LES
...Donc Cendrillon épousa le fils du roi.
Quelques mois après, le fils du roi, ayant perdu son père, devint roi à son tour.
Puis la reine Cendrillon mit au monde une petite fille, qu'on appela la princesse Mimi.
La princesse Mimi était belle comme le jour. Sa figure rose et ses cheveux d'or léger, traversés de soleil, la faisaient ressembler à une rose mousseuse; et elle avait beaucoup d'esprit.
Quand elle eut quinze ans, il fallut la marier : car telle était la loi du royaume.
Mais, comme elle était princesse, elle ne pouvait épouser qu'un prince.
Or il n'y avait alors, dans tout le pays environnant, que deux princes:
Le prince Polyphème, qui était sept fois plus
90 LES AMOUKEUX
grand que la princesse Mimi, et le prince Poucet, qui était sept fois plus petit qu'elle.
Et tous deux aimaient Mimi d'amour; mais Mimi n'aimait ni l'un ni l'autre: l'un parce qu'il était trop grand, et l'autre parce qu'il était trop petit.
Néanmoins le roi lui ordonna de choisir l'un des deux princes avant que le mois ne fût écoulé ; et il permit aux deux princes de faire leur cour à la princesse.
Et il fut convenu que celui qui serait repoussé pardonnerait à Tautre et ne lui ferait point de mal.
Polyphème arriva avec des présents. C'étaient des bœufs, des moutons, des fromages et des fruits à pleines corbeilles. Et il était suivi de guerriers géants, vêtus de peaux de bêtes cousues ensemble.
Poucet apporta des oiseaux dans une cage dorée, des fleurs et des bijoux, et il était suivi de bouffons et de danseurs habillés de soie et coiffés de bonnets à grelots.
Polyphème raconta son histoire à la princesse :
— Ne croyez pas, lui dit-il, ce qu'un poète du nom d'Homère a rapporté sur moi. D'abord il a dit que je n'avais qu'un œil, et vous voyez que j'en ai deux.
Puis, il est vrai que jadis il m'est arrivé de manger les hommes qui abordaient dans mon île ; mais, si je faisais ainsi, c'est parce qu'ils étaient très petits et que je n'avais pas plus de scrupule à les manger que vous n'en pouvez avoir à sucer, à la table du roi votre père, les os d'un pluvier ou d'un lapereau. Mais un jour un Grec, nommé Ulysse, me fit comprendre que ces petitshommes étaient pourtant des hommes comme moi, que souvent ils avaient une famille, et que je leur faisais beaucoup de peine en les mangeant. A partir de ce jour, je ne me suis plus nourri que de la chair et du lait de mes troupeaux. Car je ne suis pas méchant ; et même, vous le voyez, princesse Mimi, moi si fort et si grand, je suis avec vous aussi doux qu'un agneau nouvellement né.
Et, par vanité, Polyphème ne dit point qu'Ulysse avait triomphé de lui en dépit de sa force et lui avait crevé les yeux pendant son sommeil, et qu'il n'avait recouvré la vue que par les remèdes d'un savant magicien.
Et Mimi songeait :
— Tout de même il serait capable de me manger s'il avait faim. Tandis que le prince Poucet est si petit, que c'est moi qui pourrais le croquer si j'en avais envie.
Poucet raconta son histoire à son tour: — De perfides enchanteurs, dit-il, avaient voulu m'égarer dans la forêt avec mes six frères. Mais je semai derrière moi des cailloux blancs pour retrouver notre chemin. Par malheur je rencontrai l'Ogre. Il nous emmena dans son palais et nous fit coucher dans un grand lit. Je découvris qu'il voulait nous tuer le lendemain matin. Alors je mis dans le grand lit, à notre place, les sept filles de l'Ogre, et ce fut elles que l'Ogre égorgea. Et je lui pris ses bottes de sept lieues, qui me furent d'un grand secours dans une guerre que j'eus à soutenir contre un roi voisin : car elles me permirent d'être informé de tous les mouvements de l'ennemi. Et ainsi je suis devenu un prince très puissant. Mais je renonçai à porter ces bottes, et je les ai mises dans le musée de mon palais, parce qu'elles sont trop rudes à mes pieds, et aussi parce que, contraignant celui qui les porte à faire sept lieues à chaque pas, elles ne sont point commodes pour la promenade Mais je vous les montrerai, princesse Mimi.
Et, par vanité, Poucet ne dit point qu'il était le fils depauvres bûcherons. Et, commeavait faitPolyphème, il mêlait le vrai et le faux : car l'amour, l'intérêt, et quelquefois l'imagination, nous font toujours mentir un peu.
Etlaprincesse Mimi était émerveillée de la subtilité d'esprit du prince Poucet.
