‹ MyrdhinnChapitre 12 sur 30 · EN GORNOUAILLES ET EN ECOSSE · texte numérisé non relu

EN GORNOUAILLES ET EN ECOSSE

Le carnage et la désolation les suivront au combat. Ils se nent de la mort; ils ne payeront plus de tribut ; ils perceront de leurs flèches ceux qui les oppriment. Jamais, non, jamais, ils ne payeront un denier !

c( Aux bois, aux champs, sur la montagne, une lumière marche devant noas , dans les ténèbres, un Konan nous mène au combat ; les étrangers devant les Bretons crieront : Malheur! Un Kadwalader est notre javelot ; lui et les autres chefs noieront dans leur sang nos ennemis.

« Hommes de Dyved et de Glywesig ', n'ayez pas peur ! La Sainte-Trinité nous délivrera de nos maux. Oui, Tinspiration des bardes ne peut nous tromper.

Ci II va nous venir à propos du secours d'Armorique, de vaillants guerriers bien montés qui comptent pour rien la vie.

c< Qu'ils sont beaux à la tête de Tarmée, Konan et Kadviralader ! ils seront célébrés jusqu'au jour du jugement; la victoire les attend, ces deux chefs opiniâtres, ces deux profonds politiques, ces deux envoyés de Dieu pour punir l'étranger, ces deux

C'est le Monmouthshire actuel.

défenseurs du pays des marchands , ces deux champions sans peur et toujours prêts, ces deux cœurs animés de la même foi et du même esprit, ces deux ours de race royale que jamais perspnne n*a insultés deux fois. »

Et les bardes siluriens joignant à Tautorité de Merlin une autorité plus ancienne et plus vénérable encore :

« Les druides eux-mêmes , disaient-ils , ont prédit ce qui va nous arriver : « une grande ara mée débarquera sur nos rivages ; depuis TArc< morique jusqu'à Tîle de Mona , tout le pays « sera dans sa main ; depuis le midi de la Gam- « brie jusqu'à Tîle de Thanet , elle possédera « tout; son éloge montera de la terre au cieh »

(( Konan dépouillera l'étranger ; l'étranger cessera d'exister; les Irlandais aussi, grâce à lui, retrouveront leur ancienne puissance. De la race des Cambriens sortira un défenseur vaillant; les vaisseaux de notre nation vogueront de concert ; toute servitude cessera . Konan invite les peuples bretons à vivre en frères ; que saint David guide nos guerriers ! Le jour où l'homme l'appelle à son secours, le Seigneur n'est pas mort ; le Seigneur n'est pas changé, il n'est pas affaibli, il

EN GORNOUAILLBS ET EN ECOSSE. jHA

ne pâlit pas, il n'est pas épuisé , il ne plie pai, il ne tremble pas ^ I »

La prophétie acquérait ainsi un ressort qui lui donnait une vigueur incomparable et la faisait pénétrer comme une flèche dans les tétea les plus dures. C'était le parler plein m clair substitué au parler dm et mystérieux, comme auraient dit les Français du Midi.

Dans les autres pays bretons, en Gornouailles, au Devonshire, au bord de la Glyde et en Armo^ rique, les symboles n'avaient pas besoin d'être expliqués. Là, lorsque les ménestrels prononçaient les grands noms de Konan et de Kadwalader ; lorsqu'ils faisaient résonner la harpe de Merlin ; lorsqu'ils évoquaient l'ombre de ce « vieillard aux cheveux blancs, monté sur un coursier blanc, et portant un sceptre d'argent », mille souvenirs patriotiques s'éveillaient dans les cœurs. Si, en général, pour les bardes gallois du Nord et pour les indigènes des classes éclairées, Konan était le type des ducs bretons-armoricains , qui avaient dû ce nom, comme je l'ai dit précédemment , à leur premier roi conquérant, le fabuleux Konan

< Myvyr,f t. I, p. 156. M. Stépliens a découvert fauteur présumé de ce poème.

Mériadek ^; et si Kadwalader était le type des chefs gallois au jour de la bataille, il n'en était pas de même pour les autres clans et pour la masse du peuple. A leurs yeux, le Konan prédit était Mériadek en personne, et le Kadwalader, un prétendu monarque breton mort à Rome en odeur de sainteté, dont les ossements transportés en Angleterre devaient, en touchant le sol natal, tressaillir du souffle de la vie et ressaisir l'épée destinée à chasser l'étranger '.

Quant au premier personnage de h triade des trois libérateurs, quant à « ce roi vénérable, brillant comme la neige, » les ménestrels n'avaient pas besoin de le désigner plus clairement dans leurs chansons; tout le monde reconnaissait en lui l'immortel blessé de Camblann, endormi depuis six cents ans dans l'ile enchantée

' Etiam in quadain Armorici principatus provincia gentilitia consuetudo est ut omnes fere eorum consules Gonani seu Alani tocentur a duobus inclytis fegibus antecessoribus suis, Gonano Tide> licet et Alano. (Alan, de insulis, de Prophetia MerlinU p* 107.)

' Guin reliquise ejus in insulam fuerint reportaU», Britones ex Armorico regno, Walliaque et Albania atque Coraubia, ubi nunc dispersi sunt, intelligentes ex revelatione reliquiarum Gadwalladri tempus suae revelatîonis in insulam advenisse, revertentur et resociabuntur in insidam, interfectis alienis incubatoribus. (Ibid., p. 103.)

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