ÉPILOGUE
— Soit ! répondit Merlin, le mariage aura lieu dans la quarantaine. »
Et la chose arriva comme il l'avait prédite.
Alors le vilain, qui n'était toujours qu'un vilain^ parla ainsi à sa femme :
c( Pourquoi irais-je désormais au bois pour parler à la Voix quand j'ai fait fortune? Je suis riche d'amis, d'avoir et de lignage.
— Vous retournerez au bois une dernière fois, lui dit sa femme, il faut prendre congé poliment de la Voix, et lui annoncer que vous ne reviendrez plus. »
Le vilain monte à cheval, suivi par deux sergents, se rend au bois, et se met à crier :
«Merlot! Merlot! »
L'impertinent I l'ingrat! il osait appeler son bienfaiteur Merlot!
« Adieu, dit-il, Merlot, adieu! Je n'ai plus besoin de toi, je suis riche maintenant. »
Merlin lui répondit :
c( Tu as donc oublié le temps où tu venais au bois, ton âne devant loi, et où tu ne gagnais avec tous tes fagots que six deniers par jour? La première fois, tu me fis force révérences, et lu m'ap* pelas monseigneur.
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c< La seconde fois, un peu moins révérencieux, tu ne m^appelas plus que mcssire.
/( La troisième, Ion mauvais cœur ne se cachant plus, lu me nommas sans façon Merlin lout court.
« El maintenant, voilà que par dérision tu m'appelles Merlot ! On croirait vraiment que tu es devenu roi. Eh bien! je te le dis lout net, tu n*as jamais eu de cœur; tu as été vilain, sois vilain derechef; tu as été pauvre, sois pauvre de nouveau. »
Le richard se moqua de ce que disait la Voix. Il n'en crut pas un mol, et retourna chez lui. Mais bientôt son fils Tévêque trépassa; sa fille, la femme du grand prévôt mourut pareillement; pour surcroît de malheur, son seigneur ayant déclaré la guerre à un de ses voisins, il s'endetta pour le servir. Plus de vin dans sa cave, plus de blé dans son grenier. Au bout de Tannée, quand il fallut payer les impôts, plus d'argent dans ses coffres : on vendit ses meubles et sa terre.
« Hélas ! dit alors le vilain, faut-il donc que je perde lout! argent, terre, maison, et mes enfants aussi! Pourquoi n'ai-je pas cru Merlin? Mais il n'est plus temps; je voudrais mourir! Maudite soit la vie! Si du moins mon âne me restait ! »