Un jour, Polyphème, couché, les jambes allongées, dans le salon de la princesse qu'il remplissait tout entier, lui dit de sa voix pareille au tonnerre et dont les éclats faisaient trembler les vitraux coloriés et secouaient les fragiles étagères : ■
— Je suis simple d'esprit, maisj'aile cœur droit et je suis fort. J'arrache les rochers et les lance dans la mer, j'assomme les bœufs d'un léger coup de poing, et les lions ont peur de moi. Venez dans mon pays. Vousy verrez des montagnes, bleues le matin, roses le soir, avec de grands lacs unis comme des miroirs et des forêts aussi vieilles que le monde. Je vous porterai partout où vous voudrez. J'irai vous cueillir, sur les plus hautes cimes, des fleurs dont aucune femme ne s'est jamais parée. Mes compagnons et moi, nous serons vos esclaves. N'est-ce pas un rare destin d'être comme une déesse toute petite servie par des géants? d'être la reine unique —mignonne comme vous êtes — des forêts et des montagnes, des torrents et des grands lacs, des aigles et des lions ?
La princesse était un peu émue en entendant ces paroles. Elle frissonnait, et cependant était joyeuse, comme un roitelet qui, serré dans le creux d'une large main, sentirait que cette main l'adore et que c'est lui qui tient captif l'oiseleur énorme.
Mais Poucet, blotti dans un pli de la robe de Mimi, lui disait de sa grêle voix de cristal :
— Prenez-moi: je tiens si peu de place! Petit comme je suis, vous aurez le plaisir de songer que vous pouvez faire de moi tout ce qu'il vous plaira. J'aurai de l'esprit pour vous aimer. Je saurai vous le dire de cent façons diverses et , selon que vous serez triste ou gaie, vive ou languissante, selon l'heure du jour et la saison de l'année, je saurai accommoder mes paroles et mes caresses au désir secret de votre cœur. Et j'aurai mille artifices pour vous divertir. Je vous entourerai de tout ce que l'industrie des hommes a inventé pour l'agrément de la vie. Vous n'aurez sous les yeux que des objets élégants ; vous jouirez des belles étoffes, des statues bien ciselées, des joyaux et des parfums . Je vous conterai des histoires et je vous ferai donner la comédie par des histrions ingénieux. Je sais chanter,jouer de la mandoline et composer des vers. Il est plus beau d'exprimer harmonieusement les choses vues et senties que d'enjamber les torrents ;
plus difficile de dompter les mots que de dompter les lions; plus rare d'embellir sa vie par la grâce de l'esprit que d'exercer les muscles de son corps... Etlaprincese Mimi rêvait en souriant, comme si ce discours l'eût délicieusement bercée.
Un matin, elle dit à ses deux soupirants: — Faites-moi des vers, je vous prie.
Le prince Poucet se recueillit un moment, puis récita ces vers, petits comme lui-même :
Bien qu'étant prince (Chacun le sait), Je suis fort mince, J'ai nom Poucet.
Corps minuscule, Gros comme rien, Ne suis Hercule :
M'en moque bien 1
La gouttelette, Sur l'églantier, Humble, reflète Le ciel entier.
Et mille roses (Une moisson !) Vivent encloses Dans un flacon.
J'ai (mais qu'importe?) Corps frêle et court.
En moi je porte Si grand amour !
— Charmant ! exquis ! dit la princesse.
Et elle se sentit fière d'être aimée d'un petit homme qui enchaînait les mots avec tant de facilité.
— Bah! dit Polyphème, cela ne doit pas être bien difficile de faire d'aussi petits vers.
— Essayez ! dit Poucet.
Le géant essaya toute la journée. Il ne trouvait rien. Par moments, de son poing fermé il se frappait le front avec colère ; mais cela n'en faisait rien sortir. Il s'étonnait et s'irritait d'être impuissant b. exprimer ce qu'il sentait si vivement. Cela lui semblait injuste. Il demeurait immobile, la bouche entr'ouverte et l'œil vague... Enfin, vers le soir, il s'avisa qu amour rimait avec jour. Quelques heures après, il vint dire à Mimi :
— J'ai trouvé !
— Voyons! dit la princesse.
— Voici, dit le géant :
Vous êtes belle comme le jour, Et je vous assure que j'ai pour vous beaucoup d'amour.
La princesse éclata de rire.
— Est-ce que ces vers nesont pas bons? demanda Polyphème.
Poucet triomphait.
— Ce n'était pourtant pas malaisé ! fit-il. Vous n'aviez qu'à dire :
Vous êtes bien petite, ô ma princesse blonde : Mais votre petitesse emplit pour moi le monde I
Ou bien :
Je suis un bon géant très fou
Qui meurs d'amour pour un joujou.
Ou encore :
O petite, petite fille, Qui m'as percé d'un trait vainqueur, Toi qui me viens à la cheville, Comment donc as-tu fait pour atteindre mon cœur ?
