précautions oratoires énoncées à la fin de la 1° partie et affirme une dernière fois la haute valeur de l’enthousiasme naturel. Cf. les enthousiasmes extatiques de Théoclès dans la Rhapsodie, II, 1, qui sont plus que des morceaux de bravoure et expriment avec précision les sentiments de Sh. « O resplendissante nature! suprêmément belle et souverainement bonne ! tout aimante et tout aimable, toute divine! à l'aspect souriant ! à la grâce infinie dont l’étude procure une sagesse profonde, dont la contemplation enchante irrésistiblement, dont chaque œuvre, à elle seule, présente une scène plus vaste et un spectacle plus noble que toutes les créations de l’art ! — O puissante Nature ! habile mandataire de la Providence, douée du pouvoir créateur ! ou bien toi, Divinité qui l’anime, Créatrice suprême, je Vinvoque et toi seule, je t’adore. C’est toi qui consacres cette solitude, ce lieu, ces méditations champêtres, tandis qu’inspiré de pensées harmonieuses qui s’expriment sans mesure et dont le rythme est libre, je chante l’ordre de la Nature et des étres créés, je célébre leur beauté dont Tu es le principe, source et origine de toute beauté et de toute perfection ! Ton être est sans limites; on ne peut le scruter; on, ne peut le pénétrer. Dans ton immensité toute pensée se perd; la fantaisie renonce à ses. envolées et l’imagination se lasse à se dépenser en vain; elles ne trouvent à cet océan ni rivages ni limites; ni même, dans cette immunité où elles planent, un point qui

rez très passionnément vôtre (et vous le pouvez en vérité); et avec cette bienveillance qui vous est naturelle en d’autres rencontres, .vous supporterez votre

ami enthousiaste qui, sauf sur ce seul point d’un zèle

trop empressé, doit toujours se montrer, avec le plus haut respect, Mylord,

de Mylord.....

soit enfin plus près de la circonférence que le centre d’où elles sont parties. Aussi quand, après de nombreuses tentatives, après des élans à travers l’étendue démesurée, je reviens de nouvéau à moi-même, surpris de la connaissance d’un être si borné et de la plénitude de cette immensité, je n’ose regarder plus longtemps les profondeurs troublantes, je n’ose sonder les abimes de la Divinité. Et cependant puisque c’est Toi, Etre Souverain, qui m’a formé tel que je suis, intelligent et raisonnable, puisque la dignité propre de ma nature est de te connaître et de te consommer ta gloire, permets-moi d’exercer, avec une liberté décente, ces facultés dont tu m’as orné. Sois indulgent pour mes recherches audacieuses et aventureuses. Car ce n’est ni une vaine curiosité ni de folles pensées, ni l'amour de rien d’autre que de Toi seul, qui m’inspire ces réflexions; secours-moi, dirige-moi dans mes recherches, tandis que je m’aventure ainsi à parcourir le vaste labyrinthe de la vaste Nature et que j’essaie de te décrire dans tes ceuvres >,

may) most passionately yours; and with that kindness. which is natural to you on other occasions, you must

tolerate your enthusiastic friend, who, excepting only

in the case of this overforward zeal, must ever eppenre with the highest respect, my lord,

Your Lordship’s, etc.

p. 99 et plus loin, p. 111 la longue méditation qui commence par cette invocation : « O puissant Génie! seule puissance qui anime et inspire? tout ensemble auteur et objet de ces. pensées, ton action s’étend à l’univers entier et tu te trouves au plus profond de toute réalité... »

Ces invocations énoncent les thèses capitales de Sh. : immanence de Dieu à la nature, bienveillance providentielle, Dieu artiste souverainement habile, liberté de pensée. En outre la première se réfère clairement à la célèbre formule d’Hermés Trismégiste : Dieu est une sphére dont le centre est partout et la circonférence nulle part; Sh. a pu lire cette formule soit dans les Commentaires sur le Pimandre par Rosselli 1630, soit dans la préface de Mlle de Gournay aux Essais de Montaigne (1635), soit dans Rabelais III, 13 et V, 47, soit enfin dans. les Pensées de Pascal, II, 72 (éd. Brunschvicg). La deuxième invocation semble se souvenir du mot fameux de St-Paul dans les Actes XVII, 28; et l’on sait que l’apôtre a exercé une influence considérable sur Sh.

Vu, le 10 janvier 1930,

Le Doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Paris, H. DELACROIX.

Vu, et permis d'imprimer, Le Recteur de l'Académie de Paris, CHARLÉTY,

Index des références aux écrits de Shaftesbury.

(Les chiffres renvoient aux paragraphes de l’Introduction

et aux notes).

An Inquiry concerning Virtue or Merit : §§ 21, 22, 24, 27, 29, 34, 38; n 73, 94, 95, 140, 149, 155, 181, 182, 240.

The Moralists, a Philosophical Rhapsody: §§ 15, 18, 19, 22, 20, 02,204, 30, 30, 37, 413 n 6,79, 12, 20, 22, 23, 24, 20,427, 28, 30, 34, 85, 92, 95, 96, 133, 140, 146, 149, 150, 170, 175, 179, 188, 240, 248.

Sensus Communis : 8§ 15, 16, 22, 27; n 5, 8, 14, 25, 26, 29, 30, 97: 39-049, D1, 19, 111, 80: 67; 137,. 140, 199,222,

Soliloquy : $$ 9, 13, 14, 19, 20, 29, 31, 43; n 7, 27, 50, 125, 171, 172, 188, 190, 193, 229, 243.

Miscellaneous Reflections : §§ 9, 16, 17, 18, 30, 31, 32, 33, 41, AG-2n 1, 7, 10,11, 12; 14, 22;'26,/29,+39, 4354; 58 62.071, 77, 85, 86, 93, 94, 105, 108, 119, 125, 132, 150, 157, 187, 194, 195, 203, 225, 230, 240. |

Philosophical Regimen : $ 36; n 95, 149, 183, 243.

Correspondance éditée par Rand : 8§ 2, 5, 6, 7, 8, 11, 18, 29, 30, 36, 39, 44; n 1, 24, 26, 27, 32, 36, 39, 46, 74, 75, 84, 92, 131, 139, 140, 167, 184, 224.

Correspondance avec R. Molesworth, éditée par Toland : 8§ 5, 97412, 26:

Correspondance avec M. Ainsworth, d’après la trad. de Genève : §§ 10, 33, 41; n. 27, 137, 149, 164, 224.

Second Characters : a) a Notion of the Judgment of Hercules : § 45.

b) a Letter sent from Italy : § 7.

c) Plastics : §§ 6, 40, 41, 42, 43, 45, 74; n 7, 9, 10, 64, 125, 158, 227, 234.

Me

Sea:

air § 48, 67, 74.

Bolingbroke § 48, 58, 65; n 122, 149, 150.

Bréhier n 143.

Brooke § 67.

Brown J. § 48; n 25, 33, 37, 4127139 211,%237:

Brown, Th. n 50.

Browne, P. n 150.

Bryan § 6.

Bulkeley, sir § 4; n 197, 199, D © 210.

= Butler, Jos. § 48, 60, 64, 71;

rie Se 13040 § 67, Fa eke

1 PAT TE 1 0 ve le

Butler, Sam § een 33, 47, 85. LR +

Cavalier S4;n n 111, 194, 201.

Cherbury, lord Herb. de oy 56, ec

Chillingworth § 33; n 35, nm.

Page 1