‹ Myrtes & cyprèsChapitre 12 sur 26 · EN VOYANT APPROCHER LHIVER · texte numérisé non relu

EN VOYANT APPROCHER LHIVER

Qu'importent ton ciel gris et ton manteau de brume,

Clouant le solitaire à son âtre qui fume?

Qu'importe le matin où la neige s'étend

Comme un morne linceul sur la campagne humide ?

Le triste hiver, qui livre au souffle âpre du vent

La feuille que Zéphyr caressa si souvent,

Ne pourrait arracher au cœur jeune et content

Ce qu'ailleurs il détruit sous son ongle perfide.

Espoir, bonheur, ivresse, amour que je bénis,

86 Myrtes eu Cyprès.

Par la muse joyeuse en mon cœur réunis. Survivront à tes coups, vieillard mélancolique ! Tes frimas se fondront à ce contact brûlant, Comme la nuit pâlit devant l'astre magique Lorsque des cieux voilés il dore le portique, Ou comme un rêve affreux, un songe chimérique Que l'esprit tourmenté dissipe en s'éveillant.

Le rossignol s'enfuit, rejoint par l'hirondelle.

A nos rives en deuil quelques mois infidèle,

Il laissera les bois déparés et muets!

La fleur a pour longtemps refermé son calice.

Et les jardins, séjours intimes et discrets

Où de tendres amants chuchotaient leurs secrets,

Ne leur offriront plus de roses ni d'ceillets,

Car il n'est rien> hiver, que ta main ne flétrisse !..

Mais, si la chanson meurt, si le rayon s'éteint, Si la glace en tordant les ondes qu'elle atteint Fait taire du ruisseau le timide murmure.

Myrtes et Cyprès. S 7

iMon âme restera libre dans son essor.

Je veux aimer toujours, je veux chanter encor. Et dans mes dix-huit ans conserver, pur trésor, Ce dont le gai printemps compose sa parure.

Novembre 187?.

Page 1