Ou, si vous le préférez :
Je m'en vais en deux mots vous raconter la chose : Il était un grand chêne amoureux d'une rose.
— Adorable ! dit la princesse.
Mais elle vit dans l'œil du géant une larme grosse comme un œuf; et il avait Pair si malheureux qu'elle eut pitié de lui. Et en même temps il lui parut que Poucet montrait trop de satisfaction de sa propre habileté et que cela était de mauvais goût. Elle fut d'autant plus touchée de la douceur et de la naïveté de Polyphème :
— Après tout, se dit-elle, il pourrait écraser son rival d'une chiquenaude, ou simplement le mettre dans sa poche. Moi-même; bien que je sois plus
MYKhlIA. 7
grande que Poucet, il pourrait m'emporter sous son bras et faire de moi ce qu'il voudrait. Il faut qu'il soit très bon, puisqu'il ne fait rien de tout cela. Et elle dit à Polyphème :
— Ne vous désolez pas, mon ami. Vos vers ne sont pas très bons ; mais le cœur y est, et, après tout, ils disent l'essentiel.
— Mais, fit Poucet, ce ne sont pas des vers : car le premier a neuf syllabes, et le second en a quatorze et n'a pas de césure.
— Ce sont donc, dit la princesse, des vers de poète décadent. Taisez-vous, prince Poucet !
Le palais de la princesse Mimi était entouré d'un grand parc que traversait un fleuve bleu. Au milieu du fleuve, sur un îlot pareil à un bouquet, s'élevait un pavillon de fines porcelaines coloriées, avec des vitraux faits de pierres précieuses réunies par des nervures d'argent. L'architecte subtil avait donné à ce pavillon la forme et l'aspect d'une immense tulipe. La princesse avait coutume d'y passer de longues heures, pour la joie de se sentir suspendue entre l'azur du fleuve et l'azur du ciel.
Un jour qu'elle était là, à demi couchée, rêvant à demi, les yeux mi-clos et chantant à mi-voix de petites chansons mélancoliques, elle ne s'aperçut pas que le fleuve montait autour d'elle. Enfin le grondement des vagues la tira de son demi-sommeil, et, ouvrant la fenêtre, elle vit que le pont qui conduisait à Tîlot était submergé et que bientôt l'eau entrerait dans le pavillon. Elle eut peur et cria.
Sur la rive, le roi son père, la reine Gendrillon sa mère et le prince Poucet se désespéraient et, tous trois ensemble, levaient les bras au ciel. Tout à coup Polyphème apparut. Il entra dans le fleuve, et l'eau lui vint à peine à la ceinture. En trois enjambées il arriva au pavillon, saisit délicatement la princesse et la rapporta sur le bord.
— Oh ! se dit Mimi, que c'est beau d'être grand et fort ! Et que c'est doux de se sentir ainsi protégée! Avec lui je pourrais dormir tranquille et je n'aurais jamais ni frayeur ni souci. Je crois bien que c'est lui que je choisirai.
Elle sourit au géant, et le sourire de cette petite bouche secoua tout entier d'un frisson de plaisir le vaste corps de Polyphème.
ILe jour suivant, elle vit Poucet si triste que, pour le consoler, elle lui proposa de faire avec elle une belle promenade dans les champs.
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Elle le tenait par la main et elle faisait semblant d'être languissante pour ne pas marcher trop vite et pour ne pas fatiguer son compagnon.
Ils rencontrèrent un troupeau de moutons. Et, comme Poucet portait ce jour-là un pourpoint de satin cerise, un bélier, à qui cette couleur déplaisait, se détacha du troupeau et, les cornes baissées, fondit tout droit sur le petit prince.
Poucet, qui avait beaucoup d'amour-propre, fit bonne contenance, bien qu'il eût grand'peur. Mais, au moment où le bélier allait l'atteindre, la princesse Mimi prit Poucet dans ses bras et, en même temps, elle fut assez adroite pour ouvrir son ombrelle au nez du bélier, qui s'arrêta de surprise et presque aussitôt rebroussa chemin .
— Il fait bien de s'en aller, dit Poucet. Je n'avais pas peur de lui, et vous avez vu, princesse, comme je m'apprêtais à le recevoir.
— Oui, petit prince, je sais que vous êtes brave, dit Mimi.
Et elle songeait :
— Oh ! que c'est bon de protéger plus faible que soi! Certainement on doit finir par aimer ceux à qui on est utile, surtout quand ils sont jolis et fins comme ce petit homme.
Le lendemain , Poucet offrit à la princesse une petite rose presque encore en bouton, mais telle que jamais rose ne fut d'un rose si tendre et n'eut parfum plus délicat.
Mimi prit la fleur en disant:
— Merci, mon cher petit prince.
Elle portait ce jour-là une robe à reflets changeants qui semblait faite du même tissu que l'aile des libellules.
— Ah! dit Poucet, que vous avez une belle robe !
