‹ MyrdhinnChapitre 15 sur 30 · EN ARMORIQUE. 'K^S · texte numérisé non relu

EN ARMORIQUE. 'K^S

gne Tenlevèrent, dès Tâge de dix ans, à la tutelle naturelle de son oncle Richard, roi d'Angleterre, et le conduisirent au fond d'un château de la Basse-Bretagne, où ils l'entourèrent de tous les soins, de toute la sollicitude, de toute la tendresse qu'on eût pu attendre du père le plus vigilant * ; on doit croire qu'en peignant la noble et touchante figure d'Antor, nourricier du premier Arthur, les romanciers français se sont rappelé le dévouement des gouverneurs du second.

11 n'avait pas encore douze ans qu'un grand nombre de Bretons, impatients de le voir tenir les promesses de Merlin, se soulevaient contre la domination anglaise : on eût dit que Richard Cœur-de-Lion lui-même, par un caprice romanesque ou par haine de Jean sans Terre , eût voulu donner raison au prophète contre son frère ; à sa mort, en effet, il laissa la couronne de la Grande-Bretagne à son neveu Arthur, et la politique de la cour de France semblait tendre au même résultat. Philippe-Auguste, prenant sous sa protection de suzerain , le jeune rival de Jean sans Terre, ne le créa-t-il pas chevalier de sa pro-

* Pro ipso puero foi titer semulantes, cum eo a facie patrui imminentis ad interiora Britanniœ secesserunt (Ibid.)

pre main, et après l'avoir fait proclamer duc de Bretagne, d'Anjou et de Poitou, ne Tenvoya-t-il pas faire ses premières armes contre les Anglais SUT le territoire poitevin ; Merlin avait dit : ce aiguiser ses défenses contre les chênes de la Gaule, et couper les grands arbres en protègent les arbrisseaux. »

Vain espoir ! Le jeune mnglier de guerre aiguisa inutilement ses défenses en Gaule; les grands arbres d'Angleterre restèrent debout , et les arbrisseaux bretons demeurèrent sans abri. Si une prédiction s'accomplit, ce ne fut pas celle de Merlin, mais celle de cet étranger qui annonçait aux Bretons qu'ils seraient victimes de leur forfan* terie imprudente : Jean sans Terre leur prouva d'une manière atroce qu'Arthur II n'était pas plus immortel qu'Arthur P'.

La disparition du jeune et infortuné prince, non moins mystérieuse que celle du vieux monarque, étonna un moment la foi d,es peuples qui croyaient en lui ; pour emprunter une image à son prophète, a les fumées sorties des naseaux du bouc aux cornes d'or et à la barbe d'argent » voilèrent le soleil des espérances populaires. Ce

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ne fut toutefois qu'une éclipse : on put juger, moins d'un demi-siècle plus tard, que l'astre des Bretons avait retrouvé son éclat , quand on l'enlendit saluer par ces mâles et fiers accents frémissants de lesprit de Merlin :

. « Loin d'ici. lesÂnglais ! je chante d'une voix rauque; mon chant est rude comme ceux qiii m'écoutent; je chante pour les seuls Bretons; je veux qu'au souvenir de leur vieille patrie, des droits de leurs ancêtres, de l'exil de leurs pères et de leur propre humiliation, je veux qu'ils

'efforcent, du cœur el du bras, de recouvrer leur vieille indépendance et leur terre natale, qu'oc* cupe l'Anglais, notre ennemi. Qu'ils se hâtent, de peur que la prescription ne vienne légitimer l'injuste possession de nos biens, et que les nouveaux maîtres ne disent que le temps a consacré leur vol *. »

* Saxoncs hinc abeant !

... Solis haec sciibo Britannis Ut memores veteris patriae jurisqiie paterni Exiliique patrum, propriique pudoris, anhelent Viribus et votis ut regnum restituatur Antiquo juri, quod possidet Ânglicus hostis; Neve mal» fidei possessor praedia nostra Prescribat, sumatque bonas a teropore causas.

(tiistmia Britonum versifiiCata. Épilog. éd. de Francisque Miche), 1861.)

288 LES pr.OPliÉTIES UE HERLIK

Tant d'aspîralioDs généreuses vers ce qui fait ici-bas le prix et la dignité de la vie, tant de sang et de larmes versés pendant des siècles, (anl d'opiniâtreté à espérer contre ce qu'on appellerait aujourd'hui brutalement un fait accompli, ne pouvaient êlre inutiles à la sainte cause de la liberté celtique. Tout sillon où tombe la sueur du laboureur doit lui rendre sa peine en or, à la moisson, et s'il sème malgré l'orage, dans Fattente d'un ciel plus clément, Celui qui a fait une vertu de l'espérance le bénit pour n'avoir pas désespéré. L'histoire aussi bénira les nations bretonnes d'avoir semé pendant mille années désastreuses sans jamais se lasser d'attendre l'épi mûr de l'indépendance.

 une seule, il a été donné de lier quelques gerbes et d'accomplir, dans une certaine mesure, les vieilles prophéties : elle Ta pu , grâce à un troisième Arthur, à Arthur de Bretagne, comte de Richemond, connétable de France, grand prince digne de ses deux aînés, digne de porter l'épée française qui devait, en achevant l'œuvre de Jeanne d'Arc, chasser pour jamais les Anglais de notre pays.

Mais si les autres branches de la famille celti-

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