CHANSON DE TROUBADOUR
Si j'étais le zéphyr volage,
Ou la brise jouant sur l'eau,
Je remplirais le doux roseau,
Je remplirais le frais bocage
De ces chants qu'on aime à ton âge
Parce qu'on est soi-même oiseau.
Si j'étais la branche du chêne,
Je m'inclinerais au printemps
Sur ton beau front de dix-sept ans ;
Et quand l'ouragan se déchaîne.
Je te défendrais, ô ma reine, Contre les atteintes des vents.
Si j'étais la vague écumante Rongeant le granit du rocher, Le soir, quand tu viendrais baigner Ton pied dans Tonde frissonnante, Je l'embrasserais, ma charmante.
Sans que tu puisses t'en douter.
Si j'étais formé d'un nuage Glissant au bout de l'horizon, Je rafraîchirais le gazon, Je rafraîchirais le feuillage Où tu cours, gazelle sauvage, Durant la première saison.
Si j'étais un oiseau timide, Alouette ou bien rossignol,
Myrtes et Cyprès.
Le matin je prendrais mon vol Vers la fenêtre encore humide Où tu penches ton front candide, Comme un rayon touche le sol.
Si j'étais même roi de France, Tu serais l'objet de mes vœux; J'oublierais la terre et les cieux Pour une heure de ta présence, Pour un regard de tes yeux bleus.
Mais, puisque je n'ai que ma lyre, Je l'ai consacrée à ton nom, Je le chante avec passion...
Enfant, quand mon âme soupire.
Verse sur mon brûlant délire Un peu de ta compassion.
Pau, 27 avril 1871.