— N'est-ce pas ? dit Mimi. Et voyez comme votre rose fait bien sur mon corsage.
— Une rose! songea Polyphème, qu'est-ce que cela? Je vais lui montrer, moi, quels bouquets je puis offrir.
Il s'en alla dans les Indes ; il y découvrit un grand arbre tout fleuri de fleurs éclatantes, grandes comme des cloches de cathédrale ; et, l'ayant arraché, il l'apporta à Mimi d'un air de triomphe.
— Il est fort beau, dit la princesse en riant. Mais que voulez-vous que j'en fasse, mon cher prince ? Je ne puis le mettre à mon corsage ni dans mes cheveux.
Le bon géant, tout honteux, ne sut que dire.
Comme il baissait les yeux, il s'aperçut que le prince Poucet portait un habit de la même étoffe que la robe de la princesse.
— Oh ! fit-il.
— Oui, répondit-elle, je lui ai fait faire ce bel habit avec un petit morceau qui restait de ma robe. Je ne pouvais vous l'offrira vous, car il n'y aurait pas eu de quoi vous faire seulement un nœud de cravate.
Et, se tournant vers le roi :
— Puisque l'heure est venue de me prononcer, mon père, c'est le prince Poucet que je prends pour mari. Le prince Polyphème me pardonnera. J'ai beaucoup d'estime pour lui et je compatis à sa peine.
Le géant poussa un soupir dont tout le palais trembla; puis, comme il était honnête homme, il tendit loyalement à Poucet sa vaste main, où celle du petit prince vint s'engloutir.
— Rendez-la heureuse, lui dit-il.
Le jour du mariage, la princesse Mimi n'était ni triste ni gaie : car elle avait sans doute de l'amitié pour Poucet, mais elle ne l'aimait point d'amour.
Au moment où le cortège partait pour l'église, on annonça que le prince Charmant, qui était en voyage depuis plusieurs années, venait d'arriver et qu'il assisterait à la cérémonie.
Le prince Charmant parut. 11 était un peu plus grand que la princesse, beau, de haute mine, et tout plein d'esprit. Bref, le prince Charmant était charmant.
La princesse ne l'avait jamais vu, et même n'avait jamais entendu parler de lui. Mais, aussitôt qu'il se présenta, elle devint toute pâle, puis toute rouge, et elle dit ces mots comme malgré elle:
— Prince Charmant, je vous attendais. Je vous aime et je sens bien que vous m'aimez. Mais j'ai engagé ma foi à ce pauvre petit homme et ne puis la reprendre.
Ce disant, elle faillit tomber en pâmoison. Polyphème se pencha sur Poucet :
— Petit prince, ce que j'ai fait, n'aurez-vous pas le courage de le faire ?
— Mais je l'aime! dit Poucet.
— C'est justement pour cela, dit le bon géant.
— Madame, dit Poucet à la princesse Mimi, ce bon géant a raison. Je vous aime trop pour vous posséder contre votre gré. Nous n'avions pas prévu
l'arrivée du prince Charmant. Épousez-le, puisque vous l'aimez.
La princesse Mimi, dans un élan de joie, enleva de terre le petit prince et l'embrassa sur les deux joues en disant :
— Ah ! que c'est gentil, ce que vous faites là ! Poucet pleura et dit :
— Cela est plus cruel que tout le reste.
— Viens, pauvre petit prince, dit Polyphème. Tu me raconteras ton chagrin. Nous parlerons d'elle tous les jours, et nous veillerons sur elle, de loin.
Il prit Poucet sur son épaule, et bientôt tous deux disparurent à l'horizon
Elle était bien pâle et, dans sa souplesse de roseau, bien frêle pour ses dix-sept ans, Hellé la fille du stratège Thémistocle. Mais ses grands yeux clairs disaient la pensée généreuse qui habitait sous son front bombé d'enfant et l'âme ardente qui brûlait dans son sein délicat.
De bonne heure elle avait perdu samère,une Grecque des îles qui passait sa vie dans les mystérieuses pratiques de cultes inconnus d'Athènes. Elle avait alors reçu les leçons du poète Eschyle, ami de son père, et appris de lui, sur la patrie, sur les dieux et sur la façon dont il convient de les adorer et de les servir, deschoses que le vulgaire ne savaitpoint. Hellé était très pieuse, très savante pour son âge ; elle admirait son père et était pénétrée d'amour pour la terre où elle était née.
Hellé avait une amie, Mnaïs, fille d'un riche Athénien nommé Clinias, fraîche, rieuse, ignorante,
et qui ne songeait qu'au divertissement et à la parure. Et la fille de Thémistocle aimait tendrement Mnaïs, bien qu'elle lui ressemblât si peu.
