‹ MyrdhinnChapitre 2 sur 30 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

nous sommes, d'auteurs qui vont voler les héros que d'autres se sont donné la peine de déterrer. Je vous répète (cela est sérieux) que le mien m'a été enlevé... Yoler un héros confié à la bonne foi publique, c'est bien pis mille fois que de voler à un homme son trésor dans une vieille cassette. Croyez-moi, le pire des maux, c'est d'être interrompu dans un ouvrage épique du genre de celui-ci, qui aurait dû couler d'une haleine comme un fleuve grossi par la fonte des neiges \ »

Si quelqu'un avait le droit de se plaindre d'avoir été interrompu (je n'oserais dire wlê), serait-ce le chantre d' Ahasvérus , ou le modeste investigateur des antiquités teltiques? Sans mentir, ce dernier n'a pas été peu étourdi en voyant son paisible petit domaine

* Merlin Venchanteur, t. II, p. 20i. . *

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envahi brusquement au son d'héroïques fanfares. Cependant il ne criera pas à Tinvasion; d'autres moins endurants, de ceux-là qu'on suppose irascibles et nerveux, pourront invoquer ciel et terre, et allei* jusqu'à régler les anathèmes de Brizeux :

Arches des ponts, croules ! Poussez, bois défenseurs, - Et fermez tout chemin à oes envalûsseurs!

Pour lui, simple curieux, il ne barre la route à personne. Content de certaines raretés qu'on ne trouve pas sur la voie publique, il les va prendre à la roche vive.

Bien jeune encore, le goût du merveilleux l'entraîna sur les traces de Merlin. Le premier, depuis les chevaliers errants et les poètes du moyen âge, il visita, en antiquaire, la forêt où l'Arioste, avec les pâtres des environs de Ponlrieu, place le tombeau de l'enchanteur:

tw INTRODUCTION.

Con qucsta intenzion prese il canimino .

Verso le selve, prossime a Pontiero, Dove la vocal tomba di Herlino.

Ce que lui apprit la voix de la tombe, une Reime en crédit le répéta à ses lecteurs, et tout inexpérimenté que leur parût l'interprète du barde breton, ils ne dédaignèrent pas de récouter, lorsqu'il décrivit la forêt de Brocéliande, le val des Fées, la fontaine de Baranton, le perron de Merlin, et qu'il raconta les légendes relatives à cette partie de la Basse-Bretague, si souvent citée dans les romans de chevalerie *.

L'année suivante, continuant, sans s'en douter, l'itinéraire de l'Arioste, et laissant à gauche Saînt-Brieuc, Tréguier, et les autres

^ Voir, dans la Revue de Paris du 7 mai 1837» alors entre les mains heureuses do M. Buloz, mon article intitulé : Visite au tombeau de Merlin,

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villes des côles du nord de rArmorique, il Ot voile vers TAnglelerre :

Breaco e Landriglier lascio a man manca, E Ta radendo il gran lito britone, E poi si drizza inver l*arena bianca Onde Inghiltenra si nomo Albione. .

Dans la vraie pairie de Merlin, il alla, guidé par Fauteur de la Reine des fées, droit à la ville qui croit porter le nom et garder le berceau de l'enchanteur breton, et il put entendre répéter aux Gallois une légende que le vieux poète anglais leur a empruntée : « Là le sage Merlin, disent-ils, errait autrefois au fond d'un souterrain, loin des r^ards du jour*. »

Plus tard, entendant les Celtes d'Ecosse

* Tberc the wise Merlin wilhome wont (they say) . . . In a deepc delve, farre from the view of day , . .

(Spencer, ihe Faerie Queen, c. m.)

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