EN CORNOUAILLES ET EN ECOSSE
Puis voici venir un lion appelé ironiquement le « Lion de la Justice, » dont les rugissements font trembler les tours de la Gaule, et tous les Dragons des îles de l'Océan. II sait Tart de tirer Tor du lis comme de l'ortie, et d'extraire l'argent de la corne des bestiaux. Il coupe le pied aux chiens de chasse, et donne la paix aux animaux des bois. Il change le signe du commerce en rendant rond ce qui était ovale. Il arrache leurs serres aux milans et leurs dents aux loups. Ce royal animal n'est-il pas Henri , premier du nom , avec ses exactions odieuses, ses impôts sur les grands comme sur les petits, ses taxes sur les bétes à cornes, ses lois sur la chasse, sa nouvelle monnaie , ses ordonnances contre les brigands et les pirates? Les petits de ce lion changés en poissons de mer sont ses deux malheureux fils naufragés avec la Blanche-Nef, au raz de Catleville, au mois de décembre de l'année 1120.
Le lion mourra lui-même; l'île conquise en répandra autant de pleurs que la nuit verse de gouttes de rosée. La Neustrie surtout pleurera. «Malheur à toi, Neustrie, inondée que tu es de la cervelle du lion ! Tes fils sont loin de la terre que tu as conquise , tous y seront provoqués à
s^emparer du pouvoir. Le premier occupant le garderai-mais il lui sera fatal jusqu.'à ce qu'il se revête de lapeaa du 1i.on'mo«t}.».(4'i^strà"<dire qu'il adopte le jeune i|>rince qui porteib nit jour le nom; d'Henri II); el des discôordés tèrrîblefidiviseront les conquiéiiants* . Heureuses éiiûsions! Elles font la joie du prophète breton ; son pays «n proGtera. Que lui font lesdrolits héréditu^ires iles princes normands, et rillégitimilé d'Ëtiénne? Que les partUans de.oe roi et ses adversaires s'entr' égorgent?. Tant mieux! La pairie jbretonne redeviendra libre, la race normande perdifo aoin pouvoir, les indigènes reprendront Tiie. Mnts à quel signe? Écoutons le barde :- ...
a Un vieillard plus blanc que la neige paraîtra sur un coursier blanc«
«Il changera le conrs du Périron, ce, grand fleuve qui coule en Gornouailles.
«Une gaule d'argent à la main, il mesurera sur le fleuve l'emplacement d'un moulin [04^ le memi peuple pourra moudre gratuitement]..
« À lui s'unira Kad^yalader , qui • appellera à son secours le Konan deS; Armoricainsi.
« Et formant ensemble une ajliancev ils feront d'un commun effort un si grand carnage des
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élrangem^ queJee fleuves rouleroiit du.^ang.
- «H.41or&r]es fnonta^nes- d'àrmorîqiHiili^ondtfpat d'allégi^sse, :et ks fils des anciens Breton^î sefont éOtoronnéà du -^ diadème, > ! ^t <..
Qiddrs Ja terre de'Gaqibrie; naguère c^gie^diu sang dje sa mère, versé par le lion; < et la ma!îr son de Gornouailles, qui pleure six fils égôi^gés^ verront Taurore d'un temps meilleuPi • \ u\
« Alors les cbêBcs, dans 'leur joîey se eouvxi^ ront d'une verdure nôuveUe \;.n
- Jjous connaissons ce vieux eri de iJtîUvrance ; nous Tavons entendu pousser; au prophète bi>e- -ion ; • il l'a Jeté aux vents de la Calédonie, aux
pommiers de sa solitude, aux sangliers de ^s forêts. Il Ta murmuré à Toreille de qelle qiu'il appelle sa sœur, son aurore, son inspiratrioe;il l'a confié à l'amitié d'un grand barde, d'un grand prophète comme lui. Ce cri est le cri d'alliance, non-seulement des Gallois entre eux, mais des Bretonside toute la Cambrie, dé ceux de TÉcosse, de la Gornouailies, du Devonshire, de TArmoriq^e, de tous les peuples de même race, brûlant de s'entendre enfin pour s'aimer^ pour se défenc|re et faire cause commune contre leurs ennemis.
« Myvyrian, t. II, p. 265. Cf. ProphéHm MerUni, p. 82.
Merlin avait pu recourir impunément à l'allégorie. Ceux à qui il s'adressait le comprenaient à demî-mot. N'eût-on pas parfaitement saisi, en quelques endroits, ses images, qu'il se fût trouvé des hommes pour les expliquer dans un langage clair et sans rélicence. Les Kler ou ménestrels de l'ancien pays des Silures parcouraient les contrées limitrophes entre les Gallois méridionaux et les Cornouaillais , développant ainsi les promesses attribuées au vieux prophète national :
c( Les Cambriens feront alliance avec les hommes de Dublin, avec ceux de l'Irlande et de l'île de Mona, de la Bretagne, de la Cornouailles et des bords de la Glyde; les Bretons recouvreront enfin leur puissance ; un jour viendra où ils régneront ; leurs efforts seront couronnés ; voilà ce que Merlin a voulu dire, et sa prophétie s'accomplira.
« Qu'ils soient donc convoqués, qu'ils s'assemblent tous, qu'ils se lèvent unanimement. Un seul cœur! un seul dessein ! une seule cause ! Que les confédérés se réunissent et ne craignent pas d'exposer leur vie. Aiguisons nos épées, elles en tueront mieux; les troupes belliqueuses du Kadwalader s'avancent; que les confédérés s'enflamment !