C'était l'usage à Athènes que, tous les quatre ans, deux jeunes filles de bonne maison fussent désignées par l'archonte-roi pour tisser et broder le voile qui devait être offert, lors des grandes Panathénées, à la déesse protectrice de la ville. Pendant six mois les vierges demeuraient sur l'Acropole, dans la maison des Errhéphores. Elles étaient vêtues d'une robe blanche et d'un manteau brodé d'or. Et on les nourrissait d'un pain sacré, appelé nastos, qui était fait de froment nouveau, et assaisonné de toutes sortes d'épices.
Or, cette année-là, Hellé et Mnaïs furent choisies pour tisser et pour orner de broderies le péplos de Pallas-Athéné.
Ce fut une grande joie pour Hellé. Elle se disait que, tissé par ses mains, le grand voile plairait à la déesse et serait une bonne sauvegarde pour la cité, tant elle y apporterait de zèle et d'amour.
Mais Mnaïs, quand elle apprit la nouvelle, se mit à pleurer.
— Ainsi, dit-elle, je ne danserai plus avec mes compagnes, et je vivrai entre quatre murs, comme une prisonnière 1
— Vous êtes une sotte, lui répondit Clinias. Il est incroyable que vous accueilliez par des pleurs un choix qui fait tant d'honneur à la famille !
Et, comme Mnaïs ne voulait rien entendre, Hellé la prit à part :
— Pourquoi ce chagrin, ma petite Mnaïs ? La maison des vierges n'est pas une prison. Elle est claire et gaie ; elle est ornée de belles peintures et entourée d'un jeu de paume, d'une terrasse et d'un jardin. De nos fenêtres nous verrons le Pirée, la mer bleue et la ville entière à nos pieds. Et nous ne serons pas seules, car nous aurons la 'compagnie des prêtres, et nos parents viendront souvent nous voir.
— Mais lui, hélas! je ne le verrai plus.
— Qui donc? dit Hellé.
— Je vais te confier mon secret. J'aime un jeune homme, dont je suis aimée. Et c'est pour cela que ce qui te cause tant de joie me plonge dans le plus profond désespoir.
— Et comment s'appelle-t-il ?
— Je ne puis te le dire.
— Sans doute c'est quelque jeune homme de noble race, habile à la parole et au maniement des armes ?
— 11 est beau et je l'aime, répondit Mnaïs.
— Mais, dit Hellé, as-tu le cœur si faible que de ne pouvoir supporter une séparation de quelques mois ! Pense à la joie de travailler pour cette patrie si douce qui t'a nourrie, toi et celui que tu aimes. Songe que des milliers déjeunes filles ont souhaité avec ardeur de tisser le voile de la déesse et que tu es une des deux qui jouissent d'un honneur si envié.
— Eh ! dit Mnaïs, qu'est-ce que cela fait à Pallas que le voile soit tissé par moi ou par une autre ? Je ne suis pas impie : mais pourquoi la déesse me prend-elle ce que j'ai de meilleur au monde?
— Ah ! Mnaïs, comment peux-tu parler ainsi ? Remercie plutôt la déesse : car, après que tu auras brodé son voile, ton ami sera fier de toi et t'en aimera davantage.
— Hélas ! je ne me promènerai donc plus avec lui dans les bois de myrtes et de lauriers-roses !
— Il est vrai que tu seras privée de cette joie pendant une saison-Mais tu seras la petite prêtresse de la grande Pallas ; les citoyens t'honoreront, et tu seras si jolie sous la robe blanche à petits plis et sous le manteau brodé d'or !...
A ce moment, Mnaïs sourit au milieu de ses larmes :
— Allons, je veux bien, dit-elle. Mais toi, tu n'as donc pas d'amoureux ?
— J'aime Athènes, répondit Hellé, et je suis la servante de Pallas-Athéné.
Donc, Hellé et Mnaïs furent installées dans le petit couvent des Errhéphores, près du temple d'Erecthée.
Elles commencèrent à tisser le voile, sous la surveillance du sacristain Théodore, un vieil homme bavard, qui leur enseignait les cérémonies et les rites et tout ce qu'elles auraient à faire à la procession des grandes Panathénées.
Il leur racontait aussi des détails que lui seul savait sur l'histoire de la déesse, et tous les miracles dus à sa puissance, tels que guérisons, cassettes retrouvées et navires sauvés de la tempête.
Et, tandis qu'il faisait ces récits, les yeux d'Hellé brillaient et ses prunelles semblaient s'élargir. Mais Mnaïs n'écoutait que d'une oreille et s'endormait quelquefois.
Quand le tissu fut terminé, un jeune homme, du nom de Phidias, dont le métier était de faire des peintures et des statues, vint dans la maison des Errhéphores, afin de tracer les figures qui devaient être brodées sur le voile.
Il dessina le combat des Géants et, sur l'amoncellement de leurs vastes corps renversés, Pallas- Athéné, menaçante, les coins des lèvres abaissés, les yeux roulants et farouches, un pli profond entre les deux sourcils.
— Oh ! dit Hellé, ce n'est pas ainsi que je la vois, mais plutôt sereine, une paix divine dans les yeux, victorieuse sans effort et sans colère.
Phidias dessina ensuite la naissance d'Athéné, le crâne de Zeus entièrement fendu en deux, et la déesse surgissant, toute armée, de l'ouverture béante, comme une fleur rouge d'une fente de rocher.
— Oh ! dit Hellé, ce Zeus est fâcheux à voir. Ce n'est pas ainsi qu'il faut représenter les dieux: ils doivent toujours être beaux. Cette histoire signifie que Pallas-Athéné est la pensée de Zeus. Je voudrais qu'elle s'élevât toute blanche au-dessus du front divin, et que ce front fût déjà refermé.
— Enfant, dit Phidias, un esprit plus pur que le nôtre habite en toi.
Il refit les deux dessins et donna à la déesse les ycux^ les sourcils, les joues délicates et la bouche d'Hellé.
— Comme elle te ressemble ! dit Mnaïs à sa compagne.
HELLB 113
— Tu es folle, répondit Hellé. Ce jeune homme est trop pieux pour avoir voulu prêter à une déesse les traits d'une mortelle.
Mais elle rougit un peu en disant cela, tout émue d'une joie secrète.
Toutes deux se mirent à broder le voile, Hellé avec une application fervente, et Mnaïs fort négligemment. Souvent même Mnaïs embrouillait les fils ou se trompait de couleurs ; et alors elle se fâchait d'être obligée de recommencer.
Et, tout en travaillant, les deux jeunes filles chantaient à mi-voix. Hellé chantait des vers de Tyrtée ou d'Eschyle. MaisMnaïsnefredonnaitque des chansons d'amour, des odelettes de Simonide ou d'Anacréon.
Et Hellé voyait bien que Mnaïs pensait toujours à son amoureux.
Pendant les heures où elles ne brodaient pas, elles jouaient à la balle dans la cour du petit couvent, elles se promenaient dans le petit jardin, ou bien elles aidaient Théodore à balayer le temple et elles cueillaient et tressaient des fleurs pour renouveler les guirlandes du portique.
Souvent elles assistaient aux sacrifices que
venaient faire les dévots. Les offrandes étaient des corbeilles de fruits, du lait, du vin, — parfois un chevreau ou un mouton. Ces jours-là, le sacristain Théodore était encore plus gai que de coutume ; car il avait le droit de garder les peaux et de les vendre, et c'étaient là ses petits profits.
Il y avait dans le temple d'Erecthée, qui était fort ancien, un olivier et un puits.
L'olivier, tronc noir et tordu, couronné d'un léger feuillage d'argent, était celui que Pallas avait fait jaillir du sol, d'un coup de sa lance.
Le puits, Poséidon l'avait creusé d'un coup de son trident. L'eau de ce puits était de l'eau de mer, et, les jours de tempête, cette eau s'agitait et grondait comme la mer elle-même.
Mnaïs s'amusait quelquefois à jeter des cailloux dans le puits pour le plaisir d'entendre, multiplié et grossi par les échos, le heurt des cailloux contre les parois du gouffre.
— Que fais-tu? disait Hellé inquiète. Ce puits est sacré. Prends garde d'irriter le dieu !
C'était aussi dans le temple qu'on déposait, tous les mois, les gâteaux de farine et de miel que
venait manger le grand serpent, gardien de la citadelle.
Ce serpent, personne ne l'avait jamais vu ; mais il existait certainement, puisque les gâteaux qu'on lui offrait pour sa nourriture disparaissaient toujours de l'autel.
Justement, le sacristain Théodore venait de placer les gâteaux, tout frais, sur la table de marbre.
— Je pense à une chose, dit Mnaïs à son amie. Si nous venions ici cette nuit... pourvoir le serpent manger ?
Hellé, curieuse, y consentit.
A la tombée de la nuit, les deux jeunes filles se glissèrent dans le temple d'Erecthée et, cachées derrière un rideau, elles attendirent.
Elles distinguèrent comme un bruit de pas qui s'approchaient.
— C'est le serpent! dit Hellé. Allons-nous-en.
— Bête ! dit Mnaïs, est-ce que les serpents marchent?
Elles virent alors entrer Théodore, une lanterne à la main. Il alla vers l'autel, y prit les gâteaux et les mangea d'un air de grande satisfaction.
Hellé s'élança de sa cachette :
— Oh ! dit-elle, moi qui te croyais si pieux et si
saint ! Ne crains-tu pas, en volant le dieu, d'attirer le malheur sur la ville ?
— Le serpent est malade, dit le sacristain sans se troubler, et il ne mangera pas ce mois-ci. Il me l'a fait savoir par un songe.
— C'est peut-être, dit Mnaïs, qu'il n'y a pas de serpent.
Mais Hellé crut aux paroles de Théodore :
— Si le serpent ne veut plus de nos offrandes, songea-t-elle, c'est sans doute parce que Mnaïs est paresseuse et lente à broder le voile ou bien parce qu'elle a jeté des cailloux dans le puits sacré.
Et elle sentait diminuer son amitié pour Mnaïs.
La maison des Errhéphores étant située à l'un des angles de l'Acropole, les deux jeunes filles pouvaient voir de leur terrasse, à cent cinquante coudées au-dessous d'elles, la place où les jeunes gens s'exerçaient à la course, à la lutte et au jeu de l'arc.
Mnaïs venait souvent s'accouder sur le petit mur. Elle restait là des heures, et Hellé croyait qu'elle regrettait surtout de ne plus vivre parmi le bruit et le mouvement de la ville.
Mais, un jour, Hellé vit Mnaïs, qui se croyait
seule, tirer une lettre de son sein et la lire avec
une avidité un peu inquiète et comme quelqu'un
qui craint d'être surpris.
— Qu'est-ce que cela? dit Hellé ens'approchant.
Toutes les roses d'un rosier rouge fleurirent soudain sur les joues delà belle Mnaïs. Gauchement, elle voulut cacher la lettre.
— Donne-la-moi, dit Hellé, très grave.
Mnaïs obéit. C'était une lettre de son amoureux. Ce billet disait : « Et moi aussi, ma bien-aimée, je m'ennuie et je languis. La déesse est cruelle qui t'enlève à moi et qui ne permet plus que je voie tes yeux couleur de violette et tes cheveux plus blonds que le blé mûr. Que ne puis-je, comme une de mes flèches, voler dans l'air jusqu'à toi!... » »
— Tu lui as donc écrit? demanda Hellé. Et comment, par quel messager ou par quelle ruse, pouvez-vous correspondre ainsi? Dis-moi tout. Je veux savoir.
Mnaïs fondit en larmes :
— Ne me gronde pas, sage Hellé . Je te confesserai tout. A force de regarder en bas, j'ai fini par reconnaître celui que j'aime au milieu des jeunes gens qui jouent sur la place. Et lui sans doute aussi m'a reconnue. Même, il sait où est la fenêtre de ma cham-
bre. Comment ? Je l'ignore. Peut-être m'a-t-il vue quelquefois à cette fenêtre quand je m'y attarde au soleil couchant... Une nuit... — oh! je dormais pourtant bien, je t'assure, — je fus réveillée par un sifflement... Une flèche vint se briser contre le mur de ma cellule. Cette flèche... j'en ramassai les morceaux... Une lettre y était attachée. Est-ce ma faute, à moi?
— Et tu lui as répondu?
— Il serait mort sans cela, dit Mnaïs, et je ne veux pas qu'il meure... Il attendait une réponse et m'indiquait le moyen de la lui faire parvenir. C'est bien simple, va. J'ai attaché ma lettre, avec une assez grosse pierre, au bout d'un long fil, et je l'ai laissée descendre et rouler, lentement, du haut delà terrasse...
— Et ce fil, où l'as-tu pris?
— Ne te fâche pas, je l'ai pris dans la corbeille où sont les soies de toutes couleurs qui servent à broder le voile de la déesse.
— 0 Mnaïs, qu'as-tu fait ? Il faut, pour plaire à la Vierge divine, un cœur pur où vivent seulement son amour et celui de la terre natale. Et non seulement tu ne lui gardes point ton cœur intact, mais tu emploies, au service d'un sentiment qui ofîense la déesse, des objets qui lui appartiennent!
Hélas ! je crains fort qu'elle ne se détourne de nous, à cause de toi.
— Mais, dit Mnaïs, j'aime la déesse et elle le sait. Elle ne sera pas plus irritée que je ne Tétais quand, par hasard, travaillant l'été dans le jardin de mon père, un oiseau venait me prendre un bout de mes laines ou un fil de mon fuseau.
— Tu n'entends même pas ma pensée, dit Hellé. Je devrais sans doute te dénoncer à Farchonte-roi. Mais le mal est fait; puis, je t'aime encore, et je ne veux pas attirer sur toi la honte ni la douleur : mais promets-moi d'abord de ne plus écrire à ce jeune homme.
— Je te le promets.
— Ce n'est pas tout : tu ne toucheras plus au voile, et je le broderai seule.
— Comme il te plaira, dit Mnaïs, au fond très contente de n'avoir plus rien à faire.
Et, de son côté, Hellé se réjouissait secrètement d'être désormais l'unique ouvrière du voile sacré.
Cependant, la nouvelle fut apportée que les vaisseaux innombrables des Perses s'avançaient vers l'Attique et que Thémistocle avait été nommé
chef suprême de l'armée et de la flotte grecques. Le stratège vint dans la maison des Errhéphores pour embrasser Hellé.
— Je pars, ma fille, lui dit-il, et je ne sais si les dieux m'accorderont la victoire, ni même si je reviendrai.
Hellé rayonnait de joie et d'orgueil :
— Oui, cher père, vous serez vainqueur et vous rentrerez dans la ville. Il me semble que cela dépend de moi en quelque façon, que mes mains si frêles tiennent, avec le saint voile, la destinée de la patrie, et que le zèle que je mettrai à broder les figures sacrées apaisera les vents, là-bas, sur la mer bleue et rendra plus facile et plus heureuse, par la grâce d'Athéné, la manœuvre des navires.
Et, à partir de ce jour, Hellé travailla au voile avec une telle ardeur d'attention et de désir, qu'elle pâlissait à mesure et qu'on eût dit qu'un peu de son âme et de son souffle passait dans chaque point de la broderie.
Et Mnaïs, oisive, dormait presque du matin au soir, et sa fraîche beauté s'épanouissait de plus en plus.
Une nuit, Hellé entendit, sur la terrasse, des
pas, puis des voix. Elle se leva et aperçut, au clair de la lune , Mnaïs penchée par-dessus le petit mur et, à quelques coudées au-dessous d'elle, un homme suspendu aux broussailles et aux saillies du rocher.
Hellé ramassa des pierres, monta sur le mur, et, debout, grandie par sa robe blanche et par la clarté nocturne, elle jeta les pierres sur l'homme, qui roula a travers les rochers et les buissons.
Mnaïs poussa un cri :
— Ne me le tue pas!
— Laisse-moi, fille menteuse ! Eh quoi ! à l'heure où la ville est en danger, où nos pères et nos frères lui offrent leur sang, toi, Athénienne, fille d'Athénien. . . Mais j'y pense, pourquoi ton amoureux n'estil pas avec eux là-bas? Est-ce donc un lâche? At-il déserté l'armée? ou bien s'est-il caché quand les autres partaient?
— Il n'avait pas à partir, dit Mnaïs, car il est fils d'un étranger établi dans la ville.
— Oh ! fit Hellé épouvantée, en cachant son visage dans ses mains.
Puis, relevant la tête, elle posa ses deux mains sur les épaules de Mnaïs et la regarda dans les yeux :
— Écoute, dit-elle; s'il arrive malheur à Athènes... prends garde à toi !
Hellé, rentrée dans sa chambre, fit cette prière : « 0 déesse, bien que mon père soit comparable par le courage aux anciens héros ; bien que tous ceux qui sont à Salamine aient bonne volonté et qu'ils soient prêts à mourir; bien que moi-même je n'aie jamais eu de pensée que pour vous et pour la ville qui vous est chère, je tremble que le crime de Mnaïs n'ait excité contre nous votre ressentiment. Car souvent les dieux ont fait expier à tous les citoyens d'une ville la faute d'un seul, afin de nous apprendre que nous dépendons les uns des autres et que la vertu de chacun importe à tous. Mais, à cause de cela même, vous permettez que le crime d'un cœur faible et mauvais soit effacé parle sacrifice d'un cœur meilleur et plus fort. Et c'est pourquoi, déesse, je vous offre ma vie en expiation. Prenez-moi ! prenez-moi! Je suis déjà si frêle et si malade, que je n'ai plus grand'chose à l'aire pour mourir, et que je m'en irai vers vous comme se détache, au plus léger vent, une feuille à qui la sève a manqué et que le soleil a brûlée. Ainsi m'a dévorée, tout enfant, le soleil d'un grand amour. Ce ne fut point l'amour d'un homme, vous le savez,
ni d'aucune créature condamnée à lamort. Je n'aime que ce qui doit durer toujours. Je vous aime, ô déesse, parce que vous êtes l'intelligence, la vertu, l'harmonie ; et j'aime Athènes parce que c'est la cité que vous avez choisie pour y façonner peu à peuun exemplaire de la vie et de la société humaine conforme à votre divine pensée. Puissé-je par ma mort, par l'ardeur du désir dont cette mort sera le signe et par l'émulation que son souvenir suscitera après moi, aider à vos desseins, ô Vierge! Je suis à vous et je mourrai contente ; car, si je meurs, c'est donc qu'Athènes triomphera, et c estvousqui m'appellerez. Prenez-moi, accordez-nous la victoire, et faites que je puisse épargner Mnaïs ! »
Le lendemain, Hellé travaillait au voile, et Mnaïs pleurait dans un coin à cause de ce qui s'était passé. Le sacristain Théodore entra tout à coup et cria :
— Mauvaises nouvelles ! La première ligne de nos vaisseaux a été rompue dès le commencement de la bataille et notre défaite est assurée.
Hellé se dressa, plus pâle encore que de coutume, resta immobile un instant, puis, saisissant Mnaïs par le bras :
— Viens! dit-elle.